‹ Histoire littéraire de la France (volume 2)Chapitre 2 sur 384 · A PARIS · texte numérisé non relu

A PARIS

Librairie de VICTOR PALMÉ, 25. rue de Grenelle-Saint-Germain.

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n-.i.s. — Imprimerie I'all Du'o.vr, rue de Greneile-Saiul-Ueiiorê, M

AVERTISSEMENT

Eclaircissement de quelques difficultés quon fait naître sur

notre Ouvrage.

Ouelques sages mesures que nous aïons prises, pour ne former le plan de nôtre Ouvrage que sur les idées des personnes habiles et de bon goût, nous ne nous sommes pas néanmoins liâtes qu'il fût si généralement approuvé, qu'aucun Critique n'y trouvât à redire. Un siècle aussi fécond qu'est le nôtre en beaux esprits et en gens sçavans, peut bien les avoir rendus plus éclairés que ceux das siècles passés, mais non pas leur avoir inspiré l'uniformité de pensées et de jugemens. De même, quelques soins que nous aïons apportés pour exécuter nôtre dessein de la manière la plus parfaite qu'il nous a été possible, nous n'avons point eu la téméraire présomtion de croire que nous n'y ferions point de fautes. Au contraire'en annonçant l'Ouvrage au Public, nous avons été at- mst. Lit.,t. i.,pr. tentifs à le prévenir sur ce sujet, et à prier avec instance les 1J- xxv"- XXVI" Sçavans, de vouloir bien nous les faire connoître.

Quelques-uns, sensibles à nos prières, ont eu la bonté de le faire, non-seulement avec celte équité naturelle, qui porte à rerdre aux autres ce qu'on est en droit d'attendre d'eux, mais encore avec une politesse ingénieuse qui sied si bien aux gens de Letres, et leur donne un nouveau relief. D'au-

nome IL a

nom. xv , p. 315.

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1res, qui apparemment n'avoient pas lu oel endroit de nôtre Préface, onl pris une rouie opposée, el au lieu de nous convr muniquer à nous-mêmes ce qui leur a paru de défectueux dans nôtre dessein el son exécution, ils ont crû devoir en avertir directement I»' Public,

Du nombre de ces Critiques sont deux Ecrivains qui, bien qu'ils parlent dans le même éorit sans se faire c#nnoître par leur nom, ne laissent pas d'être connus avantageusement dans la république des Letres. (1.) Le premier, qui écrivoit à Londres, où il iaisoit alors son séjour, s'explique de la sorte : Le Pourci Contre, « ' On a porté ici (à Londres) un jugement tout contraire (à « celui qu'on y a porté du Dictionnaire de Bayle) d'un Livre « qui vient de passer la mer : je parle de l'Histoire- literaire u de la France. Sans m'arrêter à la Préface, je vois que les « Ànglois, fiers peut-être de leur M. Cave, mettent cet essai au- « dessous de lui, et même de M. Du Pin. La critique, disent-ils, « ne consiste point dans quelques réflexions hasardées sur le ce mérite d'un Auteur, dans le récit de quelques traits de sa vie, « et dans le catalogue de se» ouvrages. Cependant une Histoire « Literaire qui n'est point en même temps une Histoire criti- « que, nescauroit être un ouvrage fort utile. »

Ici le Public n'a point pris le change. Il a sçû discerner sans peine la voix du particulier de celle de la Nation, à qui il prête de lui-même son organe. Mais sans vouloir approfondir les motifs qui ont porté le Critique anonyme à se parer ainsi du suffrage supposé d'une Nation entière, que ses lumières et son équité pourraient bien engager un jour à le desavouer; voïons s'il y a dans sa censure autant de justesse et de vérité, qu'il fait paroître de confiance à la produire au grand jour.

Elle se réduit cette censure à deux points capitaux. On prétend d'une part, que Y Histoire Literaire de la France est au-dessous du Dictionnaire de Bayle; et l'on fait entendre de l'autre, que c'est un Ouvrage dénué de toute critique. Car enfin c'est-là que tendent les principes que pose nôtre Censeur : principes au reste dont l'application à nôtre His:oire est aussi fausse, qu'ils sont vrais en eux-mêmes.

