IV, 24] ANTOINE USURPATEUR DE LA MONARCHIE DE CÉSAR S
Antoine excita encore davantag-e les sentiments populaires * en prononçant l'éloge du dictateur. On brûla le corps de César sur le forum % bien que le bûcher eût été dressé sur le Champ de Mars ; le peuple alluma des torches et se précipita sur les maisons des assassins et des sénateurs^ qui les avaient approuvés ; en route le peuple mit en pièces le tribun C. Helvius Cinna, partisan dévoué de César, que l'on prit pour le préteur L. Cornélius Cinna'; ce dernier avait, k plusieurs reprises % irrité le peuple par sa partialité envers les assassins ^ A ce sujet le tribun C. Casca publia un édit pour inviter le peuple à ne pas le confondre ' avec l'assassin de César P. Servilius Casca, dont il portait le nom, mais ne partageait nullement les sentiments. Venant d'un tribun, une pareille appréciation était caractéristique : c'était une vraie condamnation de l'acte commis par les conjurés.
Les obsèques de César avaient produit un excellent résultat pour le parti d'Antoine ; il ne se crut cependant pas encore assez fort pour agir contre les meurtriers et leur parti. Avant la cérémonie®, il avait laissé passer un certain nombre de sénatus-consultes, afin de donner une preuve de sa soumission aux volontés du sénat. Plusieurs de ces décrets favorisaient le parti républicain " ; ainsi celui qui confirmait les dispositions prises par César au sujet des provinces pour 44 '" et pour 43 '\ Les républicains pourraient réclamer les gouvor-
') App., b. c, 2, 143-147. 3, 15,35. Dio C, 4i, 35-40. Plut., Anf., 14. Brut., 20. Suel., Caes., 84. Cio., Att., t4, 10, 1. Il, 14,3. Phil., 2, 36, 90 pL sgo.
2) Dio C, 44, 50. 45, 33. App., h. c, 2, 147. Plul. , CcTs., 08. Brut., 20. Nie. Dam., 17. Cic, Att., 14, 10, 1. Phil., 2, 36, 90. Liv., ep., HO. Suet., Cœs., 84. Tac, Ann., 1, 8. Gros., 6, 17.
3) Cf. Cic, Att., 14, 10, 2. Phil., 2, 36, 91. *) Cf. Nie. Dam., 22.
5) App., b. c, 2, 121. 120. 137. Plut., Brut., 18. Suet., Cses., 85.
6) Dio C, 44, 50. 46, 49. App., 6. c, 2, 147. 3, 2. 15. 4,57. Plut., Cœs., 68. Cic, 42. Brut., 20. Suet., Cœs., 85. Val. Max., 9, 9, 1.
') Dio C, 44, 52.
8) Cic, Phil., 1, 13, 32. 2, 36,91.
9) Cic, Phil, 1, 1, 2. 3, 12, 30.
10) Suet., Aug., iO.
") Plut., Cœs., 67. Cic, 42. Ant., 14. Brut., 19. Cf. App., b. c., 4, 132.
OOO LA DISSOLU riON DE LA ni:PUBL10UE [IV, 24
nomonts que César leur avait desliués : en 44, C. Trébonius aurait l'Asie -, L. Tillius Gimber, la Billiynie ; D. Brutus, la Gaule Cisalpine ; en 43, M. Brutus pourrait prendre possession de la Macédoine; C. Cassius, de la Syrie '. Le sénat ne comprit pas qu'en agissant ainsi il créait un précédent, en vertu daquel Antoine pourrait réclamer l'exécution de dispositions que Ton pourrait trouver dans les papiers de César, dont il était le légataire -.
Après les funérailles ", Antoine fit savoir au sénat que les papiers de César contenaient d'autres dispositions que celles concernant les provinces ; il prétendit que César l'avait charg-é de les mettre à exécution pendant son absence* : il demanda donc au sénat de l'autoriser à le faire en confirmant ces derniers actes de César ; il n'abuserait pas de ses pouvoirs et s'empressa de donner quelques renseignements aux sénateurs qui lui posèrent des questions sur les projets énumérés dans les papiers du dictateur'. Le sénat approuva l'élection des consuls et des tribuns désignés pour 43, aussi les nominations de tribuns et de consuls pour 42 dont on avait trouvé les noms dans les papiers de César ^ : ainsi la désig-nation de A. Hirtius et de C. Vibius Pansa pour le consulat de 43 fut confirmée ' , et aussi celle de L. Munatius Plancus et do D. Brutus pour 42^ ; nous savons que P. Servilius Gasca fut maintenu comme tribun désigné de 43 ^ ; Tullus Hoslilius, Insteius et L. Clodius furent désignés pour le tribunat de 42 '".
') App., //. c, 3, 2. 24. 33. 57. Flor., 4, 7, i. Suel., Au(i., 10. Cf. Cic, Alt., 15, 13, 4. Il y a erreur dans Nie. Dam., Vit. .1»;/., 28. Plut.,B/'«/., 10, n'est pas bien précis. Cf. Cic, Phil., 2, 38, 07.
2) Cic.,P/u7.,l, 1, 2.
3) Cic, Phil, 2, 36, 91.
^) App., b. c, 3, 5.
'•) Cic, Phil., 1, 1, 2 et seq.,2, 36, 01.
«) Cic, A«.,14, 6, 2. Cf. 14, 9, 2.
-) Cic, AIL, 14,9, 2. 14,12,2.
«) Cic, Fam.. 10, 1, 1. 10, 3, 3. 10, 8. 10. 25. Phil.. 3, 15, 38. 13, 7, 16. Vel!., 2, 58. Dio C, 44, 14. 46, .53. Nie. Dam., Vit. Aug., 22. 28.
9) Cic, Att., 16, 15, 3. Phil., 13, 15, 31.
