TI HÈRE
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voter comme Lepidus; tout le reste suivit Agrippa. Le poêle fut aussitôt conduit en prison et étranglé. Cette justice rapide toutefois étonna Tibère, qui se plaignit au sénat, mais avec ses ambiguités accoutumées, louant la piété du sénat à venger les injures du prince, même les moins graves , n’approuvant pas une punition si précipitée pour des paroles vaines, louant Lepidus, mais ne blâmant pas Agrippa. Un sénatus-consulte prononça que désormais les décrets seraient déposés au trésor, c’est-à-dire que l’exécution n’aurait lieu qu’après dix jours. C’était comme un sursis donné aux condamnés; « mais, par cette suspension, ni la liberté n’était donnée au sénat de se repentir, ni Tibère n’était rendu plus clément *. »
Le sénatus-consulte devait néanmoins garder ses effets dans la suite. 11 ne fut alors qu’une hypocrisieplus tard il ressembla à une protection.
Cependant quelques événements avaient çà et là remué le monde.
Dans laThrace, des troubles avaient continué après le partage qui s’était fait du royaume entre Rhœmétalcès et les (ils de Cotys; ce fut Vellcius, l'historien adulateur, qui, commandant les forces romaines en ces régions, rétablit la paix et l’ordre par une expédition que Tacite a honte d’appeler une guerre, car tout s’y borna à mettre à mort des maraudeurs.
Dans les Gaules, toute agitation était grave. Là, lis. peuples Irémissaient sous le poids des exactions II
« Tac., Ann. lit., lit, 49-51.
l. Sli
L'EMI'IRE ROJIW.V.
fui ;iis«* à deux hommes considérables, Julius Flores, chez Içs Trévires, Julius Sacrovir, chez les Éduens, de soulever les multitudes. Tous les deux étaient de noblesse antique, et, néanmoins, on voit qu’ils avaient pris des appellations romaines, tant la domination s’était enracinée en dépit delà haine des vaincus. « On leur avait donné le droit de cité, dit Tacite, lorsque cet honneur était rare encore, et n’était accordé que comme prix de la vertu1. »
A l'appel de ces deux chefs, la Gaule entière s’émut, et partout éclatèrent des révoltes; cette idée d’une guerre gauloise faisait trembler Home, et aus<i les nouvelles furent grossies; on parlait d une insurrection générale; la Germanie entière allait suivre, l’Espagne était douteuse et l'alarme donna de la liberté aux opinions cl aux murmures. Les plus gens de bien gémissaient pour la république; le plus grand nombre, en haine des choses présentes, se réjouissaient des périls comme d’une espérance de nouveauté. « C’était bien le temps, pour Tibère, en de si graves conjonctures, de s’occuper d'accusations de libelles! N'allait-il pas appeler Sacrovir au sénat pour crime de majesté! Enfin, des hommes s’étaient trouvés qui, par leurs armes, forçaient le prince à délaisser ses décrets de sang: et n’était-il pas heureux (ju’à une paix misérable succédât la guerre? » Ainsi parlait-on dans Home; Tibère n’affectait pas
1 T.ic., Ann. lib. lit.
TIIIÈHE.
moins la sécurité; c’était sa nature île dissimuler, ou bien il savait peut-être, dit Tacite, que le péril ne motivait jias tant d’alarmes.
- Silius, un jeune général, courut en effet avec deux légions aux révoltes éduennes. Sacrovir ne put résister avec ses troupes mal armées de citadins à des soldats disciplinés et dressés à la guerre; tout fut dispersé et détruit; Sacrovir, réfugié dans un fort, près d'Augustodunum (Autun), avec quelques fidèles, s’y donna la mort; les autres se tuèrent entre eux.
Julius Florus fut vaincu de même chez lesTrévires, et "après avoir fui longtemps en des retraites inconnues, il finit par s’ôter la vie. Les peuples de la Loire, qui avaient pris les armes, furent contenus par quelques cohortes.