Qu'il nous soit permis de demander d'abord, depuis quand le mérite d'un Livre est devenu un titre suffisant pour passer condamnation d'un autre Livre, dont l'objet n'est pas toutà-fait le même. Il faut cependant que cela soit, sans quoi le

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raisonnement «I»1 I Anonyme ne seroil rien moins que concluant. Mais la lionne critique, el encore moins l'équité naturelle, entoiles jamais permis d'établir an tel parallèle, pour favoriser l'envie qu'on aumii de décrier un Ouvra- • :••.' Pour en juger sainement il faut l'examiner en lui-môme, et non relativement à d'autres qui lui sont étrangers. Il faut Voira le plan en est juste, [mis entrer dans le détail, et observer s'il est bien exécuté. Il en est des écrits comme des personnes, au sujet desquelles on sçait qu'en ce sens toutes comparaisons sont odieuses. Qu'on nous rende donc la justire que nous nous rendons nous-mêmes.' Nous n'avons qar- *• Cor. 10. n. de t/r nous comparer à personne, mais nous nous mesurons sur ce qtte nous sommes véritablement en nous, et nous ne nous comparons qu'avec nous-mêmes.

Que le Dictionnaire de Bayle soit, si Ton veut, le plus excellent Livre qui ait paru en ce genre ; que ' Y Auteur y prodi- Le 1 our et contre, que ses propres richesses pour faire honneur à celles d 'autrui; ibi(i » p* 345qu'il soit aussi vrai qu'on le prétend, quen retranchant de ce Dictionnaire tout ce qui est de Bayle, ce ne sera plus quun livre ordinaire ; que les ouvrages de M. Cave et de M. Du Pin aient encore plus de perfections qu'on ne leur en suppose, que s'ensuivra-t'il de-là? S'ensuivra-t'il quel' Histoire Literaire de la France soit un mauvais Livre ? s'ensuivra-t'il que le Plan n'en soit pas juste, ou que l'exécution ne réponde pas au dessein ? S'ensuivra-t'il qu'il ne s'y trouve ni érudition, ni recherches, ni découvertes interressantes ? S'ensuivra-t'il enfin que ce soit un Ouvrage dénué de toute critique ? C'est là néanmoins le raisonnement qu'établit nôtre Censeur pour le persuader. Nous laissons au Public, qui est un Juge aussi éclairé qu'impartial, à juger lui-même de la justesse de ce raisonnement. Mais ne passons pas avec tant de rapidité sur le dernier point, auquel nôtre Censeur s'arrête davantage.

Nous convenons avec lui, que la Critique ne consiste point da/is quelques réflexions hazardées sur le mérite d 'un auteur, dans le récit de quelques traits de sa vie, et dans le catalogue de ses Ouvrages. Nous convenons encore avec lui, qu une Histoire Literaire, qui n est point en même temps une Histoire Critique, ne sçauroit être wi Ouvrage fort utile . Mais nous soutenons contre lui, que tous ces caractères désavantageux ne sont point ceux del Histoire Literaire de la France, et qu'elle en a de tout opposés. La preuve que nous en produisons, c'est

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iv AVERTISSEMENT.

le Livre même, et le jugement qu'en onl déjà porté des Ecrivains impartiaux et reconnus pour habiles connoisseurs.

Qu'on se donne donc la peine d'ouvrir le Livre à tfuel article, ou à quelle page on voudra, h qu'on juge s'il n\ a véritablemenl que quelques réflexions hazardées sur /<• mente des Auteurs, ou si ce n'esl pas plutôt un jugement hasardé que de le prétendre. Nous, hazavder des réflexions \ après l'attention perpétuelle que nous avons à citer nos garans, et au défaut de garans, àappuïerce que nous avançons sur- des raisonnemens tirés des choses mêmes ! Pour uous faire un pareil reproche, il faut ou n'avoir pas lu nôtre Ouvrage, ou vouloir s'exposer à passer soi-même pour un homme qui hasarde ses conjectures.

