DANS LES G M LES. \ SIECLE
XXXII. Les Semipélagiens ne se rendirent point encore à tant d'écrits lumineux. Après la mm t de S. Augustin ils continuèrent, comme auparavant, d'attaquer et sa mémoire et sa doctrine. Quoique les Papes prédécesseurs coi.ad. Gaii.,n de S. Cel< stin, l'eussent regardé comme l'un des plusexcellem
Maîtres, et que toul le monde eûl pour lui de l'amour et du respect, les ennemis de la grâce ne faisant nul cas de son autorité, 'déclarèrent qu'ils ne vouloient suivre sur ces ma- Pk». p m. tieres contestées que ce que le S. Siège auroil décidé. Ce nouveau subterfuge obligea ' S. Prosper et Hilaire à faire le cœi w\ Gaii. n voïagede Rome pour exposer au Pape S. Célestin l'état des choses dans les Gaules. Ce Pontife leur fit tout l'accueil que méritoient ces défenseurs intrépides de la gracedeJ. C. et de la réputation du grand S. Augustin. ' Touché de leurs rai- » »■ sons, il écrivit une letre célèbre à tous les Evêques des Gaules, 'par laquelle il se plaint amèrement de leur indifférence »• *■ et de ee qu'ils souffroient que l'on troublât ainsi l'Eglise. ' Il »• 3. les conjure donc d'y apporter du remède; de reprendre les auteur- delà division; de ne les pas laisser davantage semer des discours injurieux et à la mémoire des Evêques déjà morts, et à la réputation de ceux qui en prenoient la défense. ' 11 finit »• *■ par un grand éloge de S. Augustin, qui, dit-il, n'a jamais été soupçonné de la moindre erreur.
XXXIII. ' A cette letre de S. Célestin on joint ordinai- Pnw. p. «i.w. rement un recueil de divers passages des Papes et des Conciles d'Afrique approuvés par les Papes. Ce recueil est fait
pour répondre au Sémipélagiens, qui ne vouloient s'arrêter qu'à ce qui avoit été décidé par le S. Siège. On nepeutguéres douter qu'il ne fût dressé à Rome à l'occasion du voïage qu'y fit S. Prosper avec Hilaire, et que ce ne fût lui-même qui y mît la main par ordre du Pape S. Célestin. Des autorités si considérables apportées de Rome dans les Gaules , dévoient assurément y appaiser tous les troubles. Mais elles n'eurent point cette vertu. ' Comme S. Célestin £"»• {?, c°lh<t3avoit autorise seulement en gênerai la doctrine de S. Augustin, on prétendit que n'aïant point parlé en particulier de ses derniers Ouvrages, il falloit qu'il ne les approuvât pas. Outre que cette chicane étoit sans fondement , les défenseurs de la grâce se fussent aisément contentés que les Se- • mipélagiens eussent approuvé les premiers Ouvrages de ce Père contre Pelage : car on y eût trouvé de reste la condam-
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dation de leur erreur. Mais ils h'avoient garde de le fiiîre.
vu. ii,i,i. i Tiii. ' Dèébrte qu'après la rhbrl de S. Célestin, qui arriva éti'432, <»n continua toujours a calomnier S. Augustin. On s'efforça de dire, comme auparavant, tjù'il n 'avoit pas bien défendu la grâce. On troubla tout de noUVCâll la paix et la \ieloire de l'Eglise, en reprenant les armes de ses ennemis, et en y emploïant les plaintes des condamnés et les injures insolente de Julien.
i>i,is. in Coll., cl, W.XIV. ' Ces noi!\e;iii\ efforts des calomniateurs obligèrent S. IVosper de reprendre la plumé, pour soutenir l'honneur de S. Augustin, et en chômé teins de tous les Evoques, particulièrement de ceux de Home , qui avoienl approuvé
n. 2. ses sentimens, comme nous l'avons vu. ' Dans ce dessein il
examina les nouvelles lumières et la doctrine la plus exacte de ces nouveaux Docteurs, qui s'érigeoient en censeurs d'un Saint , sous la conduite duquel l'Eglise triomphoit depuis
c. 2, n. î. plus de vingt ans de l'hérésie Pelagienne. ' 11 choisit le plus
habile et le plus célèbre d'entr'eux qui avoit déclaré ses sentiments par des écrits publics, et que l'on ne pouvoit desavouer. Il ne le nomme point; mais on voit clairement qu'il désigne l'Abbé Cassien, en nommant son Ouvrage , c'est-à-dire sa treizième conférence sur la protection de Dieu, dans laquelle il fait parler l'Abbé Chéremon sur la grâce de Dieu et le libre arbitre de l'homme, de la manière que tout le monde
c.âi.n. i. sçait. ' On étoit alors sous le Pontificat de S. Sixte, qui avoit
Nor. h. Pei., i. 2, succédé à S. Célestin dès le mois d'Avril 432. ' S. Prosper
c 10, P. 2î9. (jang cej ouvrarre rapp0r{e ]es propres termes de la conférence, en réfute toutes les erreurs, et fait voir combien cette pièce s'accorde peu avec elle-même et avec les principes de l'Eglise.
