LE PREMIER CONSULAT D OCTAVE
Ce fut un grand malheur pour le parti républicain de perdre les deux consuls au moment même où il triomphait d'Antoine \ Octave exploita la circonstance pour affermir sa situation : on répandit même le bruit qu'il avait hâté la mort de Pansa*. D'autre part en méditant les résolutions prises par le sénat depuis le mois de février, Octave s'était convaincu d'une chose : il arriverait plus facilement à satisfaire son ambition et à punir les meurtriers de son oncle en s'unissant avec Antoine, resté fidèle aux idées césariennes et ennemi du sénat, qu'en s'appuyant sur ce même sénat dont la majorité était alors ouvertement pompéienne \ Antoine d'ailleurs était assez affaibli pour prêter l'oreille aux propositions d'alliance avec Octave. Afin de préparer cette alliance. Octave se garda bien de poursuivre Antoine, comme il aurait dû le faire*, quand ce dernier traversa l'Apennin pour gagner l'Étrurie ^ ; puis il commença la lutte contre le sénat : il se plaignit de ce que les envoyés du sénat avaient voulu communiquer directement aux soldats , sans l'intermédiaire de leurs chefs , les résolutions votées à Rome"; les soldats, qui aimaient leur chef,
») Cic, Fam., 10, 17, 2. 11, 9, 1. 11, 10, 3. 12, 15 A, 6. 12, 30, 4.
'-) Suet., Aug., 11. Tac, Ann., 1, 10. Cic, ad Brut., 1, 6, 2. Dio C, 46, 39.
3) App., b. c, 3, 75 et seq. Cf. 3, 39. 73. Dio C, 46, 34. 39.
*) Cic, ad Brut., i, 3, 4.
3) Cic, Fam., 11, 10, 4. 11, 12, 2. 10, 24, 6.
6) Dio C, 46, 41. Vell., 2. 62. Cf. Plut., Cic, 45. App., b. c, 3, 80 fait une erreur de date. Il place ce fait beaucoup trop tard.
604 LA DlSSOT.r'TION DE LA RÉPUBLIQUE [IV, 27
avaieiil oux-mt'mes protcsU* coiilro ce procédé, el n'étaient pas du reste satisfaits des résolutions du sénat; Octave demanda donc que l'on accordât^ à son armée les mêmes avantages qu'aux soldats de D. Brutus ; enfin il fit savoir que l'ovation votée par le sénat ne lui suffisait pas, il voulait le triomphe K
Retenu par une conférence qu'il eut avec Octave', et par une visite qu'il voulut faire à Bologne au malheureux Pansa ', D. Brutus, qui était animé des meilleures intentions*, laissa passer le moment favorable pour arrêter Antoine dans sa fuite ■'; du reste ses troupes étaient épuisées, et il lui fallut du temps pour décider les légions de Pansa à le suivre^ et à rétablir son autorité dans sa propre armée '. Antoine put ainsi arriver sans encombre en Étrurie ; il groupa autour de lui les esclaves qu'il fit sortir de leurs ergastula, et reforma une armée assez nombreuse *; à Vada il fut rejoint par P. Ventidius" qui lui amena trois légions duPicenum '"; Octave s'était bien gardé d'arrêter Yentidius au passage de l'Apennin". Antoine résolut alors de traverser la Ligurie pour se rendre dans la Narbonnaise '- et rejoindre Lépide '^ 11 comptait toujours sur ce dernier : devant Modène un lieutenant de Lépide, M". Junius Silanus^% était venu le soutenir, sans en
') App., b. c, 3, 80. 82. Cic, a4 Brut., 1, 17, 2. Dio C. a dit à tort qu'il demanda dès ce moment le consulat : 46, 39. 41.
2) Cic, Fam., il, 13, 1. App., b. c, 3, 73.
3) Pansa mourut à ce moment, avant l'arrivée à Bologne de D. Brutus, Cic, Fam., 11, 13, 2.
'►) Cic, Fam., 11, 9, 1. Ad Bnit., 1, 3, 4.
') Cic, Fam.., 11, 12, 2. Ad Brut., 1, 10, 2. 1, 18, 2.
<■■) App., b. c, 3, 76.
') Cic, Fam., 11, 10, 5. 11, 13, 2. App., h. c. 3, 81. DioC, 46,51 donne encore un autre motif.
") Cic, Fam., 11, 9, 1. Phil., 13. 20, 47. 14, 7, 21.
•") Cic, Fam., 11, 10, 3. 11, 13, 3. 10, 33, 4. 10, 34, 1. App., b. c, 3, 84.
1') App., b. c, 3,80.
'-) Cic. Fam., 10, 11, 2. 11, 10, 4. 11, 11, 1. 11, 13, 3.
*') II avait déjà commencé à négocier avec Lépide : Cic; Fam.. H, 11, i. 10, 23, 5.
"') Cf. Caes., B. G., 6, 1.