Que l'on continue à parcourir le Livre ; et pour peu qu'on veuille l'aire usage de ses yeux et de sa bonne foi, y trouverat'on que nous nous y soïons bornés au récit de quelques traits <lc lavie de nos Ecrivains? M. Cave et M. Du Pin qu'on nous oppose ici, et auxquels nous avons déjà déclaré que nous ne prétendions point nous comparer, ont-ils mieux réussi à caractériser la personne des Auteurs dont ils parlent, que nous celle des Hommes de Letres dont nous donnons l'histoire ? S'il est trop embarrassant de conférer les portraits, on peut bien s'en rapporter au sçavant Auteur du Journal de Trejourn. de Trev. voux, ' qui rendant compte de nôtre Ouvrage, s'exprime 1896 ' pag* 1993' ainsi au sujet des premiers Gaulois qui y paroissent : « Nous « pouvons assurer, dit-il, que nos Historiens n'ont rien omis « pour mettre le Public en état de les bien connoître. »

Il ne faut non plus que des yeux et de la droiture de cœur

pour convenir que nous faisons autre chose que donner un

Hist. lu., t. t.,pr. simple cataloquedes Ouvraqes de nos Scavans. ' La Préface

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générale de notre Histoire promet à ce sujet, non-seulement des remarques critiques et historiques ; mais elle annonce encore que presque toujours nous faisons des extraits et souvent des sommaires, ou même des analyses entières des écrits les plus considérables. Assurément nous avons été exacts à remplir les engagemens que nous avons contractés Le Pour et Cont., par cette Préface. Mais comme ' notre Critique avoue luimême ne s y être pas arrêté, qu'il se donne la peine de recourir aux endroits où nous traitons des écrits de nos Auteurs. A commencer par Pitheas et Euthymenes et à aller de suite d'article en article à Val. Cato, à Corn. Gallus, P. Teren-

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tius Varro, Trogue Pompée, Germanie us, l'Empereur Claude, Pétrone, et tant d'autres ; peut-on dire sans être soupçonné devouloir imposer au Public, quia le moïen (!<• B'en convaincre par lui-même, que nous tie faisons que donner an simple catalogue de ces grands Hommes? Outre les remarques historiques et critiques promises dans Le titre de l'Histoire, n"\ \<iit-on pas le soin que nous y avons par-tout d'en marquer la chronologie, le sujet, l'occasion, le sort, les principales avantures, et d'eu rapporterdes extraits? Nous poussons encore les choses plus Loin aux articles de Marner tin, d'Eumene, de Laetance, d'Ausone, dis Pères de l'Eglise. Et le grand nombre des différentes éditions de tous ces écrits, qui es! censé faire partie de leurs catalogues, doit-il être compté pour rie ir.'

V ne Histoire Litemire exécutée de la sorte, peut sans contredit passer pour être <■,/ même tems une Histoire critique. Qu'est-ce en effet que la critique parmi le monde sçavant, sinon un goût, un discernement, une science, une certainr sagacité qui fait juger sainement des choses, qui fait démêler le vrai d'avec le faux, le certain d'avec le douteux, l'effectif d'avec le supposé, et qui porte à choisir l'un, à rejetter l'autre, à préférer un sentiment mieux fonde à celui qui l'est moins? Or il est constant, et le Public, au tribunal duquel nôtre cause est pendante, en jugera, s'il n'en a déjà jugé, que la manière don Y Histoire LUeraire de la France est exécutée, montre partout qu'on y a suivi ces régies. Oui, nous osons l'avancer, soit qu'on l'examine en elle-même, soit qu'on ne fasse que lire les extraits qu'en a donnés une habile plume dans \v> Journaux des Sçavans de Paris, on n'en prendra point d'autre idée.

L'autre Critique auquel nous avons à répondre, est encore un Anonyme , mais qui n'avoit point d'intérêt, comme le premier, à faire sa cour aux Anglois par des comparaisons qui tournent presque toujours à l'avantage de l'Angleterre. Celui-ci a pris la peine de lire l'Ouvrage, et de l'examiner en lui-même, tant par rapport au dessein, qu'à l'exécution du dessein. ' Le jugement qu'il en porte, tient du génie de Nom.m.,pag.i36 l'écrit où il s'en explique. Il y a du Pour, il y a du Contre, du bien et du mal, des choses avantageuses, et d'autres qui ne le sont pas. Les premières peuxent être au-dessus du mérite de l'Ouvrage , et sont certainement au-dessus de celui

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des Ailleurs; mais «'Iles ne seront jamais au-dessus dé leur juste reconnoissance. Pour les autres, elles exigent de nous, que nous entrions dans quelques explications; et nôtre nouveau Censeur a trop d'équité et de politesse pour [«trouver mauvais.

