SI RNOMMÉ LE PÉNITENT , POETE CHRÉTIEN
HISTOIRE DE SA VIE
Ce Paulin est devenu fort célèbre pour sa disgrâce , et encore plus pour sa pénitence. Il étoit fils ' d'Hespere thi. Emp. t. r>. Proconsul d'Afrique, et petit-fils du Consul Ausone, dont p- 620nous avons donné les éloges en leurs lieux. ' Du côté de sa aus. pan c. 22. mère il descendoit d'un Séverus Censor Julianus , et d'une 30' p' 13°' 14~2' Pomponia Urbica, loués l'un et l'autre pour leur probité, et celle-ci en particulier pour sa noblesse. ' Il eut au moins deux c. h. p. 1-25. frères, dont l"un nommé Pastor, mourut tout jeune, et qu'Ausone son aïeul pleure amèrement dans ses Poésies, ' Paulin Paul. Each. 232nâquit en2 376, comme il paroît par un endroit de ses écrits, 'à p^j. Euch. not.
1 ' Barthius a voulu prouver que Paulin dit sur Hespere, et ce que nous allons dire v. 24-26. étoit plutôt fils de la tille d'Ausone, que sur Paulin, est plus que suffisant pour déd'Hespere. Mais ce que nous avons déjà truire son opinion.
8 ' Paulin dit qu'il avoit 30 ans accom- avons dit, dès le dernier jour de l'an 406. v. 232-235. plis, lorsque les Barbares se jetterent dans Ainsi il étoit né en 376. les Gaules, où ils entrèrent comme nous
Z z ij
V SIECLE
v t)w) " Pellaèn Macs doirte, où Mm père étoil Vicaire des Préfets. ' Il
r. 11.14, miiI au nioinlr ;i\rr un mrps de foible COmplexiofl : ' ce
t. 31-35. <|ui ne l'empêotoa pas d'arriver à une grande vieillesse. ' 11
1 1 . i \ » » i i encore qu'un mois, lorsque «le Macédoine on If porte à Carthage en Afrique; <>ù il fui un an et demi pen-
v. «-i'). dani que son père y exerça la chargé de Proconsul. ' A l'âge
do trois ans on l'apporta à Bourdeaux, qui étoit sa patrie Ô cause do sa famille, où il vit pour la première fois son grandpere Ausone, qui étoit Consul Cette année-là même.
v. 60-75. ' Ses parents prirent tout le soin possible de son éducation,
tant pour les mœurs que pour les letres. Dès qu'il eut atteint l'âge de cinq ans, ils l'appliquèrent à 1 étude , particulièrement des livres d'Homère et de Virgile; comme il étoit ne en Grèce, ' et qu'il avoit été élevé par des domestiques qui parloient la langue du païs, elle étoil devenue sa langue naturelle : ce qui lui donna de la peine à apprendre la latine. Son humilité cependant lui fait attribuer cette difficulté à son peu de génie, et lui fait dire que sa manière d'écrire en latin prouve malgré lui, qu'il n'avoit pas appris toutes les beautés de cette langue.
v. H3-126. ' Il étudia néanmoins les deux langues , et fit les autres
études convenables et à son âge et à sa naissance, même avec assez de succès pour se croire sçavoir quelque chose. Mais une fièvre quarte qui le saisit à 15 ans, retarda le progrès de ses études, et ses parents, de l'avis des Médecins, préférant sa santé à son avancement dans les letres, les lui laisse-
v. i;»7-i3i. rent négliger. ' Son père entre autres ne songea plus qu'à le
v. 135-140. divertir, en quoi sa tendresse le rendoit ingénieux. ' Ce genre
de vie dégoûta Paulin de l'étude , et lui inspira de l'amour pour le siècle. C'est de quoi il se plaignoit dans la suite, en rejettant la cause de ce dérangement sur son père, qui le favorisa avec trop de facilité, au lieu qu'il n'auroit dû autoriser que ce qui pouvoit procurer le salut à son iils. De sorte que
v. 92-90. Paulin bien loin ' de suivre l'inclination sainte qu'il avoit eue
t 153-177. dès son enfance, de ne vivre que pour J. C. ' tomba dans les
défauts ordinaires à la jeunesse, et s'engagea dans une vie voluptueuse.
' Cependant sa santé s'affermit. Alors il ne songea plus qu'à être bien monté et somptueusement vêtu, à avoir des chiens et des oiseaux pour la chasse, et à suivre toutes les folles
LE PÉNITENT. m ,
\ SIECLE
passi&as de la jeunesse. ' Ces vains amusements, el Mir-i<>ut v 14y.,Mt la course des cbevaui, l'exposèrent à beaucoup de dangers»
niais suis qu'il pensai alors (|ii'il 06 let 8VOJI évités (jue par
une protection particulière de Dieu. ' Il cul néanmoins lôûr r. iwmôs. |tu. jours au milieu de ses dérèglements une attention singulière à garder tous les debors de l'honnêteté : quoiqu'il se livrât à tous les plaisirs qui ne pouvoienl pas le déshonorer aux yeux des hommes.