IV, 27j Lli FiŒMlEK CONSULAT J)'0(:TAVE 605
avoir cependant rei^-ii l'ordre formel de Lépide '. Antoine se croyait maintenant assez fort, pour lutter contre les quatre légions de L. Plancus-, qu'il cherchait d'ailleurs à entraîner dans son parti '\
L. Plancus resta fidèle au sénat, parce qu'il était désigné avec D. Brulus pour le consulat de 42 ^ ; il chercha à maintenir Lépide dans les mêmes dispositions à l'égard du sénat ; on se rappela que le sénatus-consulte du 27 avril (plus haut, pag-e 601) les avait charg-és tous deux d'agir de concert contre Antoine. Il envoya donc auprès de Lépide son lieutenant C. Furnius% son frère Cn. Munalius Plancus'^ et L. Gellius" ; un lieutenant de Lépide, M. Juventius Laterensis, défendit énergiquement auprès de son général les propositions apportées par les trois députés de Plancus *. Plancus avait passé le Rhône le 26 avriP; quand il connut la victoire de Modène, il s'arrêta dans le pays des AUobroges *°. Il apprit bientôt que L. Antoine était arrivé àFréjus (Forum Julii) avec la cavalerie ^\ et que M. Antoine le suivait sans être nullement inquiété au passage des Alpes '' par le lieutenant de Lépide, Q. Térentius Culleo *=*; le 11 mai il envoya son frère en avant, et passa l'Isère le 12 ''* ; puis il s'arrêta et ne se remit en marche que le 21; il espérait pouvoir rejoindre dans huit jours '^
') Cic, Fam., 10, 34, 2. iU, 30, 1. Dio C, 46, 38. 50. 51.
3) Cic, Fam., 11, 11, 1.
*) Cf. Dio C, 46, 53.
S) Cic, Fam., 10, 11, 3. Cf. 10, 1, 4. 10, 3, 1. 10, 6, 1. 10, 8, 5. 10, 10, 1. 10, 25. 10, 26.
<■>) Cic, Fam., 10, IL 3. Cn. Munalius Plancus était préteur : Cf. Cic, AU., 16, 16 A. B, E.; il n'en était pas moins à l'armée de son frère en Gaule : Cic, Fam., 10, 17, 2. 10, 21, 7. Cf. 10, 6, 1. 10, 22, 2.
•) Cic, Fam., 10, 17, 3.
«) Cic, Fam., 10, II, 3. 10, 15, 1. 2. 10, 18, 2. 10, 21, 1. 3. Phil., 16, Frag . apud Arus. Mess. p. 225 (Lind.). App., b. c, 3, 84- Dio C, 46,51.
9) Cic, Fam., 10, 9, 3.
'") Cic, Fam., iO, 11, 2.
'•) Cic, Fam., 10, 15, 3. 10, 33, 4. 10, 34, 1.
'2) Plut., Anf., 17.
^3) App., b. 0., 3. 83. Cf. Cic, Fam.. 10, 34 A, 2.
'-) Cic, Fam., 10, 15, 3.
1») Cic, Fam., 10, 18, 4. 10, 23, 2. Cf. App., b. c, 3, 81.
Lépidc qui était à Forum Voconii '. Le sénat, pour maintenir Plancus dans ses bonnes dispositions % l'avait félicité d'avoir franchi le Rhône et l'Isère^ et essayé de gagner Lépide '\
Lépide, qui n'était pas encore fixé sur le parti qu'il prendrait", n'avait consenti que pour la forme à négocier avec Plancus"; il trompa Cicéron et le sénat, qui crurent pouvoir compter sur lui ^ , par des démonstrations hypocrites de loyauté **; quand Plancus fut sur le point de se joindre à lui, il le pria de s'éloigner % en disant qu'il se chargeait d'en finir avec Antoine ^°. Le 29 mai '' il s'arrangea de telle sorte que son armée parut se révolter, elle était très indisciplinée '-, et le força à discontinuer les attaques contre Antoine, qui était arrivé à Fréjus dès le 15 mai''', et à se joindre à lui''. M. Juventius Laterensis se tua de désespoir '% Plancus avait continué sa marche malgré les ordres de Lépide'^; quand il apprit la jonction de Lépide et d'Antoine, il s'arrêta '% puis remonta vers le nord; il franchit de nouveau l'Isère le 4 juin'* pour rejoindre D. Brutus, qui venait d'Italie ; ce dernier n'avait pas pu obtenir la légion Martia et la quatrième que
1) Cic, Faut., 10, 17, 1. 10, 34, 1.
2) Cf. Cic, Fam., 11, 9, 2.
3) Cic, Fam., 10, 13, 1. Cf. ad Brut., 1, 15, 9. *) Cic, jF«m.,10, 16, 1. 10, 19, 1.
^) Cic, Fam., 11, 9, 1 et seq. Ad Brut., 1, 10, 2. «) Cic, Fam., 11, 14, 3.10,33, 2.
7) Cic, Fam., 10, 14, 2. 10, 20, 1. 11, 18, 2. 11, 23, 1.11, 24, I.
8) Cic, Fam., 10, 34 A. 10, 34 B. 10, 16, 1. Ad Hrut., 1, 12, 1. Dio C. 46, 51.
9) Il lui avait pourtant donné l'ordre de marcher à sa rencontre : Cic, F«/«., 10, 17, 1. 10, 18,2.10,21. 1.
■0) Cic,Frt?n., 10, 21, 2.
'') Cic, Fam., 10, 23, 2. 10, 35.
'2) Cic, Fam., 10, 11, 2. 10, 15, 3. 10, 18, 2. 10, 21, 4.
*3) Cic, Fam., 10, 17, 1. 10, 34 A, 1. App., b. c, 3, 83.
'*) App., b. c, 3, 84. Plut., Ant., 18. Liv,, ep., 119. Vell., 2, 63. Suet., Aiig., 12. Eutrop., 7, 2. Cf. Cic, Fam., 12, 8, 1. 12, 9, 2. 12, 10, 3. Ad Brut., i, 10, 2. 1, 12, 1. Dio C, 46, 51.