Deux objets principaux, auxquels se rapportent tout le reste l'ont la matière <le sa Critique ; la vaste étendue de nôtre entre- Pap. 135. 136. prise, et les sujets <jui doivent entrer dans «on exécution. ' LOuvrage, donne-t on à entendre, est d'un travail si immense qu'il paroi i au-dessusde$ forces de F humanité, et peu convenable à la courte durée de la oie. Sa seule idée fait frémir la paresse humaine Il exige des connoissaners dune prodigieuse étendue; et Von a a abord de la peine à se persuader que les Auteurs viendront à bout de leur dessein. Voilà le Contre. Mais il est certain, ajoute-t'on aussi-tôt, qu'il y a des hommes laborieuse à V excès, et rVu/i courage surprenant, que ces grandes entreprises literaires n effraient point ; et ce qui nous confond, c'est quils en viennent à bout. Voilà le Pour.

A quel dessein après tout nous rappeler ici une difficulté, que nous avons déjà prévenue et fait sentir, sinon avec les mêmes termes, peut-être au moins avec autant d'énergie ? Qu'on se donne la peine de jetter les yeux sur la troisième et quatrième page de notre Préface générale ; et l'on verra que cette difficulté y est développée et mise dans tout son jour. Et que nous auroit-il servi de vouloir la dissimuler ? Le seul titre de nôtre Ouvrage n'auroit-il pas trahi toutes nos précautions? Mais sans prétendre nous autoriser des exemples des Baronius; des de Tliou, des Codwetts, des Bayles, qu'on produit ici, et nous confiant à la seule protection de celui qui est la force des foibles, et qui sçait se servir des plus vils instrumens pour opérer les plus grandes choses, nous espérons, quoiqu'on en puisse dire, pousser fort loin, si même nous ne le portons pas à son dernier terme, l'Ouvrage dont on relevé si fort la vaste étendue. Un travail assidu de dix-neuf ans, joint aux secours étrangers que nous avons déjà reçus, et que nous pourrons encore recevoir, nous a procuré des provisions assez considérables, pour que nôtre espérance, soutenue par le bénéfice du temps, ne puisse pas passer pour téméraire, autant toutefois qu'il est permis de compter sur le lendemain.

De cette difficulté l'on passe à une autre, qui demande une

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plus grande discussion. LN&n désaproim que non - fassions indifféremmeM entrer dans nôtre Histoire tous lei Ecrivains qu'ont produil les Gaules, el que aous \ donnions placn ;i quelques Hommes dé Letres qui n'ont rien écrit;' quoique noua iiist.Ln., .i, p n nous soïons déjà expliqués sur ce dernier point, de manière à écarter toute critique^ a Ûnvoudroit que nous ne parlassions -Le poaret com. que de ceux qui ont laissé des ouvrages à la postérités et (/ne ' '' nous ne fissions pas même cri honneur <> ceux dont Une reste aucun monument; si ce n'est à quelques Auteurs célèbres dans r antiquité, dont les ouvrages ont été malheureusement perdus. ' On voudroit encore que nous missions à F écart 1rs /v- pag. m. }'es, les Auteurs Ecclésiastiques, les Hérétiques, les Conlroversistes, ' et tout ce qui regarde l'Histoire des hérésies et les Pag. 143. Conciles, parce que ce sont des matières si souvent traitées, et maintenant' épuisées. On voudroit enfin que nous fissions un Pag. 144. choix des choses qui concernent les Ecrivains dont on parlerait, sans nous embarrasser d'une infinité de citations.

Tel est en peu de mots le nouveau plan qu'on nous trace ici, plan au reste qui favoriseroit beaucoup la paresse trop naturelle à l'homme, et qui nous épargneroit infiniment de travail, s'il nous étoit permis de le suivre. Mais en nous y attachant, dans quel embarras nous jetterions-nous, tant par rapport à l'aire choix des Auteurs, qu'à contenter le Public sur ce choix? Si quelques-uns approuvoient que nous missions à l'écart tels et tels Ecrivains, combien s'en trouveroitil d'autres qui le blàmeroient, prétendant qu'ils mériteroient moins d'être rejettes, que ceux que nous aurions choisis ? Cet inconvénient se fait encore mieux sentir qu'on ne le peut exprimer.

