POETE INCONNU
Qie l'on à confondu avec Marbode Eveqle de Rennes.
Ce Poète nous a laissé en vers hexamètres l'abrégé d'un Marb. p. 1367. ouvrage qui de son temps passoit pour être d'Evax Roi des Arabes, qui, disoit-on, L'avoit composé pour l'Empereur Tibère. ' Il dit lui - même qu'il a réduit son abrégé à p. 16-7. soixante chapitres. On en compte néanmoins aujourd'hui soixante et un, sans y comprendre la préface. ' Cet abrégé p. 1637. traite des différentes espèces de pierres précieuses que l'on connoissoit alors, de leurs noms, de leurs couleurs, de leurs propriétés, des païs qui les produisent. L'abréviateur ne dit point si l'original sur lequel il a travaillé, étoiten grec, comme il y a toute apparence, et comme le confirme ' la traduction la- pet. Dia. m. ai. tine qu'en fit au commencement du XII siècle Pierre Diacre du c- 47- p 190' Montcassin.
Il se montre presque par-tout grand partisan de l'astrologie judiciaire, de la magie, et même delà plupart des superstitions et fables ridicules des Païens, ce qui nous fait croire
v SIECLE.
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(|u'il étoil Païen lui-même. On pourroil dire à cela que ne faisant que le personnage d'abréviateur, il aura suivi son Auteur original. Mais il n'est pas eroïable qu'un Chrétien eût entrepris de prêter sa plume, el de faire usage de sa muse pour faire passer à la postérité lant de rêveries païennes ou magiques, sans donner quelque marque qu'il les improuvoit : ce que nuire Poëte ne fait nulle part.
Il nous pâroit avoir écrit vers le milieu dé ce siècle, ou peu
Marb. ibid. après. Ce qui nous le fait juger ainsi, c'est 1°. 'que son ou-
vrage n'est qu'un abrégé d'un autre plus ample, comme il le dit lui-même. Or nous avons montré dans le discours historique à la lèle de ce volume, que ce fut particulièrement en ce siècle que ce genre d'écrire passa en usage, et vint, pour ainsi dire, à la mode. 2°. Le style de l'Auteur, quoique simple conformément à son sujet, conserve néanmoins assez de beautés pour faire voir qu'il tient le milieu entre les Ecrivains des bons siècles, et ceux des temps où la barbarie avoit pris la place des Belles Letres : ce qui convient encore au Y siècle. C'est pourquoi la plupart des Critiques qui en ont parlé sans le préjugé qui l'a fait confondre avec l'Evêque Marbode, l'ont nommé un très-ancien Poëte : qualification qu'il porte à la tête de l'édition de Paris, faite en 1531.
On le fait Gaulois de nation; et c'est ce qui nous obligea parler de lui dans cette histoire. 11 est vrai que l'on peut ne l'avoir ainsi qualifié, qu'après l'avoir confondu avec Marbode Evêque de Rennes , à la fin du XI siècle, et au commence-
Mab. p. pr. p. ment du suivant. Néanmoins, ' comme le manuscrit sur lequel a été faite l'édition que nous avons marquée, lui donne simplement la qualité de Gaulois, ce que l'on ne trouve pas à la tête des écrits qui sont véritablement de l'Evêque Marbode, il est à croire qu'il étoit reconnu pour tel avant la confusion. Du reste nous n'avons rien de certain pour le faire plutôt d'un pais que d'un autre : et nous avouons avec ingénuité, qu'il n'y a guéres que la présomtion qui soit en faveur de nos Gaules.
s,, ni. hu. P. 407. Nous ne nous arrêîons point ici ' aux divers noms que l'on
soi. i Macr. Pr. a bonnes £ nôtre p0ëte , les uns le nommant Marbotus, ou Marbodus, d'autres Marboldus, ou Merobodeus, et la plupart Marbodeus. On voit assez que ce n'est qu'un même nom écrit différemment par la faute ou des Copistes ou des Critiques et que le nom pris en lui-même n'est venu à ce Poëte
que
INCONNU. '.m
que de ce qu'on l'a confondu avec l'Evêque Marbode. Mais
on ne sçait sur quelle autorité Jean Cornaro B'esl émancipé n««r. ibw
de lui faire porter le prénom de Macer.
Cette confusion de nôtre Poëte avec Marbode n'est pas lout-à-fail surprenante. Elle nous paroît avoir eu deux causes principales, qui dans les siècles d'ignorance auront pa pour des raisons forl naturelles. On a vu que Marbode avoit donné une explication des pierres précieuses, donl il est parlé dans l'Apocalypse; el l'ons< seraapperçu en même temps qu'il y avoit lait usage de l'écrit de nôtre Poëte, que l'on aura pu même trouver sans nom parmi ses papiers. 11 n'en aura pas fallu davantage pour l'en croire Auteur, comme de sa propre explication.
Mais plusieurs autres raisons pouvoient empêcher de (aire cette confusion, et de tomber dans celle erreur: 1° la différence du style; car il n'y a qu'à lire les poésies qui sont véritablement de Marbode , et l'abrège de nôtre Poëte , pour sentir que celui-ci a un air d'antiquité que n'a pas l'autre ; qu'il est plus latin, plus élégant, plus poli, et mieux soutenu. 2°. L'explication des pierres précieuses de Marbode est toute Chrétienne , et ne tend qu'à inspirer la pieté et la pratique de la vertu. Celle de nôtre Poëte au contraire est toute profane, et ne respire que les superstitions de la magie et du Paganisme. Il n'y guéres d'endroits du poëme qui n'en fournissent des preuves.
' Dès l'entrée l'Auteur se montre un vrai Pythagoricien, Marb. p. ici7. en disant d'un air mystérieux , qu'il ne veut communiquer son ouvrage qu'à trois amis, et que ce nombre de trois est un nombre sacré : ' ce qui est une idée Pythagoricienne, p. not. p. 1-2. comme le remarque un des éditeurs de nôtre Poëte. ' En fai- Hafb. p. ig45. sant la description de Témeraude, il en parle en devin du Paganisme et en charlatan. Il dit qu'elle a la .propriété de faire connoître l'avenir; qu'elle sert à enrichir ceiui qui la porte avec respect; qu'elle lui donne en toutes les occasions le don de persuader par ses discours. ' Il parle de l'eliotrope p. i65i. c. 29. d'une manière encore plus superstitieuse, plus empoulée, et qui sent le magicien. Il prétend qu'elle a la vertu de faire produire la pluie et le beau temps, de causer des éclypses du soleil, de faire deviner des choses cachées et celles qui sont à venir, de prolonger la vie aux hommes, et de les rendre invisibles, ' lorsque cette pierre est jointe à l'herbe qui p- J639- c-