Tibère alors écrivit au sénat pour annoncer la lin d’une guerre pour laquelle il avait suffi de la vaillance de ses lieutenants, et delà direction de ses conseils, et il expliquait pourquoi ni lui ni Drusus n’était allé se montrer à de tels ennemis ; l’empire était trop grand pour qu’au moindre trouble il fallût quitter la ville d’où partait l'impulsion du monde! Maintenant qu’il n’y avait plus d'alarmes il allait arriver pour donner ses soins à l'ensemble des affaires. A celte nouvelle le sénat se mita inventer des formes d'adulation; il ordonna des vœux, des supplications, toutes les autres marques d’hommage. Dolabella Cornélius franchit les bornes et poussa la flatterie à l'absurde, dit Tacite,, en proposant que Tibère marchât en
L'KMPIRE ROMAIN.
triomphateur, de la Campanie à Rome. Tibère fit savoir qu il n’était pas assez dépourvu de gloire pour qu’après tant de triomphes reçus en sa jeunesse ou dédaignés plus tard, vieux il ambitionnât des honneurs publics pour avoir fait une pérégrination hors la ville. Ainsi persiflait-il l’adulation, et elle n’en était que plus lâche.
D’autres guerres se montraient au loin.
Tacfarinas, en Afrique, un Numide obscur, qui avait été soldat dans les armées romaines, s’élait rendu redoutable en groupant autour de lui quelques hommes de désordre dont il avait fait une troupe disciplinée, bientôt grossie par des bandes de Maures, avides de pillage plus encore que de liberté.
Furius Camillus, proconsul d’Afrique, avait, avec une légion et quelques auxiliaires, frappé ces commencements de révolte générale ; et le péril avait paru assez grave pour que le sénat décernât le triomphe au vainqueur de Tacfarinas. Furius Camillus, dont le nom rappelait une race pleine de gloire, n’avait eu jusque-là aucune importance, et c’est ce qui, selon Tacite, disposa Tibère à laisser exalter son exploit : « L’honneur triomphal ne lui fut point funeste à cause de l’insignilîance de sa vie. »
L'an de Hume 771 . — Mais deux ou trois ans après, Tacfarinas reparaissait avec des forces nouvelles et des ravages nouveaux. Une cohorte romaine se laissa battre, et le proconsul L. A promus, qui avait succédé à Furius Camillus, la décima pour punir sa honte.
TIBÈRE
Cette sévérité, où semblait revivre le vieux génie de Rome, rendit l’énergie aux soldats; Tacfarinas finit par être repoussé dans les déserts. Mais il n’était pas vaincu, et la guerre restait allumée. A Apronius succéda Junius Blesus, oncle de Séjan, de ce ministre dont le nom n'est jusqu’ici qu’entrevu, mais jwraitra bientôt avec son éclat sinistre; Blesus joignit la politique aux combats. Ne pouvant atteindre la révolte dans les déserts, il l’enveloppa par des corps disséminés, et en môme temps il offrait l’impunité à ceux qui déposeraient les armes. Tacfarinas sembla vaincu de nouveau, et le triomphe fut décerné à Blesus; Tibère |>ermit môme que les soldats le proclamassent impet ntor; c’était un honneur qu'il avait laissé tomber en désuétude, mais qu’il autorisait cette fois, à cause de son ministre Séjan, neveu du victorieux.
An de R. 775. I)e J. C. 22. — Consuls C. Sut l>iciits Galba, D. Haterius Aijrippa. — C’est l’époque où Rome était le plus dévorée par le luxe, tas vices, comme il arrive, avaient excité une émulation effroyable de convoitises. L’opulence s’épuisait en raffinements de volupté, et la société romaine tout entière courait à la ruine par la fureur de briller et de jouir.
« Le luxe, dit Tacite, se déployait immense dans toutes les choses où l’argent peut se prodiguer. Mais il y avait des profusions qui se pouvaient dissimuler, et d’autres qui s’étalaient, au contraire, comme celles des festins et de la gloutonnerie. »
1/ K MMR K ROMAIN.
En ec temps vivait Apicius, dont le nom réveille l’idée de la gourmandise et de la dissolution. Il dépensa cent millions1 de sesterces à des folies de cuisine; et, épuisé de débauche, il finit, pour dernière volupté, à se donner la mort. IVautres rivalisaient avec lui. Les sénateurs donnaient l’exemple; on achetait, dit Pline, un cuisinier à un prix qui aurait suffi autrefois à la dépense d'un triomphe, et un poisson au prix d’un cuisinier*.