'5) Cic, Fam., 10, 21, 3. 10, 23, 4. Vell., 2, 63. Dio C, 46, 51.
'G) Cic, Fam., 10, 21, 2. 10, 23, 2.
'^) Cic, Fam., 10,21, 6.
<8) Cic, Fam., 10, 23,3.
IV, 27] LE PREMIER CONSULAT d'oCTAVE 607
devait lui livrer Octave ' ; il avait quitté Modène l'esprit troublé par les plus sombres pressentiments ^ ; après avoir traversé Regium Lepidum, Parma, Dertona, Aquae Statiellse, Pollentia, Vercellaî, il avait gagné Eporedia (Ivrée) •' ; il franchit les Alpes et se réunit à Plancus sur les bords de l'Isère \ L'union de Lépide et d'Antoine jeta le sénat dans la consternation. Il ne pouvait plus guère compter sur Octave ; car il lui avait refusé le triomphe % croyant pouvoir le satisfaire en lui accordant des distinctions purement honorifiques ^ probablement le droit de porter les insignes consulaires [ornamenta consularia) et de prendre place au sénat parmi les consulaires^ Non seulement Octave avait négligé de poursuivre Antoine, mais il avait donné des preuves évidentes qu'il ne le considérait plus comme un ennemi avec lequel il ne pouvait se réconcilier ^ On pouvait supposer qu'il n'avait pas été étranger à la résolution prise par Lépide ^ Cicéron lui-même comprit qu'il devenait diflicile de dominer ce jeune homme dont il avait garanti la conduite et les intentions le 1®' janvier '" (plus haut, page 385). Il remarqua que son zèle en faveur d'Octave avait affaibli son influence sur le sénat", et aussi que ses paroles avaient été interprétées de manière aie desservir auprès d'Octave'-. En outre, les soldats d'Octave ne furent pas satisfaits'* d'une décision du sénat portant que les décemvirs [decemmri agrarii) seraient chargés de leur distribuer des
') Cic, Fam., 11, 14, 2. 11, 19, 1. 11, 20, 4. Cf. App., h. c, 3, 76. 86.
=') Cic, Fam., 11, 18.
^)Cic., Fam., 11, 9, 2. 11, 10, 5. 11, 11, 2. 11, 13, 4. 11, 19, 2. 11, 20, 4. 11, 23, 2.
*)Cic., Fam., 10, 18, 4. 10, 22, 1. 10, 26, 1. 11, 15, 1. Ad Brut., 1, 14, 2.
6) Cic, Fam., il, 14, 1.
') DioC.,46, 41. 46. Cf. Liv., ep., 118. Mon. Ane, 1, 3. App,, b. c, 3, 51 .
' «) App., b. c, 3, 80. Dio C, 46, 41. Suet., Aug., 12.
9) App., b. c, 3, 81. Cf. Dio C, 46, 51. 52. Liv., cp., 119.
'») Cic, ad Brut., 1, 3, i.
") Cic, Fam., H, 14, 1. Ad Brat., 1, 10, 1.
") Cic, Fam., 11, 20, 1 . 11, 21, i. Il, 23, 2. Vell., 2, 62. Suet., Aug., 12. Dio C, 46, 41.
'3) Cf. Cic, ad Brut., 1, 10, 5. 1, 14, 2.
lots de terre' en vertu de la loi Vibia"; les soldats se plaigLiircnl de ce qu'Octave et D. Brutus avaient été exclus do la commission des décemvirs '.
Il fallut prendre des mesures de précaution contre Lépide ; le sénat décida que le gouverneur d'Afrique, Q. Cornificius', prendrait provisoirement le gouvernement de l'Afrique nouvelle [Afrkanova), et enverrait en Italie" deux des légions du gouverneur actuel T. Sextius''. On invita aussi C. Asinius PoUio à revenir de l'Espagne Ultérieure avec toute son armée"; Pollio venait d'écrire aux consuls, à Octave et à Cicéronle ^6mars^ ou plutôt le 15 avril ' pour se mettre à la disposition du sénat'"; malgré ses anciennes relations avec César, Pollio détestait sincèrement la tyrannie '^ ; mais il était exposé aux sollicitations de Lépide , d'Antoine et même d'Octave *", et c'était encore une des raisons pour lesquelles on le rappelait. Il fallait beaucoup de temps pour faire venir ces légions d'Afrique et d'Espagne ; pour le moment on ne pouvait opposer à Lépide et à Antoine que l'armée de D. Brutus et de L. Plancus ; eux seuls dans celte nouvelle guerre civile pouvaient prendre immédiatement la défense de la répu-
') Cic, Vain , 11, 14, 1. 11, 20, 1. 3. 11, 21, 2. 5. Cf. App., b. r., 3. <S2. 85. 86. App. n'a pas compris la raison pour la([uelle celte commission l'ut établie.
-) La loi Vibia (plus haut, page 590) avait remplacé la loi Antonia Ayraria supprimée (plus baut, page 588).
3) Cic, -Pam., Il, 20, 1. 11, 21, 2. App., h. c, 3, 80. 89.
*) Q. Cornificius s'était maintenu en Afrique. (Cic, Fam., 12, 25, l, 12, 28, C 12, 30, 7. Cf. 12, 22. 24. 25 A. 26. 29.) contre le lieutenant de son successeur, C. Calvisius Sabinus, nommé par Antoine le 28 novembre 44 (Cic, Phil., 'S. 10, 26.) Calvisius était un césarien bien connu. (Cf. Ctes., 6. c, 3, 34 Dio C , 41, 51. Nie. Dam., Vit. Auy., 26.) Avant le départ de Pansa, le Sénat lui avait voté des remerciements par un sénatus-consuite du 19 mars. (Cic, Fam., 12, 25, 1. 12, 28, 2.)