«") Cic, Phil.. 13, 12, 26. 12, 8. 20. ivIBrut.. 1, 1. l.Cf. App., h. c.,4,
lY, 24] ANTOINE USURPATEUR DE LA MONARCniE DE CÉSAR ")51
Il semble résulter de ce qui s'est passé pour le sénatus-consulte sur les Juifs [de judœis) qu'Antoine fut obligé de faire ratifier tous les actes un à un devant le sénat; en effet, le sénatus-consulte de judœis, voté le 9 février, en présence de César, n'avait pas encore été placé dans le Trésor; nous voyons Dolabella et Antoine le représenter au sénat le il avril, et en demander la confirmation ^ Le sénat décida encore sur la proposition de Ser. Sulpicius Rufus : ne qiia post Idus Martias immunitatis tabula neve cujiis beiieftcii figcretur^. Le sénat déclara donc qu'il n'approuverait pas les exemptions d'impôts ni les faveurs promises par César.
Antoine comprit que pour arriver à faire des papiers de César un usage plus arbitraire, il fallait avant tout gagner le sénat et le disposer en sa faveur. Voilà pourquoi il proposa en mars ou dans les premiers jours d'avril ^ une loi sur la suppression de la dictature : lex Aiitonia de dictatura m perpetinnn tolleiida ; il y joignit un projet de sénatus-consulte rédigé d'avance. Le sénat l'accepta avec enthousiasme sans discussion et vota des remerciements à Antoine pour sa proposition \ La loi présentée par Antoine et par Dolabella^ fut ensuite confirmée par le peuple^, probablement le 24 avril : elle menaçait de la peine capitale et de la confiscation des biens [consecratio capilis et bonorum) celui qui proposerait l'établissement d'une dictature et celui qui accepterait le titre de dictateur ' ; c'était donc une loi sacrée, lex sacrata, qui condamnait d'une manière formelle l'œuvre de César ^ En même temps Antoine déposa une proposition concernant
') Jos., Ant.jwJ., 14, 10. 10. Cf. 14, 10, G. 7.
-') Cic, mu'., 2, 36, 91. 1, 1, ?u Dio C, 44, 53, 4. 45, 23. Antoine ne fit aucune opposition.
3) Elle fui présenti'e avant que Cicéron quittât Rome, par conséquent avant e 7 avril : Cic, Att., 14, 1 et seq. App., h. c, 3, 25. 37 place cette loi beaucoup trop tard.
*) Cic, Phil, 1, 1, 3.
5) Dio C, 44, 51. Cic, Phil., 1, 2, 5.
8) Cic, Phil., 5, 4, 10. Liv.. ep., 11(3.
') Dio C, 44, 51. 45, 32. App., //. c, 3, 25. 37. 57. 4, 2. Zon.. 10. 12.
8) Cic, Phil.. 1, 2, 4. 1, 13. 32. 2, 36, 91. 2, 45, lia. Dio C, 45, 24. 46, 24.
Oo2 LA DISSOLUTION DE L.\ nÉPUnLTQUF. [lY, 24
Sox. Pompée, qui (Mail uno allaquc dirocto contre le parti do Brutus et de Cassius'. Après .Manda, Sex. Pompée s'était caché jusqu'au jour où César avait quitté l'Espag-ne ; puis il avait réuni des troupes et lutté avec succès contre C. Albius Carrinas, gouverneur de l'Ultérieure, et contre son successeur, C. Asinius Pollio". En 47, au moment des confiscations, Antoine avait acheté la maison de Cn. Pompée; il avait donc des raisons personnelles de ne pas laisser rendre à Sex. Pompée ses droits civils : il demanda cependant au sénat de donner des pouvoirs complets pour traiter avec Ses. Pompée à Lépide qui était sur le point de se rendre dans la Gaule narbonnaise et l'Espagne citérieure ^
Antoine croyait avoir réussi à se faire considérer comme un personnage politique tout à fait inofTensif ' ; il reparla encore au sénat des papiers de César, mais n'obtint pas tout ce qu'il désirait ; le sénat chargea les consuls assistés d'un conseil de prononcer, à partir du l^"" juin, sur toutes les dispositions particulières contenues dans ces fameux papiers"'. Le sénat avait le plus grand désir de ne pas intervenir luimême dans ces affaires; mais, en prenant cette résolution, il fournissait aux consuls une base pour leurs opérations futures ^
Les meurtriers de César avaient inutilement cherché à se procurer des ressources en contractant un emprunt auprès des chevaliers '. Antoine trouva bientôt un moyen de leur rendre insupportable le séjour de Rome. Il obtint ce résultat par un acte qui fut particulièrement approuvé des républicains, et qui paraissait favorable à Brutus et à Cassius ; à ce
1) Cf. App., b. c, 2, 122.
2) Dio C, 45, 10. App.. h. c, 2, 122. 3. 4. 4. 83 et seq. Vell., 2,73. Cic , AU., 14, 1, 2. 14, 4, 1. 14, 8, 2. 14, 13, 2. 14, 22, 2. 15, 13, 4. 15, 20, 3 .
15, 21, 3. 1.5, 22. 16, 4,2. Fam., 11. 1, 4.
3) Cic, Phil., 5, 15, 41. 5, 14, 39. 13, 4, 8. Cf. Att., 15, 29, 1. 16, 1,4.
16, 4, 1 et seq. Voir aussi Appien qni, comme pour la loi Anlonia, anticipe sur les événements : b. c, 3, 4. 12. 36. 57. 4, 84. 94.
*) Cic, AU., 14, 3, 2. Phil, 2. 36, 92.
5) Cic, Phil., 2, 39. 100. AU.. 16, 16, 6. 8. 11. 12. 14. 18. Dio C, 44. 53, 4. 45, 23.
«) Cic, Fam., 12, 1, 2.
') Nep., AU., S.
