tan., lih. Ht
furent mis à la torture; et pour qu’aucun ami ne fût tenté de lui venir en aide en son péril, on ne cessait de montrer ce crime de majesté, enchaînement et nécessité de se taire1 !
Tibère enfin, par des détours et par des exemples empruntés d’Auguste, provoqua le jugement. Les adulateurs savaient déjà le sien; Silanus fut interdit de l’eau et du feu, et ses biens furent déclarés confisqués ; ce Cornélius Dolabella, déjà signalé pour ses bassesses, ajouta à son vole des récriminations furieuses sur les mœurs de Silanus; il voulait qu'il fût porté un décret interdisant d’appeler désormais au gouvernement des provinces tout homme dont la vie serait souillée de vices, et que la sévérité des choix fût remise au libre arbitre du prince. Ainsi les crimes seraient prévenus; ainsi serait-on dispensé de les punir. Tibère tempéra cette ferveur par un discours ; il n’avait déjà, disait-il, que trop de puissance; et sa connaissance ne pouvait ainsi embrasser toutes choses; les méfaits, d’ailleurs, ne pouvaient être prévus ; et les ancêtres avaient sagement voulu que les délits fussent consommés avant d’être punis; enfin, exagérer le pouvoir, c’était affaiblir les droits, et il ne fallait pas se servir de la puissance tant qu’il suffisait de l’action des lois.
Ainsi Tibère rejetait l’odieux de la tyrannie; et il se donna même, en cette rencontre, le mérite de tempérer la rigueur du sénat. On avait désigné pour l’exil de Silanus l’ile de Gyare, déserte et malsaine; Tibère
* « Vinculum et nécessitas silendi. > (Tac., Ann. lib. III, 67.)