^) Cic, Fam., 11, 14, 2. li, 26. 10, 24, 4, 8. App.. b. c, 3, 85.
*) Le sénat avait déjà remplacé ï. Sextius (Cic, /'/;(/.. 13, 15, 30) par Sex. Quintilius Varus. (Cœs., b. c, i, 23. 2, 28). '
') App., b. c, 3, 74. Cf. Cic, Fam., 10, 33, 1.
8) Cic, Fam., 10, 31, 6.
9) Cic, Fam., 10, 31, 1. Cf. 10, 33, 3.
"} Cic, Fam., 10, 31, 5 et seq. Cf. 10, 32, 5. 10, 33, 3.
1') C\c., Fam., 10, 31, 3. Cf. II, 9, 1.
'*) Cic, Fam., 10. 31. 5. 10. 32, i. 11. Il, 1. App., h. r.. :^, x| ,
IV, 27] Lb; PUEMIER CONSULAT d'oCTAVE 609
blique \ Or ces deux chefs n'étaient pas de taille à se mesurer avec leurs terribles adversaires "-.
Voilà pourquoi le sénat n'osa pas prendre de résolution défmitive à l'égard de Lépide ; Lépide d'ailleurs avait de nombreux partisans dans le sénat ; naturellement les Césariens le soutenaient, mais aussi beaucoup de républicains : il avait épousé la sonir de M. Brutus^ Le sénat se contenta de voler des honneurs à M. Juventius Laterensis : ses funérailles seraient faites aux frais du trésor et on lui élèverait une statue*. Quant à Lépide, qui protestait toujours de sa loyauté", on le chargea de s'entendre avec L. Plancus pour installer à Lyon les bannis qui venaient d'èlre chassés de Vienne '^ ; on espérait ainsi le tenir éloigné de l'Italie. Plancus seul s'occupa de faire exécuter ce décret '. Il fallait contenir Octave et l'empècher de devenir dangereux en paraissant le traiter avec ég-ard ; on le chargea de défendre l'Italie contre Antoine*. Les républicains étaient décidés à pousser les hostilités avec la plus grande énergie ; le sénat décida — mais il y eut intercession'— que M. Brutus'", C. Cassius et Sex. Pompée devraient se rendre immédiatement en Italie ". A la même époque on dut voter aussi un impôt sous forme de
•) Cic, Fam., 12, 30. 2. 12, 8. 1. 12, 9, 2. 12. 10. 1. 11, 25, 1.
2) Cic, Fam., 10, 23, 6. 11. 26. 12, 10, 3. A'I Brut., 1, 10, 2. I, 14, 2-
3) Cic, ad Brut., 1, 13. 1, 12. 1, 18,2. *) Dio C, 46, 51.
=) Cic, Fam., 10, 35.
6) Dio C, 46, 50.
^■^Orell., Inscrip., b90.
*)Cf. Cic, Fam., 11, 14, 2. 10, 23, 6 avec .App., b. c, 3, 85, et aussi avec Dio C, 46, 42. 51. Dio C. commet une erreur de claie et rapporte deux fois le même fait.
°) La décision du sénat ne fut enreg-i&lree que comme auctoritus : Cic, U'I Brut., 1, 10, 1. Cf. App., h. c, 3, 85xpûsa.
'") M. Brutus était toujours en Macédoine (Cic, ad Brut., 2, 5, 5. 2, 6, 1. 1, 2. 4.6. 7. 11. 13. Fam., 12, 14, 1. 8. 12, 15, 1. Liv., ep., 120.); le 27 avril on lui avait demandé s'il voulait aider Cassius à poursuivre Dolabella (Cic, ad Brut., 1, 2, 4. 1, 5, 1. Cf. Phil., 11, 9, 26.).
") Cic, Fam., 11, 14, 2. 11, 26. 11, 25, 2. 12, 8, 1. 12, 9, 2. 12, 10, 1 et seq. Ad Brut., 1. 9, 3. 1. 10, 1. 5. 1, 12. 2. 1. 15, 12. 1, 14, 2. 1, 18, 1. 5. App., b. c, 3, 85. Dio C. fait encore une erreur de date, il place cette décision trop tard : 46, 51. Cf. 47, 22.
610 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUliLlQUE [IV, 27
tribut', pour permelLrc de payer aux soldats leurs gratifications et leur solde : la pénurie du trésor était devenue extrême^ Le 6 juin, avant que l'on apprît à Rome la nouvelle de la jonction de Lépide avec Antoine, on avait déjà envoyé de l'argent à D. B-rutus ^ On discuta aussi une demande de L. Plancus sollicitant des lots de terre pour son armée, dont la fidélité n'était pas assurée * ; on n'arriva à aucun résultat^. Une chose rendait la situation du sénat plus critique encore en présence de ses ennemis Antoine et Lépide : en vertu de la constitution, il était devenu impossible de procéder légalement à la nomination de consuls mffecti : c'était de triste augure pour l'avenir de la République. On pensait depuis longtemps à cette élection % on comptait que les nouveaux consuls pourraient procéder en août à l'élection des préleurs pour l'année suivante'. Mais comment procéder à la nomination des consuls? d'abord les compétitions des candidats pompéiens^ rendaient l'opération dangereuse ; on ne pouvait plus nommer de dictateur pour présider les comices, comme on l'avait fait en nommant César en 49 : la dictature avait été abolie; restait la ressource de l'interrègne, mais pour qu'il y eût interrègne, il fallait exiger leur démission de tous les magistrats patriciens; or quelques-uns étaient absents, d'autres refusèrent de se démettre". Les élections furent donc provisoirement ajournées^". On répandit bientôt dans le peuple la nouvelle que Cicéron voulait être consul"; on ajouta qu'Octave lui aussi y pensait*', et qu'il pourrait bien se faire nommer en même temps que Cicéron ^^ En réalité Octave
'j Cic, Filin., 12, 30, L Ad Brut., 1, 18, 5.