IV, 24] ANTOINE USURPATEUR DE LA MONARCniE DE r.ÉSAR 5o3
moment du reste, Antoine avait des entrevues avec les doux chefs du parti républicain', Antoine lit arrêter et exécuter sans jugement- un certain Ilerophilus ou (î. Amatius, qui se disait neveu de Marins et de Crassus ; alléguant sa prétendue parenté avec le dictateur, il avait acquis une certaine popularité parmi les vétérans pendant la guerre d'Espagne ^ ; César l'avait ensuite forcé de s'éloigner, mais depuis la mort de ce dernier, il était revenu à Rome, avait élevé un autel à César sur le forum ; il invitait les vétérans et le peuple à lui rendre les honneurs divins, à punir ses meurtriers et provoquait des désordres continuels *. Son exécution eut lieu quelques jours après le vote du sénatus -consulte sur la suppression de la dictature '% probablement le 14 avril ''. Elle ne fit qu'augmenter la colère du peuple ", et Antoine se garda bien de l'apaiser ^ ; alors M. Brutus et Cassius, qui avaient déjà quitté Rome'' pour se mettre en sûreté'", n'osèrent y rentrer*': ils n'avaient pas réussi à se rendre populaires auprès des vétérans, bien qu'ils eussent supprimé l'article de la loi Julia qui défondait de vendre les lots de terre'-. Après un échange de lettres avec Antoine'^, ils expliquèrent dans un édit '^ les raisons pour lesquelles ils ne voulaient pas rentrer dans la ville. En même temps ' ' ceux des conjurés qui devaient prendre le gouver-
') Cic, Att., 14, 6, 1. Cf. 14, 8, 1.
2) App., b. c, 3, 2 fit seq. IG. 36. 57. Dio C, Ai, 51. Liv., cp., 110. 4 Vul. Mcax., 9, 15, 2. Nie. Dam., Vit. Aug., 14. Cf. Cic, Att., 12, 49, 1.
4) Cic, Att., 14, 5, I. 14, G, 1. 14, 7, 1.
5) Cic, Phil., 1, 2, 5.
G) Cf. Cic, Att., 14, 8, 1.
8) App., b. c, 3, 3 et Dio C, 44, 51 anticipent sur la suite des fait?.
Sj Cic, Att., 14, 7, 1.
10) Cic, Att., 14, 5,2. 14, 8,2. 14. 12,2. 14, IG, 2.15, 20, 2. Fum , 11. 1, 1.
") Cic, AU., 14, 10, 1. Plut., Cic , 42. Ant., 15. Brut., 21. Dio C, 47, 20. Nie. Dam., Vit. Awj., 17. App. en parle beaucoup trop tard : 3, G. 35. 4, 57.
*2) App., b. c, 3, 2. 7.
'3) Cic, Att., 14, 15, 1.
'*) Cic, AU., 14, 20, 3 et seq. 15, 1«, 3. Fam., 11, 2, 1.
'")C\c., AU., U, 10. 1.
554 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLTOnE [lY, 24
nomcnt d'iino province en 44 s'éloignèrent aussi de Rome \ en particulier C. Trébonius - et L. Tillius Cimber. D, Brutus resta quelques jours de plus ^ et négocia en vain avec Antoine pour assurer la liberté des meurtriers; il proposa même d'abandonner sa province si l'on voulait lui donner des garanties sérieuses pour ses amis '*.
Antoine avait jeté le masque"; fatigué de négocier avec le sénat pour faire confirmer les dernières dispositions de César, il proposa, peu de temps après le départ de M. Brutus et de C. Trébonius", une loi dp actis Cxsaris confîrmandis'^ qui l'autorisait à approuver lui-même ces dispositions et à les faire triompher en leur donnant force de loi. Cette loi fut proposée avant le 22 avriP ; on ne respecta même pas le délai qui devait s'écouler entre la présentation et le vote®; elle passa le 24 avril; Antoine se trouva alors seul" investi d'un pouvoir supérieur à celui qu'avait eu César '^ César avait été dictateur, préfet des mœurs, imperator, le peuple lui avait conféré certains pouvoirs extraordinaires, mais il n'avait jamais eu le droit de gracier des condamnés, ni de se passer du concours du sénat et du peuple. Or, en vertu des pouvoirs conférés par la loi Antonia, Antoine convertit en lois sous le nom de leges juliœ^^^ des projets que César avait présentés ou aurait pu présenter au peuple ; des projets de sénatus-consulles devinrent des sénatus-consultes définitifs '^
1) App., h. c, :î, 2. Dio C, i4, 51.
2) Cf. Cic, Fan,., 12, 16.
3) Cf. Cic, .W/.,l'i, 18, 2.
0 Cic, Fam., 11, 1. Cf. Aff., 15, 11, 2. =5) Malgré ce que dil Cic, Phil., 1. 2. 6. Cf. 2, 39. 100. «)Cic, Atf.. U, 10. 1.
") Cic, rhil., 5, 4, 10. Cf. App., /-. c, 3. 5. 22. Dio C, 44, 53, 2. 45, 23. Cic, Phil., 10, 8, 17. 13, 15, 31.
8) Cic, AU., 14, 12, 1. 14, 10, 3.
9) Cic, Phil., 5, 3, 8.
'") Cic, Phil., 1, 7, 16. 1, 10, 2'kww-nurtnre. Cettefois Antoine ne s'était pas a'^ljoinL Dolabella.
") Cic, .4^^, 14. 10, 1. PhlL, 1, 7, 17.
''-) Cic, PhU., 1, 9. 23. 3, 12, 30. Dio C, 44, 53. 45, 23. 25.
^3) Cf. Sénat usconsuUwn de aphrodisiensibus, C. I. Gr., n» 2737 (t. II> p. 493).
