‹ Histoire littéraire de la France (volume 2)Chapitre 17 sur 384 · XXV. Ils poussèrent encore plus loin leurs calomnies · texte numérisé non relu

XXV. Ils poussèrent encore plus loin leurs calomnies

' et s'efforcèrent de la faire passer même pour contraire à la «1». 223, n. 2. doctrine de l'Eglise, et au sentiment des Pères. ■ Pour y réus- n. 3. sir ils disoient qu'enseigner, comme faisoit S. Augustin, que Dieu par une pure miséricorde, et sans aucune vûë des mérites, a choisi de tous les hommes ceux qu'il lui plaît de sauver, et qu'il leur a préparé des secours par lesquels ils se sauvent infailliblement, cela introduit le destin par lequel toutes choses arrivent aux hommes, quoi qu'ils fassent. ' Qu'une ep.2», n. 3. c. telle doctrine anéantit la pratique des bonnes œuvres, et ep' " fait perdre le soin de s'y exercer. ' Qu'elle porte les saints ep. 225,0.3. et les pécheurs à la tiédeur ; parce que comptant sur l'élection infaillible de Dieu, ils négligeoient de travailler à leur salut. Qu'ainsi, quand bien même cette doctrine seroit véritable, il ne falloit pas néanmoins la rendre publique; parce qu'elle avoit des conséquences dangereuses, ' et qu'elle rendoit n. g 1 ep. 22c, ».«. inutiles les exhortations et les corrections. ' Ils allèrent même Pros.ata«s.,n. 4 jusqu'à dire que S. Augustin détruisoit entièrement le libre arbitre. Que sous prétexte d'établir la grâce, il introduisoit une fatale nécessité, et qu'il enseignoit qu'il y avoit deux masses et deux ditTérentes natures, afin de le traduire par de tels discours pour enseigner le Paganisme et les erreurs des Manichéens. Nous verrons par la suite de l'Histoire, qu 'ils n'en demeurèrent pas encore là.

XXVI. ' Cependant, comme ceux qui faisoient courir inCoii.,c. 1, n. 1. ces mauvais bruits, étoient recommendables pour leur esprit, leur science, leur pieté extérieure et le rang qu'ils te-

noient dans l'Eglise, ils attiroient à eux beaucoup de personnes peu instruites, et troubloient ceux qui avoient peu de discernement. Leurs discours empoisonnés faisoient juger et que la cause de la grâce avoit été mal défendue, et que les Pélagiens avoient été condamnés injustement. Ainsi le mal

16 ETAT DES LËTRES

qui d'abord n'avoil eu que de faibles commencemens, B'atfgmentoil de plus en plus, et devenoit ions [es jours et plus grand et plus dangereux, [létoit donc très-importan1 d'en arrêter le cours. Mais il u'appartenoit qu'à la grâce de .I. G. d'y remédier connut' de se choisir et de se former des défenseurs. S. Prosperet Hilaire furent de ce nombre, et les deux qui se signa- Tiii.H. lerent davantage dans un si glorieux combat. ' La Providence

j.V. avoii appelle le premier d Aquitaine à Marseille, exprès,

comme il semble, pour l'opposer aux ennemis de la grâce'. Conc.,t.*.p.i263. ' C'étoit un homme très-religieux, a à qui Dieu avoit com- »Aug.,ep.2»,n.7. mnniqué de grandes lumières, et qui étoit très-versé dans (;unn.,vit.iii.,c.g. la Lecture des écrits de S. Augustin. 11 joignoit à tout cela une force de raisonnement et une éloquence pleine de vigueur. Ang., ep. 226, n. L'autre étoit aparemment de Provence même, ' et avoit eu le bonheur de se nourrir de la doctrine salutaire de S. Augustin, et de passer quelques années auprès de ce grand hom- '•• 9- me. Il paroît qu'ils n'étoient que laïcs l'un et l'autre, mais

sans sortir du respect qu'ils dévoient, selon les règles, aux Puissances Ecclésiastiques, ils entreprirent de défendre la vérité attaquée, avec tout le zélé que Dieu vouloit bien leur inspirer, n. 10 1 ep. 225. ,n. XXVII. ' Us s'appliquèrent de concert à reconnoître les erreurs qui troubloient l'Eglise des Gaules, et les artifices de ceux qui soutenoient ces erreurs. Ensuite ils prirent le parti Pros.adRns.,n.4. d'en écrire à S. Augustin, ' qui jusqu'alors avoit combattu avec tant de zélé pour les intérêts de la grâce du Sauveur, Aug., ep.225.,n. 2. et triomphé avec tant de gloire de ses ennemis. ' En lui faiep. ,n. , . ^^ j^ détail des points pernicieux de la nouvelle hérésie, ep. 22e, n. io. ' ils le prièrent, selon la grâce que tout le monde admiroit ep.225, n. i.; en lui ' , et cette vigilance, cette sollicitude industrieuse qu'il avoit pour tous les Fidèles, comme le défenseur par excel- »• 9- • lence de la Foi de l'Eglise , de les aider de ses lumières , et

pneu., c 1,11.11 de ses avis, dans la carrière où ils étoient entrés., S. Augustin, sensible à leurs justes prières, répondit à leurs letres, vers la fin de 429, par deux Livres intitulés, l'un de la Prédestination des Saints, et l'autre du Don de la persévérance , tous deux addressés à Prosper et à Hilaire. Ces deux Ouvrages, quoique remplis de lumière et de force, ne furent pas néanmoins capables de dissiper les ténèbres que les Sémipélagiens répandoient sur la sainte doctrine.

XXVill. S. Prosper fut\donc obligé de prendre luimême

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