D'ailleurs pourrions-nous véritablement passer pour donner une Histoire Literaire de la France, comme nous nous le sommes proposé? Ne seroit-ce pas plutôt une simple Bibliothèque choisie des Auteurs seulement profanes de la France ? Que penseroit-on d'un Géographe qui, aïant entrepris de faire une carte ancienne et moderne de toute l'étendue des Gaules, n'y feroit entrer ni Paris, ni Rouen, ni Lyon, ni Toulouse, ni Bourdeaux, ni la Seine, ni la Loire, ni le Rhône, parce qu'ils sont assez connus; et qui des autres Villes et Rivières n'y marqueroit que les principales ? Que penseroit-on d'un Historien qui, aïant formé le projet d'une Histoire ecclésiastique et séculière de la France, n'y

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parleroil ni de nos premiers Evèques, ni des personnages les plus illustres en sainteté, ni des mœurs, ni du gouvernement de la Nation, etc., sous prétexte que toutes ce* matieres ont été si souvent traitées, et se trouvent épuisées? Ce que l'on penseroil de ces deux entreprises ainsi exécutées, on le penseroit «le nôtre Histoire, si nous la mesurions sur le nouveau plan qu'on nous en trace. Quel affreux vuide j paroî- Iroil depuis le iv siècle jusqu'au xv! Et dans les siècles su ivans , comme dans les autres , que d'Ecrivains François ou anéantis, ou renvoies peupler un autre monde ! De pins de trois mille Auteurs qu'ont recueillis la Croix du Maine et du Verdier, il faudroit en retrancher pins des trois quarts. Hue deviendroil par-là la peine que nous avons déjà prise d'en faire une compilation, et d'y en joindre plus de mille autres ?

Bien davantage , il ne nous seroit pas même permis de faire sortir de l'obscurité, où jusqu'ici ils auroient été ensevelis, des Auteurs Ecclésiastiques, de quelque mérite qu'ils pussent être, et d'en grossir le catalogue de nos Ecrivains François. Encore moins nous seroit-il permis de revendiquer à quelques autres entre ceux-ci , des ouvrages qu'on leur auroit ôtés pour les transporter à des étrangers. 11 n'est cependant guéres de siècles où l'occasion ne se présente de faire l'un et l'autre, comme on a vu qu'elle s'est présentée au jonrn. des sçav. iv. et que uous l'avons saisie avec un succès' quia mérité l'applaudissement du Journal des Sçavans de Paris.

Mais nous nous trompons ; celui qui nous prescrit des bornes si étroites, ne le fait apparemment que par rapport à lui, et à ceux qui peuvent penser comme lui. S'étant familiarisé avec le brillant, le nouveau, le magnifique, il voudroit ne voir paroître de Livre que dans le même goût.

Non sans doute, son intention ne peut aller plus loin. L'Histoire Literaire qui nous occupe, est un tout, et ne peut par conséquent subsister sans toutes ses parties. Il est donc nécessaire que la doctrine essentiellement liée avec la Literature, et en conséquence l'histoire des hérésies qui en est une suite, y entrent pour quelque chose. Comment, par exemple, pouvoir donner une juste idée du génie du xvr siècle pour les Letres, sans dire quelque chose des hérésies de Luther et de Calvin, qui y exercèrent les plumes de part et d'autre avec tant de chaleur? Et quoi! peut-on trouver

mauvais

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mauvais que pour la gloire de nôtre Nation, nous recueillions en un corps d'Histoire tout ce qui concerne la Literature Françoise, ce que personne n'a encore exécuté?

Sur ce principe, les Scriblings François, comme les Auteurs du premier ordre, doivent y trouver leur place, quoique chacun suivant son mérite. On peut préjuger sans peine de quelle sorte on tomberoit sur nous, si nous nous avisions démettre à T écart, nous no disons pas les Pères de TEglise, mais seulement même les Scholas tiques t les Casuistes, tes Ser~ monaires, les Auteurs Ascétiques ; on peut, dis-je, le préjuger ' par la sortie qu'on a déjà l'aile sur nous, pour avoir an- Jour.deTrer.i833.

nonce que nous passerions légèrement sur ces sortes a Ecrivains. Nous sera-fil cependant permis de dire ici, que le procès qu'on nous fait à cette occasion, l'on pouvoit nous l'épargner, en concluant delà , conformément à nôtre intention, que nous ferions encore moins d'honneur aux Auteurs de Romans insipides, d'Ecrits satyriques, de Poésies obscènes, à* Ouvrages burlesques, de Libelles diffamatoires, etc. Assurément on ne nous accusera jamais avec justice, de donner à ces sortes de Scribli?igs\& préférence sur les Auteurs Ecclésiastiques.