Tibère faisait contraste avec ces prodigalités par la simplicité affectée de ses habitudes. Aussi, la corruption craignit un moment d’être ramenée violemment à l'antique austérité. Les édiles s’étaient occupés de la violation des lois somptuaires; le luxe des ameublements franchissait toutes les bornes, et on ne pouvait arrêter un si grand désordre par de petits expédients! Le sénat fut consulté, et l’affaire fut renvoyée au prince. Ce lui fut un sujet d’anxiété, de savoir s’il serait possible de réprimer une telle frénésie, ou bien si la répression ne serait pas un dommage pour la république; ou bien si une tentative inutile ne serait pas une honte pire que le désordre; ou, enfin, si la réussite ne tournerait pas à l’infamie de tant de familles illustres. Dans ces incertitudes, il écrivit au sénat une lettre ambiguë, louant les édiles de leur sollicitude, mais se plaignant qu’on lui renvoyât les décisions difficiles; « tandis que chacun, disait-il, attire à soi le
* V ingt et un millions île (rimes
1 Plin'. IX, 17.
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mérite de ce qui est bien, lui seul porte l'odieux de ce qui est mal. »
Toutefois il passait en revue les désordres, et sa lettre est un des plus curieux monuments de l’histoire.
« Par où, disait-il, attaquer les mœurs et les ramener aux vieilles règles? Sera-ce par ces infinies étendues de domaines, par ces multitudes, par ces nations d’esclaves, par ces quantités de vaisselle d’argent et d’or, par ces prodiges d’airain et de peinture, par ces confusions de vêlements entre hommes et femmes, ou bien par ces ornements particuliers des femmes, par ces pierreries pour lesquelles notre argent s’en va chez les nations lointaines ou ennemies? . Et je sais bien que dans les festins et dans les cercles ces désordres sont déplorés, et qu’on en demande la répression. Mais qu’une loi soit portée, et que des peines soient édictées; ceux-là qui se plaignent s’en iront criant que la cité est perdue, que les plus magnifiques de ses citoyens sont menacés de la ruine, que nul n’est à l’abri d’accusation. Or même les maladies du corps, une fois qu’elles sont invétérées, ne sauraient être combattues que par des remèdes énergiques et violents. Que sera-ce des maladies de l’àme, celleci se corrompant elle-même et nourrissant en elle le feu qui la brûle! On ne la saurait guérir par des remèdes moins puissants que ses passions. Tant de lois imaginées par nos pères, tant de lois portées par le divin Auguste, toutes ces lois abolies, les unes par l’oubli, les autres, ce qui est pin*, par le mépris, ont
laissé au luxe sa sécurité, car vouloir ce qui n’a pas été défendu encore, c’est s'exposer tout au plus à la crainte de le voir défendu plus tard; mais que la défense ait pu être une fois violée avec impunité, il ne reste plus ni crainte, ni pudeur contre la licence. Pourquoi donc autrefois la simplicité fut-elle en honneur? C’est que chacun modérait ses vœux; c’est que tous nous étions citoyens d’une ville unique : concentrées en Italie, les excitations n’étaient pas ce qu’elles sont devenues depuis que nous avons appris par les victoires étrangères à dévorer les richesses d’autrui, et par les victoires civiles à dévorer nos propres richesses.
« N’esl-ee pas une bien petite question que celle dont nous occupent les édiles? Dieu petite, si vous songez à toutes les autres! Personne ne remarque que l’Italie a besoin des ressources du dehors, que la vie du peuple romain chaque jour lui arrive au travers des incertitudes de la mer et des périls des tempêtes; et si les produits des provinces ne venaient subvenir aux besoins des maîtres, des esclaves, et même des champs, vivrions-nous de nos bosquets et de nos villas? Voilà, pères conscrits, le soin qui pèse sur le prince; qu’il soit négligé, et la république croulera sur sa base. Quant au reste, chacun en doit faire pour soi un objet de sollicitude; revenons au bien, nous, par un sentiment de convenance, les pauvres par la nécessité, les riches par la satiété. Ou si quelqu’un d’entre les magistrats se promet assez d’habileté et assez de sévérité pour être de force à s’attaquer au désordre, je le
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loue, et je conviens qu’il me soulage d’une partie de mes soucis; que s’ils ne veulent qu'accuser les vices, et, après s’ètre fait honneur par ce courage, s'ils me laissent tout l'odieux de la répression, croyez, pères conscrits, que je ne cours pas non plus après les inimitiés; bien que profondes et d’ordinaire injustes, je les accepte pour la république; misérables, vaines et sans profil pour vous et moi, j’ai le droit de les repousser *. »
Le sénat, sur cette lettre, remit l’affaire aux édiles, et les édiles renoncèrent à la réforme. On se borna, dit Suétone, à réprimer la licence des cabarets. Les maisons des riches continuèrent à rivaliser nonseulement de magnificence, mais de profusion; le luxe des tables était arrivé surtout à des raffinements qui attestaient une société épuisée de sensualisme. Le monde fournissait l’aliment à ces débauches; cela ressembla longtemps à un emploi des richesses profitable au peuple; c’est l’étchiel sophisme qui protège le luxe de dire qu’il donne de l’activité à l’industrie humaine, mais ce qu’il réalise principalement, c’est la dégradation des mœurs publiques et des mœurs privées. Aussi Rome n'avait plus rien de ses vieilles vertus. La famille romaine n’existait plus; les noms antiques disparaissaient dans l’opprobre et dans la misère; des noms nouveaux s’élevaient, et le sénat se peuplait de parvenus, ceux-ci plus soigneux de leurs richesses •
1 « Jure di'iirecor. » (Tac., Ann. lit), lit, 5t.)