2) Cf. App., h. c, 3, 66. Dio C, 46, 31.
3) Cic, Fam., 11, 24, 2. Cf. 11, 20, 3. *) Cic, Fam., 10, 8, 3.
■5) Cic, Fam., 10, 22, 2. 10, 24, 2.
«) App., h. c, 3, 82.
^) Cic, Fnm., 10, 25. 26. M Brut., 1, 5, 4. Cf. 1, U.
8) Cic, Fam., 11, 10, 2. App., b. c, 3, 82.
9) Cic, ad Brut., 1, 5, 4. Cf. Dio C, 46, 45.
'») App., b. c, 3, 83. 85. Cf. Cic, Fam., 11. 26, 3.
«') Cic, ad Brut., 1, 4, 6.
*2) Cic, ad Brut., i, 4, 4.
") App., b. c, 3, 82. Dio C, 46, 42. Plut.. Cic, 45 et seq.
IV, 27] LE PREMIER CONSULAT d'oCTAVE 611
n'était pas satisfait ; le droit de porter les ornements consulaires, le commandement des armées destinées à combattre Antoine', n'avaient pas satisfait son ambition'; il déclara d'abord en secret, puis publiquement, qu'il voulait le consulat'. Bien des raisons avaient décidé Octave à demander cette haute magistrature : il ne savait pas encore quelle serait l'attitude d'Antoine et de Lépide à son égard ; il ne voulait pas agir de concert avec D. Brutus; consul, il aurait des pouvoirs égaux à ceux d'Antoine, pourrait négocier et combattre sur le pied d'égalité \ Au sénat personne ne voulut appuyer la demande d'Octave ; Cicéron fît tous ses efforts pour l'amener à abandonner son projet ". La candidature d'Octave ne fut pas abandonnée; le peuple la soutint, il se forma un parti nombreux pour la soutenir*^. Le sénat décida qu'Octave devait d'abord briguer la préture '' : il modifiait donc, à l'avantage d'Octave, le privilège qu'il lui avait accordé précédemment (page 585) de poser sa candidature aux magistratures républicaines dans des conditions exceptionnelles.
Les choses en restèrent là ; le 30 juin*, sur l'initiative de Cicéron% le sénat revint aux mesures énergiques : Lépide fut déclaré ennemi public'", les sénateurs revêtirent le vêtement de guerre [sagum] ''. La statue de Lépide fut renversée, ses biens confisqués '- et on dut reproduire le décret par lequel
2) Cic, ad Brut., 1, 17, 1.
3) Cic, ad Brut., 1, 10, 3. 1, 18, 4. Fam., 10, 24, 4. 6. Dans ce dernier passage il faut lire semcstris à la place de biinestris. App., b. c*, 3, 82 et Plut., Cic, 45 ont admis un témoignage qui n'est pas favorable à Cicéron,, Dio C. 46, 39 a commis une erreur de chronologie, il place le fait trop tôt.
*) Cf. Dio G., 46, 52. App., b. c, 4, 2.
=) Cic, ad Brut., 1, 10, 3 et seq. Appien et Plutarque sont d'un avis différent : App., b. c, 3, 82. 92. Plut., Cic, 45. Syncr. Don. et Cic, 4.
«) Cic, ad Brut., 1, 10, 3 et seq. Cf. 1, 10, 1. 1, 18, 2 et seq. Fam., 11, 25, 2.
^) Dio C, 46, 41.
8) Cic. Fam., 12, 10, 1.
9) Cic, ad Brut., 1, 15, 10. Cf. App., b. c, 4, 12. io)VelI., 2, 64.
•') Dio C, 46, 51.
«2) Cic, ad Brut., 1, 12, 2. 1, 15, 9 et seq.
til2 I A DISSULUllON DE LA IIÉPIIRLIOLE [IV, 27
on ordonnait à M. Brutiis, à C. Cassius et à Scx, Pompée de venir en Italie*. Mais pendant tout le mois de juillet, les généraux du parti sénatorial, D. Brutus et L. Plancus, restèrent inaclifs^ Octave ne les rejoignit pas, bien qu'il eût promis de le faire^ M. Brutus aurait pu venir en Italie dès U commencement de juillet*, il ne vint pas, les légions d'Afrique ne vinrent pas non plus\ En même temps les citoyens se montraient très mécontents^ de l'établissement du nouveau tribut de un pour cent : depuis la bataille de Pydna on n'avait pas demandé de contributions semblables aux citoyens''.