IV, 24] ANTOINE USrRPATElîR DE LA MONARCHIE DE CÉSAR 5o5
On n'a pas fait assez attention jusqu'ici à celte loi Antonia qui explique si bien les usurpations de pouvoirs qu'Antoine a pu se permettre dans la suite; elle annulait naturellement le sénatus-consulte sur les Actes de César, dont Antoine aurait dû tenir compte, qu'il n'aurait pu négliger sans y être autorisé par le peuple \ Remarquons encore que la portée de la loi était d'autant plus grande qu'x\.ntoine seul possédait et avait vu les papiers de Césai- ; il avait gagné son secrétaire Q. Fabérius " ; tous deux les avaient mis en ordre, disposés pour leurs desseins, et ne s'étaient pas fait faute de les falsifier^. Au moyen de ces papiers Antoine pouvait décider tout ce qu'il voudrait, prendre des dispositions que ne lui permettait pas le pouvoir consulaire : il fut donc l'héritier de la dictature césarienne *, et exerça le souverain pouvoir avec une tyrannie plus odieuse ^ comme fax et tiirbo seqiientis sseculi^'. Il eut encore cet avantage que Tun de ses frères, Gajus, était préleur, et prit probablement les fonctions de préleur urbain après le départ de M. Brulus''; un autre, Lucius, était tribun ^ On pourra s'étonner qu'Antoine ait réussi à faire voter une pareille loi par le peuple ; pour le comprendre il suffit de se rappeler ce qu'était devenue à ce moment l'action législative du peuple^; d'ailleurs Antoine put invoquer comme argument le vote parle sénat du sénatusconsulte sur les actes de César '". Une pouvait pas rencontrer d'opposition : en avril, la plupart des sénateurs étaient à la campagne ; au forum, les vétérans de César formaient la majorité.
') Cf. Cic, Phil., 2, 39, 100.
2) App., h. c, 3, 5. Cic, Att., 14, 18, i. Cf. 13, 8.
») Vell., 2, 60. Dio C, 44, 53. 4.5,23. 25. 41. Plut., Anf., 15. CJcriiil., 2, 14, 35. 5, 4, H.
4) Dio C, 44, 53. 45, 25. 41. App., h. c, 3, 7. 15. Plut., Cic, 44. Brut., 21. C\c., Att., 14, 9, 2, lettre écrite après 14, 10. 14, 14. 2. 4. 14, 21, 3. Phil., 13, 8, 17.
») Cic, Att., 14, 13, 6. 14. 17, 6. Fain., 12, 1, 1. Liv., ep., 117.
'5) Flor., 4, 3, 2.
") App.,6. c.,3,14. 23.
8) Plut., Ant., 15. Dio C, 45, 9.
9) Cf. Cic. Phil., 1, 10, 25. 2, 3, 6. 5, 4, 9.
10) Cic, Fam., 12, 1,2.
Anloino usa aussitôt des droits quo lui conférait la loi de aclis Ca^savis confîrmandis ; il publia un grand nombre de décrets comme venant de César* et deux lois juliennes : une sur les Siciliens, lex Julia de Siciilis, leur accordait le droit de cité" : César n'avait dû songer qu'à leur accorder le droit latin ; l'autre concernait le roi Déjotarus, lex Julia de rege Dejotaro ; eWe lui accordait une situation que ne lui aurait certainement pas rendue César ^ Peu de jours après parut la loi Jiflia de exulilms\ qui rappela Sex. Clodius' condamné en 52 et plusieurs autres*^. Il est certain que ces lois n'avaient pas été tirées des papiers de César telles qu'elles étaient publiées par Antoine"; pour les falsifier, Antoine avait certainement reçu de l'argent ou des promesses des Siciliens et des ambassadeurs de Déjotarus ^ Il en fut de même des sénatusconsultes : ils furent aussi falsifiés ^ Antoine maintint quelques-uns des tribuns désignés pour 43 et pour 42, mais fit de nouvelles nominations qu'il présenta comme venant de César*". II est probable qu'il nomma de la même façon d'autres magistrats, par exemple des préteurs, des édiles et des questeurs aussi pour les deux années 43 et 42*'. 11 fit entrer un grand nombre de ses créatures dans le sénat ; le peuple plaisanta ces nouveaux sénateurs, les traita de revenants de l'autre monde, puisqu'ils étaient censés nommés par un mort; on leur donna
') Cic , Att,, 14, 1?, 2 sexcenfa similia.
-) Cic, Alt., l\, 12, 1. Cf. PhiL, 1, 10, 2i. 2, 30, 92. 3 12, 30 5, -'i, 12. 7,5,15.
3) Cic, Att., 14, 12, 1. 14, 10, 2. PhiL, 2, 37. Cf. 5, 4, 11. 12. 7, 5, 15. 12, 5, 12.
*) Cic, PhiL, 2. 38, 98.
"^) Cic, Att., 14, 13, 6. 14, 13. Au. B., 14, 19, 2. PhiL, 2, 4, 9.
•) Cic, PhiL, 1, 10, 24. 2, .38, 98. 3, 12. 30. 5, 4, IL 7, 5, l.'. Fnw., 12, 1, 1. Dio C. 44, 53. 45, 23. 25. 47. 40, l.o. App., //. c, 3, 12. Plut., Ant., 15.
') Cic, PhiL, 2, 4,10.
») Cic, Att., 14, 12, 1. PhiL, 2, 38, 98.
») Cic, Fam., 12, 1, 1. 12, 29,2. PhiL, 5, 4, 12. 12 5 l->.
•«)DioC., 44,53. Plut., .4»i.. 15.
