I S. VINCENT
a <ii en vue d'établir le Sémipélagianisme, <-t de combattre la doctrine de S. Augustin et de ses disciples. 2°. Qu'il esl Auteur des objections réfutées par S. Prosper, <-t conformes à la doctrine du 3*. livre du Prœdestinatus. â°. Que le temps auquel cel écrit a été enfanté, convient tout-à-fait au temps que fteurissoit Vincent de Lérins. 4°. Enfin que comme il a caché sou véritable nom sous celui de Peregrin, ou d'étranger, en publiant sou Mémoire, afin d'éviter les réponses que lui auroient fait les disciples de S. Augustin, de même aussi il a publié l'autre ouvrage sousle nom général de Prœdestinatus, afin d'être moins connu, et de ne se point attirer d'adversaires.
Tels sont les raisonnements d'Oudin , pour faire Vincent de Lérins Auteur de cet ouvrage. Mais il n'est personne qui voulant faire usage de son discernement, ne s'apperçoive d'abord que les deux dernières preuves d'Oudin ne valent, qu'autant qu'elles sont appuïées des deux premières. Or les deux premières, bien loin d'être certaines et décisives, sont fort douteuses et fort équivoques.
La 3a raison d'Oudin prise en particulier, est absolument de nul poids. Vincent de Lérins à la vérité vivoit, et pouvoit encore écrire, lorsque le Prœdestinatus fus mis au jour pour la première fois. Mais combien d'autres personnes encore plus capables que Vincent d'enfanter un tel ouvrage, vivoient aussi alors? Le fameux Arnobe le jeune, Fauste, depuis Evêque de Ries, et les Prêtres de Marseille, dont se plaignent S. Prosper et Hilaire n'étoient-ils pas du même temps ?
La 4e preuve d'Oudin n'a pas plus de force que la précédente. Car enfin Vincent de Lérins n'étoit pas le seul en ce siecle-là, qui publiât ses ouvrages sous un nom emprunté. Elle suppose même, ce qui en découvre mieux la foiblesse, qu'il prit le nom général de Prœdestinatus. Or cela n'est pas, Prœd. Pr. p. 544. ' Ie P« Sirmond avouant lui-même que l'ouvrage étoit sans nom et sans titre, et que c'est lui qui en le publiant l'a intip 5i3. tulé ' Prœdestinatus y ou l'hérésie des Prédestinatiens. D'ail-
o-ud. p. 1247. leurs pour nous servir de la preuve, quoique négative, ' qu'emploie Oudin pour réfuter le sentiment de ceux qui attribuent cet ouvrage au Prêtre Vincent qui a écrit sur les Pseaumes; si Vincent de Lérins en étoit l'Auteur, Gennade si zélé pour le Sémipélagianisme, auroit-il oublié de le marquer entre les autres écrits de Vincent ?
DEIiÉRINS. 315
Au reste quand on accorderait même à Oudin, et aux autresqui ont embrassé la même opinion avant lui, que Vincent deLérinsa été réellemenl Sémipélagien, et qu'il a composé son Mémoire à dessein de combattre la doctrine de S.
Augustin et de ses disciples, il ne s'ensuivroit pas néanmoins de-là comme une chose indubitable, que Le Prœdestinatus scroit son ouvrage. Cet écrit seul comparé avec le Mémoire de Vincent , suffiroit pour détruire cette conséquence. La différence qui se trouve entre l'un et l'autre, est si sensible, qu'il faut avouer que la prévention d'Oudin a été extrême pour ne l'y pas appercevoir, et pour ne pas juger que deux écrits si différents entre eux n'ont jamais eu le même Auteur. Le Prœdestinatus est assurément bien éloigné, tant de la beauté du style et de l'élégance, que de la justesse des pensées et de la force des raisonnements qui éclatent de toutes parts dans le Mémoire. Supposant, cemme le veut Oudin, que ce Mémoire est écrit contre S. Augustin et sa doctrine, quelles beautés n'y découvre-t'on pas? Quel art , quelle subtilité dans l'invention ! Quel tour ingénieux et délicat , quelle adresse fine et heureuse à cacher son dessein ! Quelle admirable persévérance à le soutenir! Y a-t-il la moindre de ces beautés dans le Prœdestinatus , où tout est grossièrement imaginé, mal assorti, et encore plus mal exécuté, comme nous le montrerons à l'article d'Arnobe le jeune, à qui ce fameux ouvrage nous paroît mieux convenir qu'à personne?
Ce n'est pas encore tout. L'endroit suivant du Prœdestinatus auquel Oudin n'a pas apparemment fait attention, combat ouvertement sa fausse prétention au sujet de l'Auteur de cet écrit. «' Qui est-ce qui ignore, dit-il, qu'Augustin a toujours passé Prad.i. i.p.sis. « pour un Docteur orthodoxe, et qu'il a combattu tous les hé- « rétiques tant par ses écrits que par ses Conférences. » De bonne foi peut-on dire que Vincent de Lérins ait écrit son Mémoire contre S. Augustin et sa doctrine, et qu'il ait aussi composé un ouvrage où se trouve un tel éloge de S. Augustin? Ne voit-on pas que par ce seul trait de plume du Prœdestinatus, il aurait détruit tout ce que l'on prétend qu'il a établi , ou voulu établir dans son Mémoire? (XII.)
Rrij