A l'âge de 20 ans il épousa une femme d'une maison v. itmss. beaucoup moins considérable pour ses biens, que pour l'anririinelé desa noblesse. Cela n'empêcha pas qu'il n'eût d'assez grands revenus ' pour vivre en Seigneur qui a toutes les com- 203-216. 1 433.437. médités de la vie, une table bien servie, des meubles magniiiques, et un train qui répond à tout le reste. ' Paulin con- v.203-216. tent de son sort, ne désiroit que de le voir durer jusqu'à la fin de ses jours : de sorte que sa vie étoit exempte d'avarice comme d'ambition, mais inséparable de l'amour des délices.
Il arriva cependant par une miséricorde particulière de Dieu , tout le contraire de ce que Paulin désiroit. Le commencement de sa vie, sUieureux, selon le monde,' fut chan- v. 430-450. gé en une suite continuelle d'adversités dont Dieu se servit pour le retirer de sa vie molle et voluptueuse. ' A l'âge de v. 232.238. 30 ans il perdit son père, que la mort lui enleva; ' et aussi- v. ?49. 254. tôt il eut beaucoup à souffrir de la dureté d'un frère qui vouloit faire casser son testament, afin de dépouiller leur mère de ce qui lui étoit nécessaire pour les commodités de la vie. Outre ces afflictions domestiques, ' il eut la douleur de voir v. 233. 235. son pais inondé de Barbares. Pour se mettre à couvert de leurs ravages, ' il s'attacha à Attale, qui en 414 avoit repris v. 290-314. la pourpre dans les Gaules, sans pouvoir, sans argent et sans soldats qui fussent à lui. Ce Prince prétendu voulut pour sa consolation avoir Paulin à son service. Il lui donna le titre de Comte ou Intendant de son domaine, quoiqu'il n'en eût aucun; et Paulin l'accepta moins pour la considération d'Attale, que pour n'avoir rien à craindre des Gots, qui avoient été reçus comme amis dans la ville où il demeuroit, et qui paroît avoir été Bourdeaux.
Cette dignité plus apparente que réelle, n'empêcha pas :' que les Gots, aïant saccagé et brûlé la ville la même année, v. 304-330. ne pillassent aussi la maison de Paulin, et ne le dépouillassent
\ SIKCLE.
366 PAiULIW
aireotèute sa famille de tout ce qu'ils avoieni, ne leur laiai
v. ssi-358. sant que la vie et la liberté. ' Après cette perte il se ratura à Basas, d*où éftoii Jules Ausone son bisaïeul; mais il s'y vit aussi-tôt assiégé par les Gots et les Alaius, et en danger du perdre la vie dans une sédition. Dépouillé de tout ce qu'il
v. 410-419. possédoit dans les Gaules,' il voulut passer en Grèce, où
sa mère qui en étoit, jouissoit d'un grand nombre de belles
v. -180-509. terres. ' Mais sa femme ne se put résoudre à passer la mer :
ainsi il fut réduit à errer de côté et d'autre hors de son pais. Il perdit ensuite l'une après l'autre, sa mère, sa belle-mere, et sa femme. 11 eut même la douleur de se voir abandonné de ses enfants, qui le quittèrent pour aller à Bourdeaux avec les Gots, hormis un qui étoit Prêtre, mais qu'une mort soudaine emporta bien-tôt.
% 4., i-467. ' Au milieu de ses malheurs il eut quelque dessein de se
faire Moine ; mais diverses personnes de pieté, à qui il en paria', l'en détournèrent, sur ce qu'il ne pouvoit dans l'état où il se trouvoit, abandonner le soin de sa famille , d'une mère, d'une belle-mere, et d'une femme, qui vivoient encore alors.
v. 5io-56o. i Les biens qu'il avoit en Grèce lui manquèrent comme
toutes les autres consolations humaines; et il se trouva contraint de passer le reste de ses jours à Marseille, où il avoit une maison. Il y subsista tant qu'il eut des forces et des valets, en faisant valoir les terres des autres qu'il affermoit. Mais aïant été privé de ce secours dans la suite du temps, il se vit encore obligé d'errer de côté et d'autre sans biens, sans femme, et sans enfants qni pussent partager ses peines. Alors il forma le projet de retourner à Bourdeaux ; mais Dieu ne permit pas qu'il l'exécutât, pour lui faire voir que sa providence lui réservoit d'autres ressources, en lui procurant des charités suffisantes pour le faire subsister. Car s'il avoit encore quelque bien qui parût être à lui, ou il l'avoit engagé pour vivre, ou il l'avoit cédé à ses enfants, ou enfin les Barbares s'en étoient emparés.
v. 564-581. ' Lorsqu'il étoit réduit dans cette extrémité, et déjà acca-
blé des infirmités de la vieillesse, Dieu qui ne l'avoit jamais abandonné dans ses besoins , voulut bien encore lui donner une consolation temporelle. Un Got qu'il ne connoissoit point, désirant avoir une de ses terres, au lieu de s'en empa-