") Pour l'année 43, voir les références données plus bas au sujet de chaque élection: pour 42, Cic, Fam., 10, 25, 20. Ann b. c. 4, 17. 132. ' * ' '
IV, 24] ANTOINE USL'RPATEUK DE LA MONARCHIE DE CÉSAR o57
le surnom de Orcini ou XapwvT-îa'. '. IN'étant plus lié par le sénalus-consulte de Ser. Sulpicis Rufus (voir plus haut, p. 551) il publia un grand nombre de décrets accordant à des particuliers de l'argent, des terres, le droit de cité, à des communautés l'autonomie et l'exemption d'impôts - ; il fit plus que s'il avait été à la fois dictateur, censeur et imperator. Aidé de sa femme Fulvia \ il se servit de ses pouvoirs pour s'enrichir* ; il lui fallait beaucoup d'argent : en peu de temps il avait vidé le trésor^ pour payer ses dettes'^ et corrompre ceux dont il avait besoin en leur donnant, selon l'exemple de César, des mandats sur le trésor \ Antoine ne serait pas devenu le maître de l'État s'il n'avait d'abord satisfait ceux qui pouvaient devenir ses rivaux ou lui faire opposition.
Lépide reçut d^^ntoine la promesse que leurs enfants seraient unis par le mariage % et fut nommé grand Pontife à la place de César. Le 17 mars, le peuple avait déjà offert cette dignité à Lépide^ ; Antoine s'empressa de faire passer la loi Ayitonia de Pontifice maximo creando qui, pour ce cas particulier, dispensait le candidat de se faire élire par le peuple '°. Les pontifes s'empressèrent de reconnaître Lépide comme grand Pontife ^\
OPlut., Ant., 15. App., b. c, 3, 5. 12. Cic, PhiL, 13, 13, 28. Suet., Au(j., 35. Cf. S-dW., Jug., k.
2] Dio G., 44, 53. 45,23. 25. App., h. r., 3, 5. Cic, Phll., ], 10, 2i. ^, 14, 35. 2, 36, 92. 3, 4, 10. 3, 12, 30. 5, 4, 11. 7,5, 15. 12, 5, 12. Fuin., 12,
^) 11 avait épousé (Cic, PhiL, 2, 5, 11) Fulvia après la mort de Curio eL son divorce avec AnLonia, la fille deC. Antouius (Cic, Phll., 2, 38, 90.), probablement en 46, mais pas plus tard : Cic, Phll. ,2, 31, 77. 2, 28, '69. 2, 5, 11. Plut., An^,10.
^) Dio C, 44, 53. 45, 23. Vell., 2, 60. Cic, Phll., 2. 14, 30 2, 38, 97.
=) Cic, AU., 14, )4, 5. Phll., 5, 6, 15. 7, 5, 15. 12, 5, 12. Nie Dam., Vit. Awj., 28. Dio C, 45, 24.
«)Cic, PhiL, 2, 14, 35. 2, 37, 93.
') Cic, PhiL, i, 7, 17.5, 4,11.
*) La fille d'Antoine devait épouser le fils de Lépide : Dio C, 44 53
9; App., h. c, 2, 132.
'") Dio C, 44, 53. La loi Anlonia n'est donc qu'une loi particulière, elle n'a pas du tout supprimé l'obligation de l'élection populaire : Cf. Cic, A'/ Brut., 1, 5, 3.
") Liv., tp., 117. Vell., 2, 63. Cf. Obseq.. 68.
Oo8 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [IV, 24
Le 16 mars Dolabella s'était prononcé pour los conjurés ; il avait môme songé à proposer au peuple de célébrer Tanni- Ycrsaire de la mort de César avec la même solennité que l'anniversaire de la fondation de Rome' ; bien qu'il eût annoncé jadis (voir plus haut, p. o34) qu'il s'opposerait à son élection^ Antoine l'avait reconnu comme son collègue dans la séance du 47 mars au sénat ^ ; il se l'attacha définitivement ^ en lui délivrant des mandats sur le trésor", et en lui permettant de demander la province de Syrie avec le commandement des légions destinées à combattre les Parthes ; elles étaient alors en Macédoine. Or la Syrie était destinée à C. Cassius, la candidature de Dolabella ne pouvait pas avoir grand succès auprès du sénat. Dolabella se tourna vers le peuple qui accepta immédiatement la loi Cornelia de provincia Syria ° ; on ne tint pas compte de l'opposition (par obnuntiatio) du tribun Nonius Asprenas ^
D'après les dispositions réglées par César, les consuls Antoine et Dolabella ne devaient pas avoir de province : à la fin du consulat, ils devaient probablement rejoindre César et lui amener des contingents. Antoine imita Dolabella, il demanda au sénat la province de Macédoine. Le sénat ne pouvait g-uère refuser ; la demande d'Antoine paraissait modeste en comparaison de celle de Dolabella ; le gouvernement de Macédoine, sans les légions qui s'y trouvaient, ne présentait aucun danger. Le sénat décida que M. Brutus et C. Cassius recevraient une compensation ', que l'on déterminerait au commencement de juin ^.
Antoine avait pris ses garanties pour le moment oii il sor-
i)App., b. c.,2, 122. 3, 35.
2) Cic-., Phil., 1, 13. 31. Cf. App., b. c, 2, 129.
3) Cic, Phil,, 11, 1, 2. Dio C, 44, 53. *)Cic., A«., 14, 18,1.
^) Cf. Cic., AU., 15, 11, 4. Cette loi Cornelia fut votée en mèrae temps que la loi Antonia de conlirmandis actis Caesaris, ou peu de temps après : Cic, Att., 14, 9, 3, lettre écrite après 14, 10.
«) App., b. c.'s, 7. 1-2. 16. 24. 30. 4, 57. Vell.. 2. 60. Dio C, 47, 29.
') App., b. c, 3, 8. 12. 16. 24. 36. 52. 4, 57. Dio C.,. 45, 9. 20. 22. 46, 23.
«) Cic. PhiL, 2, 42, 108. Cf. Att., 14, 14, 4. 15, 5. 2.