L’EMPIRE ROMAIN
jusqu’à O* qu’un esprit nouveau d’avance parut ressembler à une réforme des prodigalités. Cette réaction se lit plus tard au temps de Tacite, et il l’explique par l’autorité des exemples de Vespasien, ou bien, ajoutet-il, « il y a peut-être en toutes les choses humaines un certain ordre de révolution qui fait «pic les mœurs ont leurs retours comme les temps ; et de même que tout n’a pas été meilleur chez les devanciers, de même notre âge a pu produire des exemples «lignes d’être imités par nos descendants'. »
Quoi qu’il en soit, Tibère fut loué pour sa modération en celte question du luxe, qui intéressait les passions et les goûts de la société romaine. Peu après, il écrivait au sénat pour demander en faveur de Drusus la puissance tribunitienne.
« Auguste avait trouvé cette dénomination de la souveraineté pour ne pas assumer le titre «le roi ou de dictateur, et dominer néanmoins par une certaine appellation toutes les magistratures. Il avait associé à cette puissance Agrippa, et, après la mort d’ Agrippa, Tiberius Néron, afin de ne pas laisser d’incertitude dans la succession de l’empire; ainsi pensait-il contenir les espérances ambitieuses, se fiant à la fois à la modération de Néron et à sa propre grandeur. Tibère fit de même; il appelait Drusus à la souveraineté, tandis que du vivant de Gcrmanicus il s’était tenu indécis entre l’un et l’autre \ »
« Tac., .4wi. lili lit, oh.
* Ibid., 50.
TIBÈRE
Le sénat était prêt; à la demande de Tibère il répondit par des actions de grâces aux dieux, par des érections d’autels, de statues et d’arcs de triomphe. Silanus, à celte occasion, proposa de dater les années non plus par les noms des consuls, mais par ceux des tribuns. Un autre, Q. Hatérius, voulait que lessénatusconsultcs de ce jour fussent gravés en lettres d’or dans la salle du sénat; son vote fut une risée; « malheureux vieillard, ajoute Tacite, à qui il était réservé seulement de jouir de l’infamie de ses sales adulations. »
Tibère, dans sa réponse au sénat, modéra les solennités décrétées pour la puissance tribunilienne de Drusus, et nommément il blâma ce vote insolite des lettres d’or , contraire, disait-il, aux coutumes antiques. Le sénat alors sembla se donner des airs de liberté. Drusus s’était borné à écrire de la Campanie, où il était avec Tibère, une lettre au sénat; elle était conçue en termes modestes de gratitude; le sénat y vil une expression de suflisancc hautaine. « Convenait-il «à un jeune homme revêtu d’un si grand honneur de ne pas se rendre auprès tics dieux de la ville, de ne pas paraître au sénat, de ne pas prendre au moins les auspices sur le sol de la patrie? Était-ce là une façon de s’initier au gouvernement de l’empire? » Tels étaient les murmures; on eût dit une protestation du sénat contre ses propres bassesses.