Au lieu de soutenir D. Brutus et L. Plancus, Octave augmenta les embarras du Sénat; vers la fin de juillet il envoya à Rome une députation de 400 centurions et soldais : ils devaient réclamer Targont qu'on avait promis à l'armée, et demander avec énergie le consulat pour leur chef^ Ils demandèrent aussi que le décret de bannissement lancé contre Antoine fût rapporté"; en agissant ainsi ils savaient répondre aux désirs secrets d'Octave et aux vœux de toute l'armée'". Le sénat put croire dès ce moment que l'entente était déjà faite entre Antoine, Lé])ide et Octave' '; i! cru! cependant pouvoir encore refuser de donner aux troupes l'argent promis '-; il refusa aussi d'accorder à Octave le droit de brisuer le consulat.
') Dio C, 40, .51.
»j Cic, wlBnU., 1. li, ■:. Fam., 12, 10, 3. 10, 2i, 3. 8. Cf. App., b. c, ?,, 90.
^) Cic, Fnm.. 12. 24, 4. G. 8.
*)Cic., Fam., 12,' 10, 4.
^) Cic, Fam., 10, 24, 4, 8. A'I Brut., 1, 18, 1. App., h. c, 3, 89.
«) Cic, ad Brut., i, 18, 5.
') Voir lome I, page 558.
«) App., b. c, 3,87 et seq. Suet., Aug., 26. Cf. Dio C, 46, 42. Dio C. commet encore une erreur de date; il place beaucoup trop tôt l'envoi de celle ambassade, par rapport à la déclaration de guerre contre Lépide.
') Dio C, 46, 43.
»") Dio C, 46, 4?.
") Liv., cp., 119. Vell., 2, 65. Eutr., 7, 2. Dio C, 46, 43. Cf. 46, 41 et
'^j Dio C, 46, 43,
IV, 27] LE PREMIER CONSULAT d'oCTAVE G13
Irrité et entraîné par son armée, Octave passa le Rubicon au comniencement d'août et marcha sur Rome'. Le sénat se décida enfin à faire remettre aux soldats l'argent réclamé, Octave fut autorisé à se présenter au consulat. Mais l'armée d'Octave continua sa marche ; en ce moment le sénat put enfin disposer des légions d'Afrique qui venaient d'arriver en Italie ; sur la demande de Cicéron" qui depuis la fin de juillet avait perdu toute confiance en Octave ^ le sénat rapporta le décret qui autorisait Octave à devenir candidat au consulat, lui envoya l'ordre de rester éloigné de Rome à une distance de 750 stades, fortifia le pont Mulvius et le Janicule en y plaçant la légion laissée à Rome par Pansa au moment do son départ et les légions d'Afrique ; les préteurs furent investis de pleins pouvoirs par un sénatus-consuUe spécial pour sauver la République '. Mais quand Octave parut dans les environs de Rome, tout changea, les soldats se déclarèrent pour lui; le préteur urbain, M. Cornutus, se donna la mort, les autres préteurs traitèrent avec Octave ^ Les républicains espéraient encore que la lég-ion Martia et la quatrième se tourneraient contre Octave et défendraient le sénat; le tribun P. Appuleius fut chargé de l'annoncer au peuple. Sur la demande de Cicéron, le sénat tint une séance de nuit; mais la nouvelle était fausse; Cicéron, qui ne pouvait plus compter sur l'amitié d'Octave, s'enfuit ^ Octave prit possession de la ville, s'empara du trésor, et distribua lui-même à ses soldats l'argent que le sénat venait de leur accorder; ensuite, sous le prétexte de laisser aux comices consulaires toute leur liberté, il sortit de Rome '.
Les préteurs ne pouvaient pas réunir les comices chargés de nommer les consuls^ ; un d'eux, probablement Q. Gallius,
1) Dio C. 46. 43. App., b. c, 3, 88.
*) App., b. c, 3, 91.
3) Cic, ad Brut., 1, 18, 3.
M Dio C, 46, 44. App., b. c, 3, 88-91. Obseq., 69.
5) App., b. c, 3, 92. Dio C, 46, 45.
6) App., b. c, 3, 93.
''} App., b. c, 3, 94. Dio C, 4G, 45. 4G.
') Les comices consulaires ne pouvaient tire convoqués et présidés que par un consul, un dictateur ou un intcrroi. Le préleur n'en avait pas
qui avait remplacé M. Cornutus comme préteur urbain*, fit élire deux proconsuls, ou plus exactement des chioviri comùiis consularibus habendis consulari potestate. Ces derniers présidèrent les comices : Octave [C. Jiilius Cœsar Octavianus) et Q. Pedius furent élus^ Octave fut donc consul, il n'avait pas vingt ans^; il fut investi de cette haute magistrature le 19 août*, et non pas, comme on Ta dit, la veille de l'anniversaire de sa naissance^, c'est-à-dire le 22 septembre de l'ancien calendrier, le 23 du nouveau (a. d, IX kal. oct.)^
Son premier acte fut de faire ratifier son adoption par une loi curiate ', qui dut être présentée par son collègue Q. Pedius. Il s'occupa ensuite de distribuer au peuple le legs dont César l'avait chargé par son testament *. Il fit rapporter par le peuple le décret de bannissement lancé contre Dolabella^ ; il ne savait pas qu'à ce moment-là Dolabclla avait été vaincu par C. Cassius. Il put enfin réaliser ses projets de vengeance contre les meurtriers de César : il chargea son collègue*" de faire voler par le peuple une loi en vertu de laquelle on établirait un tribunal extraordinaire '^ La loi Pedia de interfectoribus Cœsaris portait que quiconque aurait pris part directement ou indirectement à l'assassinat de César, qu'il fût
droit, pour celte raison bien simple que le magistrat chargé de présider les élections devait avoir des pouvoirs et des auspices au moins égaux à ceux que posséderait l'élu; or le préteur avait un pouvoir inférieur, minus imperium, à celui du consul (Gell., 13, 15, Cic, ad AU., 9, 9, 3. Dio C, 46, 45.). (N. D. T.) 1) App., b. c, 3, 95.