IV^ 24] ANTOINE USURPATEUR DE LA .MONARCHIE DE CÉSAR 5o9
tirait du consulat ; il espérait qu'à ce moment il lui serait facile d'échanger la Macédoine pour la Gaule Ml voulutencore se garantir contre les éventualités qui pourraient surgir pendant son consulat, il prit une garde militaire. Les vétérans la lui fournirent; ils n'étaient plus nombreux à Rome, ils avaient pris possession de leurs lots de terre, ou partirent à ce moment pour s'installer dans les nouvelles colonies". Leur situation paraissait compromise par la mort de César ; s'appuyant sur le sénatus-consulte du 17 mars ^, Antoine fit voter, d'accord avec son collège Dolabella% la loi Aiitunia de colonis in agros deducendis '" ; elle fut votée probablement le 24 avril. 11 faut bien se garder de la confondre avec la loi agraire de son frère Lucius; sous prétexte de faire exécuter la loi qui devait lui donner, ainsi qu'à Dolabella''', une grande influence, Antoine partit de Rome vers la fin d'avril '' pour se rendre dans l'Italie méridionale. Il fonda une colonie à Casilinum*, bien qu'il y en eût déjà une de César, et que les régies des augures défendissent dans ces cas d'en établir une nouvelle ; il n'avait pas réussi à faire la même chose à Capoue^ Partout où il le put, Antoine fit prêter aux vétérans le serment de défendre les actes de César, y compris ceux qu'il avait confirmés ou confirmerait en vertu de la loi Antonia^". Il profita aussi de ses pouvoirs pour établir plus tard '* ses créatures comme colons en Gampanie [ager campaaus) et sur le territoire de Léontium en Sicile, il leur accorda ainsi de grands domaines '-.
Il revint vers la fin de mai, ramenant avec lui un grand
')Cic, A«., 14. i4, 4.
2) Dio C. 44, 51.
3) Cf. Cic, Phil.AS, i5, 31. 1, 2, 6.
*) Dolabella avait présenté la loi avec AiiLoine. Cic, Phil., S, S, 25. Cf., 3, 4, 9. 5, 3, 9.
^) Cic, PhiL, 5, 4, 10. Lex col. Genêt., ch., lOi. Cf. Dio C, 44, 51
«) Cic, PhiL, 8, 8, 25.
') Cic, PhiL, 2,39, 100. AU., 14, 17, 2. 14, 20, 2. Cf. App., b.c., 3, 57, îv S'jo (j.r,<7Îv.
8) Cic, PhiL, 2. 40, 102.
9) Cic, PhiL, 2, 39, 100. 2, 40, 102.
'") Cic, Att., 14, 21, 2.
»') Cic, PhiL, 2, 39, 101.
*2j Cic, PhiL, 8, 8, 25. 2, 17, 43. 2, 39, 101. 3, 9, 22. 10, 10, 22. 11 5 12. Dio C, 45, 30. 46, 8. ' '
560 LA DISSOLUTION DE LA HÉPlBLlOi: E [IV, 24
nombre de vétérans' ; ils formèrent sa garde du corps avec dos archers venus d'Ilura en Syrie ^ Ou ne peut pas admettre que le sénat lui avait déjà auparavant accordé le droit d'avoir une garde du corps ^ Maintenant qu'il délibérait entouré d'hommes armés ', le sénat ne pouvait plus protester contre le fait accompli et forcer Antoine à renvoyer ses gardes.
Vers la fin d'avril*. Dolabella avait fait des siennes à Rome : il avait dispersé les bandes populaires qui se réunissaient tous les jours sur le forum, autour de Tautel de César ; il avait mis les esclaves en croix, précipité quelques chefs du peuple de la roche tarpéienne, et enfin renversé l'autel de César et pavé l'endroit où il était élevé \ C'était là une action héroïque; les ennemis de M. Antoine remarquèrent qu'il ne craignit pas d'attaquer L. Antoine dans une assemblée'^; ils crurent que Dolabella pourrait devenir le chef du parti républicain ^ Alors un certain nombre de tribuns, ennemis de M. Antoine, par exemple L. Cassius, D. Carfulenus et Ti. Cannutius'', résolurent de soumettre au peuple une proposition qui s'appuyait sur le sénatus-consulte de actis Cœsaris. La loi des tribuns, lex tribunicia de actis Cœsaris, fut votée le 3 juin*" : elle stipulait que les consuls devraient s'adjoindre un conseil pour examiner les actes de César, à partir du l" juin [cog?ioscere,statifere,judicarey^. Mais elle ne supprima pas formellement la loi Antonia, elle ne fut donc qu'une simple démonstration dirigée contre Antoine, et ne porta pas
') Cic, PliiL, 2, 39, 100. 2, 42, 108. Fam., 11, 2, 1. Att., 14, 22, 2. 15, la, 2. 15, 4, 4. 15, 5, 3. 15, 8, 1 .
2) Cic, Phil , 2, 3, 6. 2, 44, 112. 5, 6, 17.
3) App., b. r., 3, 4. 3, 57.
*) Cic, PhiL, 2, 8, 19. 5, 7, 18. 13, 8, 18. Fam., 10, 2. 1. Dio C, 45, 22.
5) Cic, Att., 14. 15, 2.
«) Cic, Att., 14, 15, 2. 14, 16, 2. 14, 18, 1. 14, 19, 2.5. Fam., 12, 1,1. Phil, 1, 2, 5. 1, 12, 30. 2, 42, 107. Dio C, et Appien ne donnent pas de renseignements précis : Dio C, 44, 51. App., b. c. 3, 3.
')Cic.,Af^, 14, 20, 2. 4. Cf. 15, 2,2.
8) Cic, Fam., 9, 14. Att., 14, 17 A. Cf. l'i, 21, 1. App., b. c, 3, 7. 35.
•■>) Cic, PhiL, 3,9, 23. Cf. Att., 15, 4, 1.
'0) Cic, Att., 16, 16, H. Dans ce passage, il faut lire : 111 Aon. Jun.
") Cic, Att., 16, 16, 8. 11.