Tibère, de son côté, tout en fortifiant en lui-même le nerf du principal, laissait au sénat une apparence des droits de l’antiquité. C’est ainsi qu'il le laissa déli-
bérer à l’aise sur le cl rt>il d’asile dont abusaient dans les villes grecques les esclaves contre les maîtres, les débiteurs contre les créanciers, les criminels contre les magistrats. Il y eut à Rome une réunion de députés de ces villes, qui vinrent soutenir les privilèges de leurs temples; il semblait que la dignité des dieux fût intéressée à protéger les crimes des hommes1; imposante solennité, dit Tacite, où le sénat eut à revoir et à discuter les faveurs anciennes, Ire actes dre rois, cl jusqu'aux privilèges des divinités. Le sénat finit par se fatiguer à entendre les prétentions de toutes ces villes et de tous ces temples; les peuples se disputaient les origines de leurs dieux, source de ce droit d’asile, et la discussion se noyait dans ces conflits de superslilions. Le sénat chargea les consuls de continuer l’enquête; et, sur leur rapport, il ratifia les droits avérés, supprima Ire droits douteux, et fit des règlements pour empêcher que, sous le nom de la religion, l’impunité dre crimes fût assurée*.
Une autre question de religion occupa le sénat. 11 s’agissait du proconsulal d’Asie. Un consulaire, Servius Maluginensis, y prétendait; mais il était prêtre de Jupiter*, et on lui opposait ce titre, qui ne lui permettait pas de sortir de Rome. Le sénat se divisa. L’augure Lentulus et d’autres maintenaient l'intégrité de la religion, et on en vint à reconnaître qu’il fallait recourir
' Tacite donne des détails.
* Tac., Ann. lit», lit.
5 Flamcn Ilialis.
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à l'autorité du souverain pontife, qui était Tibère. Tibère suspendit quelque temps l’instruction de cette affaire, et finit par se souvenir d'une décision des pontifes, portée sous Auguste, qui ne permettait pas à un flamine de s’absenter plus de deux nuits de Rome. Servius Maluginensis dut renoncer au proconsulat.
C’est de sa retraite de Campanie que Tibère suivait ces semblants de délibération du sénat. La maladie de sa mère le ramena à Rome. Depuis longtemps Li vit* l’importunait par son immixtion dans le gouvernement ; il accourut toutefois au bruit de sa vie en péril. Tous les collèges des prêtres s’émurent ; on fit des prières, des jeux, des dons, et Tibère autorisa l’éclat de ces vœnx pour la santé de sa mère. Livic devait vivre plusieurs années encore.
Pendant la présence de Tibère, il y eut à Rome quelques jugements politiques. « Je ne me suis proposé, dit Tacite, de rapporter les jugements qu’autant qu’ils méritent d’être signalés, soit par l’éclat de l'honneur ou par l’excès de la honte : le principal office des annales, ce me, semble, est de faire que les vertus ne soient pas en oubli, et que les actes et les discours pervers aient à redouter l’infamie et la postérité. Et du reste, ajoute-t-il, ces temps furent tellement infectés d’adulation que non-seulement les premiers de la cité, qui pensaient avoir à défendre leur illustration par les complaisances de la servilité, mais tous les consulaires, la plupart de ceux qui avaient exercé la préture, et ceux même des sénateurs qui volaient sans délibérer,
se levaient à l’envi pour les opinions les plus lâches et les plus excessives. Aussi, dit-on, Tibère, en sortant du sénat, avait coutume de dire en grec :« 0 hommes faits « |M>ur être valets! » Ainsi, lui qui ne voulait pas de liberté publique, il avait en dégoût l’abjecte patience de ces esclaves1. »
« Far degrés, dit encore l’admirable historien, on passa des bassesses aux atrocités. »
C. Silanus, proconsul d’Asie, était poursuivi par la province comme criminel de concussion. Un consulaire, Mamercus Scaurus, un prêteur, Junius Ollio, un édile, Brulidius Niger, l'entreprennent à la fois comme criminel de majesté; il avait rôdé la divinité d'Auguste, il avait méprisé la majesté de Tibère, et ils autorisaient leur poursuite par des exemples antiques.
L. Coïta avait été accusé par Scipion l’Africain, Ser. Galba par Caton le Censeur, F. Rutiiius par
M. Scaurus. C'étaient bien des crimes semblables que vengeaient Scipion, Caton et Scaurus ! « Scaurus, ajoute Tacite, que déshonorait par son ministère infâme ce Mamercus Scaurus, l’opprobre de sa race ! » A ces accusateurs s'en joignirent d’autres, Gallius Fo* plicola et M. Paponius, l’un questeur, l'autre lieutenant de Silanus. Silanus, coupable pour ses exactions, fléchissait sous des accusations d’une autre sorte, et tant d’ennemis devaient l’accabler, la peur embarrassa sa défense. Tibère, de plus, le glaçait par sa voix, par son regard, par ses questions. Scs esclaves