5) Dio C, 46,45. App., b. c, 3, 94. Liv., ep., 119. VelL, 2, 65. Suet. Aiig.,26.9ô.Tac.,DiaL, 17. .4n?i., 1, 10. Obseq., 69. Fast. cons., I. L. A., p. 440. 466. Mon. Ane, 1, 7.
3) Suet., Aug., 26. Entr., 7, 2. Plut., Brut., 27. Il y a erreur apud Solin., 1, 32.
*) I. L. A., p. 400. 310. Suet., Aug., 31. 100. Macrob., Sat., 1, 12, 35. Tac, Ann., 1, 9. Dio C, 56, 30. 55, 6. 9.
6) Vell., 2, 65.
^) Suet., Aug., h. I. L. A., p. 402.
') App., 6. c, 3, 94. Dio C, 46. 47. «) DioC, 46, 48.
9) App., b. c.,3, 95.
*o) Cf. Liv., ep., 120. Dio C, 46, 48. App., b. c, 3, 95. Plut,, Brut., 27. Mon. Ancyr., i, 10.
»') Vell., 2, 69. Suet., iTec, 3. Galb., 3.
IV, 27] LE PREMIER CONSULAT d'oCTAVE 6 1 a
présent à Rome ou absent, serait exilé et dépouillé de ses biens*; les dénonciateurs recevraient des gratifications, de l'argent ou la liberté, ou ils auraient dans certains cas les emplois détenus par les accusés".
Un des premiers condamnés fut le tribun P. Servilius Casca^; Octave avait pourtant déclaré qu'il ne l'inquiéterait pas*; mais le tribun P. Tilius avait, par uneloi Tùia, dépouillé son collègue de sa magistrature en donnant comme raison que Casca avait quitté Rome. On condamna ensuite Sex. Pompée, qui n'avait pris aucune part au crime", puis Cn, Domitius Ahenobarbus, le fils de L. Domitius Ahenobarbus*^, probablement aussi Q. Cornificius, le gouverneur d'Afrique^ ; plus tard Ser. Sulpicius Galba\ et enfin M. Brutus et G. Cassius^; Brutus fut accusé par L. Cornificius *°, Cassius, par M. Vipsanius Agrippa*', l'ami d'enfance d'Octave*". Les juges ne pouvaient faire autrement que de condamner *^ ; on signala comme un acte héroïque la déclaration du sénateur P. Silicius Corona qui osa se prononcer en faveur de M. Brutus**. D. Brutus fut aussi condamné*"'.
Octave donna de nouveaux gouverneurs*'^ aux provinces dont les titulaires venaient d'être condamnés ; il envoya en Afrique Q. Gallius. qui fut bientôt après convaincu d'avoir
1) Dio C, 46, /i8. App., h. c, 3, 95. Vell, 2, 69.
2) Dio C, m, 49.
3) Dio C, 46, 49. Obseq., 70.
*) Voir plus haut, p. 576,
5) Dio C, 46, 48. 48, 17. 36.
^) Suet., Ner., ?,. App., b. c, 5, 55. 61. Cf. Cic, Phil., 2, 11, 27. 10, 6. 13.
7) Cf. App., b. c, 3,95.
8) Suet., Galb., 3. Cf. Cic, Phil., 13, 16,33. Fam., 10, 30. 11, 18, 1.
9) Liv., cp., 120.
«») Plut., Brut., 27.
") Veli., 2, 69. Plut., Brut., 27.
>2) Nie. Dara., Vit. Aug., 31. Corn. Nep., Ait., 12. Suet., Aw^., 94. Vell., 2,59.
•3) Cf. App., b. c, 5, 48. 72.
'*) Dio C, 46, 49. App., b. c, 4, 27. Plut., Brut., 27. i6) Liv.,ep., 120. Dio C, 46, 53.
»6) Dio C, 46, 48.
016 LA DlSSOUllON DK l.A lîKPlliLlVL'i: [IV, 27
pris part à un complot contre Octave ; on lui enleva la prélure et il prit la fuite'. Le sénat autorisa Octave à garder^, après son consulat, le commandement suprême de l'armée, son pouvoir serait supérieur à celui des consuls ; il pourrait faire une nouvelle levée de troupes, mettre sous ses ordres les légions de D. Brutus ; on lui donna pleins pouvoirs pour défendre la ville'; enfin le sénat, qui ignorait les négociations engagées entre Octave d'une part, Antoine et Lépide de l'autre^ lui confia la mission de combattre ces deux grands ennemis de Rome^
Comme les pourparlers avec Antoine et Lépide n'aboutissaient pas, Octave quitta Rome au mois d'octobre et fit semblant de se mettre en campagne contre les deuxproconsuls \ Antoine et Lépide avaient augmenté leurs forces d'une façon considérable ; L. Plancus qui, vers la fin de juillet, avait négocié avec Octave pour le décider à venir à son secours'', s'était séparé de D. Brutus, quand il avait vu la tournure que prenaient les événements à Rome, et avait réuni son armée à celle d'Antoine ^ Avant lui C. Asinius PoUio en avait fait autant ; parti de Cordoue en juin', il n'avait même pas essayé de pénétrer en Italie avec sa faible armée*, et avait rejoint Antoine'. D. Brutus essaya de traverser l'Italie septentrionale pour gagner l'Illyrie et s'unir avec M. Brutus ". Son armée l'abandonna en route ; D. Brutus fut fait prisonnier par un chef gaulois, qui le livra à Antoine, et Antoine le fit mettre à mort'' en septembre*'.