IV, 241 ANTOINE LSLIiPATEr» DE LA MONARCHIE DE C.ÉSAll o61
d'atteinte sérieuse à son pouvoir. Antoine ne l'appliqua que pour traiter des aiïaires insignifiantes*, comme celle de la colonie de Buthrotum, au sujet de laquelle César avait décidé que les colons primitivement désignés ne seraient pas envoyés dans cette colonie-; il ne soumit pas au conseil ni à son collègue les résolutions déjà prises ^ et continua à user des pouvoirs souverains que lui avait conférés la loi Antonia. Il faut rapprocher de cette tentative d'opposition celle qui coïncida avec l'arrivée d'Octave : on voulut demander compte à Antoine des dépenses faites depuis la mort de César ; Antoine avait déclaré que le trésor était vide ' et qu'il l'avait trouvé vide deux mois auparavant". On voulut vérifier, on n'aboutit à rien; le sénat rendit un sénatus-consulte par lequel il chargea Antoine lui-même de faire une enquête sur le trésor ^
Les républicains comprirent bientôt qu'ils ne pouvaient se fier en Dolabella ; s'il avait réprimé les désordres, c'était peutêtre d'accord avec Antoine'; ou bien après une première tentative d'opposition, il avait du de nouveau se laisser corrompre par Antoine ^ Antoine put, sans être inquiété par Dolabella, continuer ses manœuvres pour conserverie pouvoir à l'expiration de ses fonctions consulaires^. Il devait rencontrer dans le sénat une condescendance d'autant plus grande que les sénateurs présents étaient tous ses partisans ; M. Brutus, C. Cassius'", Cicéron" n'osaient plus venir à Rome'-, pas plus qu'un grand nombre d'autres sénateurs hostiles à Antoine '%
') Cic. AtL, 16, 10, G. II. 12. 15. 1.5. 18. Cf. 15, 14, 2.
-) Cic, Att., 16. 16, .'.. 11. 15. Cr. l'i, 12. 1.14, 14. C). 14, 17,2. 14, 19, 4. 14, 20, 2. 15, 2, 2.
3) Cic, A«.,15, 15. 1. 15, 2U, 3. 16, 1, 2. 16, 3, 1. 16, 4, 3.
*)Nic. Dam., YU. Aug., 28.
-).App.. Ij. c, 3, 20. Cf., 3. 5i.
^) Dio C, 45, 24. App., b. c, 3, 21. 54. 57. Appien place ce sénaLusconsulle beaucoup trop l(M.
') Cic, Phil , 1, 2, 5.
») Cic, Phil., 2, 42, 107. Att., 16, 15, 1.
9) Cf. Cic, Att., 14, 14, 4. 15, 4, 1.
■«) Cic, Fam., 11, 2. Att., 14, 18, 4. 14, 20, 3.
<■) Cic. Att.. 14, 15, 6. 14, 17, 2. 14, 18. 4. 15, 22, 2. 15, .-î, 1. 1.5, 4, 5.
'^^ Cic, /'/(//., 1, 2, 6. Att.. 15. 6,2.
•3j Cic, Att., 15, 3, 1. 15, 7.
par exemple A. llirliu.s et C. Pansa, les deux consuls désignés.
Anloine pouvait donc facilement circonvenir le sénat ', mais il le dédaigna et préféra s'appuyer sur le peuple. Le !"■■ juin"^ ou le 31 mai quelques tribuns, entr'autres L. Antonius, firent voter une loi qui n'avait pas été d'abord proposée d'après les règles ordinaires^: la loi de provinciis consularihus, copiée sur la loi Vatinia. accordait aux consuls une prolongation de pouvoirs dans leurs provinces jusqu'au l'^'mars 38'. 11 est certain qu'une pareille loi ne put être proposée que par des Hribuns ; Antoine, l'exécuteur des volontés de César, ne pouvait proposer lui-même une loi qui était en contradiction avec la loi Julia de provinciis \ Le o juin Antoine fit lui-même un rapport*^ sur les compensations que l'on avait promises à M. Brutus et à Cassius ', et sur les provinces prétoriennes dont n'avait pas disposé César pour 43*; M. Brutus devait avoir la Crète, C. Cassius la Cyrénaïque, tous deux avec le pouvoir proconsulaire ^ Mais ils ne pouvaient prendre possession des provinces qu'à l'expiration de leurs charg'os ; on décida le même jour que leur éloignement de Rome serait justifié par une mission pour assurer les approvisionnements de blé : M. Brutus était autorisé à résider jusqu'à la fin de l'année en Asie, Cassius en Sicile '°. Il y avait une autre difficulté : en qualité de préteur urbain, M. Brutus ne devait pas rester absent de Rome pendant plus de dix jours ; il en était de
') Cic. Phil., 1, 2. 6. 2, 42. 109. Cf. A».. 1.5, 4. 4.
'-) Cic, Phil., 1, 2,6. 2, 42. 109. Cf. Att., 15. 11, 4.
^) Cic, Phil., 1, 10, 25. 2, 3, 6. 5, 3, 7.
^)Cic., Phil.. 5, 3, 7. 8. 9, 28. Cf. Att., 15, 11, 4.
^) Cic, Phil., \, 8, 19. 1, 10, 24. 2, 42, 109, 8, 9, 28.
«) Cic, Att., 15, 9, 1. Cf. 15, 6, 2.
')Cic, AU., 15, 5. 2.
«) Cic, Att., 15.9, 1.
3) Cic, Phil., 2, 13, 31. 2, 38, 97. 11, 12, 27. Corn. Nep.. Att., 8. Dion Cassius, Appien et Plutarque se trompent : Dio C, 46, 23. 47, 21. App., b. c, 3, 8. 12. 16. 4, 57. Plut., Bnit., 19. Ily aaussi erreurdans le passage suivant de Nie. Dam., Vit. Aiig., 28.
•») Cic, Att., 15, 9, 1. 15, 10. 15, 11. 1. 15, 12, 1. Cf. App., 6. c, 3, 6. 35. i, 57. Dio C, 44, 51.