A l'égard des Conciles, ' ce que nous avons déjà dit pour hîh. lu. u>. p. montrer qu'ils ne doivent point être exclus d'une Histoire Literaire, est plus que suffisant pour le persuader, quelque inclination que nous eussions d'ailleurs de ne leur y point accorder d'entrée.

Nous n'entreprendrons pas au reste de suivre nôtre ingénieux Critique, ' dans tout ce qu'il dit pour prévenir ses Lee- Le Pour et cont.

„ * ' , , * ,. -f r i ,-, ib. p. 1J8. 139.

teurs en laveur de la première partie du nouveau plan qu il nous propose. C'est une plume agréable qui cherche à badiner et à plaisanter. Il faut avouer qu'elle le fait avec grâce et avec esprit, quoiqu'aux dépens de plusieurs illustres Gaulois, qu'elle suppose morts peut-être même, dit-elle, de leur vivant. Mais si cela est, comment le Continuateur de César, comment Ovide, Columelle, Seneque père et fils, Lucain, Martial, les deux Plines, Suétone, Tacite, Galien, ont-ils eu la vertu de les ressusciter ? Voilà une partie de ceux qui ont, ou vu ,o\ientendu parler de M. Antoine Gniphon, de Telon, de Gyarée, d! Agrotas,de Julius Grœcinus,etc, et cen'est que d'après eux que nous les avons fait revivre.

Du plaisant' on passe ensuite au sérieux; et F on ne voit 1*2.2*3. pas, dit-on, que les Césars à qui nous donnons place dans nôtre Tome II. b

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Histoire, méritent cet honneur à titre d'Hommes de hêtres et

d'Ecrivains. ( In de voit au moins en excepter l'Empereur Claude, Numerien, et peut-être Gratien. Les deux premiers devoient certainement y paroître, suivant le plan même qu'on nous trace. Ils sont en effel de ces auteurs célèbres dans t antiquité, dont les Ouvrages oui été malheureusement perdus, et dont on nous permel de parler. Il n'est point d'Empereur païen (jiii ail plus écrit que Claude; ee que nous avons dit de ses Ouvrages en divers genres de Literature, en fait preuve ; et Numerien avoit laissé assez grand nombre de pièces en prose et en vers, pour mériter k titre d'Ecrivain et d homme de Letrcs. Nous renvoïons à son histoire et à celles des autres, sur-tout à la fin de celle de Gratien.

Du reste, quoique nous ne puissions pas nous conformer au nouveau plan pour les raisons qu'on vient de déduire, nous respectons néanmoins si sincèrement les lumières de celui qui nous le propose que nous nous ferons un mérite d'en profiter dans la suite, pour nous resserrer encore davantage dans ce qui concerne la Literature. On pourra même s'appercevoir dès nôtre YII siècle, que nous en avons déjà tiré quelque fruit.

Diverses additions et corrections à faire à nôtre premier volume.

On ne doit pas douter que nous n'aïons au moins la même attention à profiter des avis qu'on a bien voulu nous donner dans le particulier. Passionnés que nous sommes pour la perfection de nôtre ouvrage, nous serons soigneux de saisir tout ce qui pourra y contribuer de quelque manière que nous en aïons connoissance. C'est dans ce dessein que nous allons rapporter ici quelques observations qu'on nous a communiquées sur nôtre premier volume, et d'autres que nous y avons faites nous-mêmes, en continuant nos recherches pour nos volumes suivans (,).

* C'est à la fin du premier volume que'nous avons cru devoir placer les additions et corrections qui se rapportoient à ce premier volume, et dont parle ici dom Rivet. Quant aux additions et corrections qui se rapportent au texte du second volume, on les trouvera également à la fin de celui-ci. (N. E.)

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