') App., b. c, 3, 95. Suet,, Aug., 27. ') Dio C, 46,47.
3) Dio C, 46, 51. M. Brutus et C. Gassius n'étaient pas encore arrivés. *) Dio C, 46, 50. 51.
«) Cic, Fam., 10, 24, 4 et seq.
6) Liv., C23., i20. Vell., 2, 63. App., b. c, 3,97. Plut., Ant., 18. Dio G. 46, 53.
') Gic, Fam., 10, 32. 33.
8) Gic, Fam., 10, 32, 4. App., b. c, 3, 46.
9) Liv., ep., 120. Vell., 2, 63. App., b. c, 3, 97. '") App., b. c, 3, 97. Illyr., 19. Dio G , 46, 53.
»') App., b. c, 3, 97. Dio G., 46,53. Liv., ep., 120. Vell., 2, 64. Oros. 6, 18. Val. Max., 4, 7, 6. 9.13, 3.
lï) App., 6. c.,3, 98.
IV, 27] LE PREMIEH CONSl'LAJ' l/oCTAVE 6l7
Aussitôt qu'Octave eut quitté Rome, et se fut mis lentement en marche vers le nord de l'Italie, Q. Pédius proposa au sénat d'accorder leur pardon à Antoine et à Lépide. Octave devait vivement désirer les voir réhabiliter; il n'élait pas de force à lutter contre eux et, d'autre part, depuis la loi Pedia, il ne pouvait plus s'entendre avec M. Brutus et C. Cassius, tandis qu'il était encore possible de s'unir avec Antoine*. Le sénat eut la faiblesse de consentir à réhabiliter Antoine et Lépide-, bien qu'il comprit l'importance du tort qu'il portait par là à M. Brutus et à G. Cassius, en rendant possible l'union d'Octave, d'Antoine et de Lépide. Alors tout fut prêt pour une alliance entre le consul Octave et les proconsuls Antoine et Lépide. Ils eurent une entrevue dans une île du fleuve Lavinius entre Modène et Bologne au mois de novembre. Les conférences durèrent plusieurs jours ; il en sortit cette fameuse alliance qui rendit inévitable la chute définitive de la République. Les triumvirs disposèrent de 43 légions ^
Il fut convenu qu'Octave renoncerait au consulat, le préteur P. Yentidius le remplacerait pour le reste de l'année. Les triumvirs créaient pour eux une nouvelle magistrature^ ils prenaient le titre de Tresviri i^eipublicœ constituendœ cojisulari imperio ; leurs pouvoirs souverains dureraient cinq ans ; pendant ce temps, ils auraient le droit de nommer les magistrats et de disposer des provinces, leurs actes ne seraient pas soumis à l'approbation du sénat ni du peuple ; ils se réservaient un certain nombre de provinces : Octave eut l'Afrique, l'Afrique nouvelle (Numidie), la Sicile et la Sardaigne; Lépide garda ses anciennes provinces, l'Espagne ultérieure, l'Espagne citérieure et la Gaule Narbonnaise ; Antoine fit de même, il garda la Gisalpine et la Gaule chevelue [Gallia comata). Afin d'assurer leur tyrannie et de se procurer de l'argent pour payer leurs soldats, ils devaient imiter Sylla et proscrire leurs ennemis politiques et personnels ; il suffisait que l'un des triumvirs demandât une proscription, les deux
') Vell.,2,65.
*) App., h. c, 3, 96. Dio C, 46, 52.
3) App., b, c, 5, 6.
autres ne pourraient faire opposition, quand même il s'agirait d'un de leurs amis ou de leurs parents. Les consuls de 42 seraient L. Munatius Plancus et Lépide ; Lépide remplacerait donc D, Brutus et resterait en Italie, pendant qu'Antoine et Octave iraient combattre M. Brutus et C. Cassius. Ils promettaient à leurs soldats de leur abandonner dix-huit des villes les plus riches de l'Italie avec leurs territoires quand la g"uerre serait finie *. Les conditions de l'alliance furent communiquées à l'armée ; les soldats, poussés par Antoine, demandèrent que l'alliance fût confirmée par un mariage : Octave devrait épouser la fille adoptive d'Antoine, Glodia ; Octave y consentit".
Les triumvirs marchèrent vers Rome^ ; on savait déjà qu'il y aurait des proscriptions \ Q. Pedius, que les triumvirs n'avaient pas complètement renseigné, essaya de calmer les citoyens; il tomba malade et mourut presque aussitôt^ Arrivés aux portes de Rome, les triumvirs firent leur entrée solennelle dans la ville ; Octave entra le premier, le jour suivant parut Antoine, Lépide entra le dernier ^ Ils chargèrent le tribun P. Titius de faire sanctionner leur nouvelle magistrature par une loi. La loi Titia fut votée séance tenante, on ne respecta pas le délai obligatoire du trinundinum ". Le 27 novembre, Octave, Antoine et Lépide prirent possession de leurs pouvoirs qui devaient durer jusqu'au 1"^ janvier 37 [ad pr. Kalendasjan. sextasy.
») App..
, 2 et sec
. Dio C.
Plut.,
Ant., 19.