IV, 24] AJNIOINE USURPATEUH DE LA MONAUCUIE DE CÉSAR 563
même de Cassius ; Antoine leur fit accorder une dispense '. On convint que les autres provinces prétoriennes seraient tirées au sort et adjugées aux préleurs sortant de charge -.
Vers le milieu du mois de juin", Antoine fit courir le bruit que les Gètes avaient fait une incursion dans la Macédoine ; c'était un faux bruit, mais il s'appuya là-dessus pour demander que les légions alors en Macédoine ne fussent pas livrées à Dolabella ; il en avait besoin pour défendre sa province de Macédoine. Le sénat lui accorda rautorisalion qu'il demandait'; il savait cependant bien que l'invasion des Gètes avait été inventée pour la circonstance". A Rome, on crut que la guerre civile allait éclater de nouveau^; on crut aussi que, malgré sa loi sur la dictature , Antoine songeait à se faire nommer dictateur \ On se trompait. Nous avons déjà dit qu'Antoine désirait la Gaule*; l'exemple de César montrait qu'aucune autre province ne permettait de mieux dominei- Rome et l'Italie^; il prévoyait aussi que D. Brutus refuserait de lui livrer la Macédoine et les légions; voilà pourquoi il chargea son frère Gajus d'aller chercher les légions et de les amener à Brundisium'". Ensuite il fit passer par la force, malgré les représentations du sénat effrayé, la loi A7ito?im de permutatione proi'inciaiam . présentée de concert avec Dolabella^'. La loi donnait à Antoine la Gaule cisalpine pour 43 et les années suivantes (non pour le reste de l'année 44, comme on l'a souvent répété), et de plus les parties de la Gaule transalpine^'
') Cic, Ph'd., 2, i:], 31.
'-) Cf. Cic, I'hil.,3, 10, l'-i el seq.
«) Cic, AU., 15, 17, 1.
^) App., 6. c, 3, 24. 37. 52. Cf. Dio C, 45. 20. 25. 46, 23.
») Cf. Cic, AU., 15. 17, I.
'') Cic, AU., 15, 18, 2. 15, 19, 1. 15, 20. 2.
') Cic, Ait., 15,21, 1.
«) Cic, AU., 14, 14, 4. 15. 4, 1. Cf. 15, 10.
") App., b. c, 3,27.
'") App., b. c, 3, 27. 30. 37. 52. Cic, AU., 15, 13, 2, lettre écrite le 25 juin, donc après les lettres 15, 15-23. Cf. 16, 2, 4. 10, 4. -4. 16, 5, 3.
") Liv., ep., 117. App., b. c, 3, 27. 30. 31. 37. ,52. 55. 63. Cf. Dio C 45, 9. 20. 22. 25. 34. 46. 23. Nie Dam., VU. Auq., 30. Vell., 2, 60. Cic" Phil , 1, 10, 25. 2, 3, 6. 2. 42, 109. 5, 3, 8.
'-) Cf. Cic, AU., 14. 14, 4 Phil., l, 3, 8. 3. 15. 38- 5. 2, 5. 5. 13. .3? 7. 1, 3. 8, 8, 25.
064 LA DlSSOLrTION OK LA UÉPL-nLlOfL 'IV, 24
gouvernées en ïï par L. ^Iiinalius Plancus el un lieutenanl de A. 11 i ni us'.
La lui Antonia ar/raria de Lucius Anlnine fat volée avant la loi de permutatione prov., peu après le ojuin-, pendant un orage épouvantable^; nous avons déjà dit qu'il ne faut pas la confondre avec la loi Antonia de colonis deducendis. On s'était déjà servi de la loi agraire avant ie l" juin, avant qu'elle fût votée, pour gagner les vétérans': elle décidait que l'on dessécherait les Marais-Pontins : les terres qui seraient gagnées sur les marais, tout l'ager publicus disponible, les biens confisqués qui avaient été injustement convertis en propriétés particulières", c'est-à-dire toute l'Italie, serait partagée entre les vétérans et les citoyens'"'. Pour exécuter laloi, on nomma une commission de Septemviri'\ furent désignés : L. Antoine **, l'auteur de la proposition, M. Antoine", C. Antoine, frère d'Antoine et non son oncle*", Dolabella et d'autres créatures d'Antoine ". L. Antoine se servit de la loi pour dépouiller les sénateurs hostiles à son frère '■ ; les chevaliers et le peuple le félicitèrent en l'appelant leur défenseur [patronus) et lui élevèrent des statues '^
Pendant les mois de juillet et d'août, grâce à ses frères'', Antoine fut le maître de la situation et exerça la tyrannie d'une façon odieuse. 11 songea à donner une autre magistrature à un membre de sa famille ; il décida son oncle G. Antoine, qui avait été condamné en 59, puis réhabilité sous César '% à
') Cic, AU., 14, 9. 3.
2) Cic, Att., 15, 12, 2. 15, 15. 1. 15, 10, 2.
3) Cic, Phil., 5, 3. 7.
*) Cic, Fam., 11, 2, 3. P/((7., 1, 2, 6. Cf. AU.. 15, 2, 2. 5) Cf. Cic, AU., 15, 12, 2. PhiL. 13. 18,37. •5) Dio C, 45, 9. Cic , Phil., 5. 3, 7. 5. 7. 20. 6, 5, 13, ') Cic.,P/H7., 5, 7. 21. 6, 5, 14. 8, 9, 26. 12, 9, 23. "J Cic, Phil.,o, 7, 21. 7, 6, 17.
9) Cic, Phil , o, 12, 33.
10) Cic. AU., 15, 19, 2. Cf. Phil., 2, 38. 99.
'1) Cic, Phil. ,6, 5, 14. 8,9. 23. 11. 6, 13. 12,8,20. 1-^,9, 23. 13,12,%. 13, 18, 37.