XXXV. S. Prosper fit encore dans la suite divers autres Ouvrages, soit pour expliquer, soit pour défendre les vérités de la grâce du Sauveur. On peut dire que ce fut à quoi contribuèrent considérablement son commentaire sur les Pseaumes, et particulièrement le Recueil des Sentences tirées des
Tiii. h. e., 1. 16, écrits de S. Augustin. ' Ce dernier Ouvrage est comme un
f.'?'pDU4S'. bl]J'' corPs abrégé de Théologie qu'il s'étoit faite pour se rendre plus familiers les principes de ce grand Docteur, et qu'il
Pros., p. 6ii. 612. publia pour les faire connoître et aimer des autres. 'Mais afin de les mieux imprimer dans la mémoire de ses lecteurs, il prit le soin, au milieu de tant de .travaux importans pour
p. 6i3. 680. l'Eglise, de tourner ces sentences en vers, ' et d'en compo-
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ser plus de crut épigramxnes. ' 11 n'exprime dans cet vers que p bis sm. ne que la pieté nous a enseigné, et nous invite à aimer. Il au;.,i. 10, ans., parolt que <•<> sentences servirent beaucoup aux reres du II Concile d'Orange, pour éclaircir les grandes vérités de la grâce, que ce Concile mit à couvert de toute insulte.
XXXVI. Telle fut L'origine, tels lurent les premiers progrès du Sémipélagianisme dans nos Gaules. Pendant que S. Prosper et Ililaire vécurent, il eut en eux de puissans adversaires. Mais il ne paroll pas qu'après leur mort personne prit si-tôt ouvertement la défense de la vérité. L'erreur dans la suite, à la laveur et sous les auspices de Pauste Abbé de Lerins, puis Evêque de Ries, qui s'en déclara zélé partisan, lit des progrès énormes. Ce Prélat imbu de cette doctrine, dont il avoit peut-être apporté les premières semences de la Grande Bretagne sa patrie , dans le Monastère de Lerins, ou qu'il avoit apprise de Julien le Pélagien, qui se retira quelque tems dans cet Abbaïe, comme l'on croit, n'oublia rien et pour la soutenir, et pour la répandre. Si l'on pouvoit s'en rapporter au sentiment de quelques Auteurs, qui l'avancent sans preuves, on croiroit même que Vincent, Moine à Lerins sous Fauste, n'auroit écrit son célèbre Mémoire, que par ordre de son Abbé et dans le dessein de faire triompher le Sémipélagianisme de la doctrine de S. Augustin. Mais il est certain d'ailleurs que Fauste mit tout en œuvre pour élever ses opinions favorites sur les ruines des vérités de la grâce et de la prédestination. Il ne lui manquoit plus pour mettre le comble à ses efforts, que d'emploïer sa plume pour les transmettre à la postérité. Et c'est ce qu'il fit avant que de mourir, par son fameux Ouvrage sur la grâce et le libre arbitre , qui attira plusieurs réponses de la part des plus sçavans hommes de ce siècle et du suivant, tant dans nos Gaules qu'ailleurs.
XXXVII. La hardiesse avec laquelle Fauste agit en faveur de ses préjugés, se trouvant soutenue par la réputation que l'austérité de sa vie et un long épiscopat lui avoient acquise contribua le plus à donner du crédit à ses sentimens.
D'ailleurs ' il y avoit alors plusieurs Evêques dans les Gau- Tiii.,ibid.,p. 778.1. les, qui bien qu'ils ne tombassent pas dans toutes les erreurs de Fauste, avoient néanmoins de la peine à suivre la vérité de la doctrine de S. Augustin dans toute sa pureté. Ainsi ils
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étaient assez disposés à être surpris par les artifices de Fauste, <'i à ne pas appercevoir ses faux principes. Tout cela cons*
Conc.t. 4,p. pira à fortifier, et même à accroître le Sémipélagianisme dans les Gaules, où il causa durant plus de cent ans des troubles et des divisions fâcheuses, en commettant les uns avec les autres 1rs plus saints el les plus sçavans personnages de ce V siècle. Enfin ce long différent , dit le I*. Sirmond, fut terminé en 529, dans le II Concile d'Orange , qui décida par les sentimens de S. Augustin toutes les disputes sur la grâce et le libre arbitre. Il est remarquable que comme c'étoit un Evoque des Gaules qui avoit le plus contribué à appuïer et répandre l'erreur, Dieu voulut se servir d'un ai*tre Evêque Gaulois pour la détruire. S. Gesaire d'Arles fut
Genn.,vit. ai., c. choisi pour cette glorieuse exécution. D'abord il écrivit contre Eauste un Traite de la grâce et du libre arbitre, que nous n'avons plus malheureusement , et dans lequel il prouvoit par l'Ecriture et les Pères, que l'homme ne peut de lui-même faire aucun bien, s'il n'est prévenu de la grâce de Dieu.
Conc, t. 4, p. 'Ensuite il présida au II Concile d'Orange; et par les soins
ap 1678 L679 CIU " se donna de le taire approuver par le S. Siège, et de bïiii. ut>id. 2. l'appuïer par la prédication de sa doctrine, b il vint à bout, quoiqu'avec peine, d'étouifer le reste du Pélagianisme dans les Gaules.
XXXVIII. Au reste quelque répandu qu'y fût le Sémipélagianisme en ce siècle, il ne faut pas s'imaginer qu'il eût entièrement gagné tout le monde. La vérité se réserve toujours des adorateurs. Outre les grands hommes qui le Aug.ep. 225.H.7. combattirent de front, comme S. Prosper , Hilaire, ' et quelques autres généreux amateurs de la vraie grâce, il paroît par ce qui nous reste des Ecrits de plusieurs autres, qu'ils n'étoient point souillés de cette tache. On doit mettre de ce nombre S. Hilaire d'Arles, comme nous le montrerons dans la suite , quoique d'abord prévenu contre la doctrine de S. Augustin ; S. Eucher Evêque de Lyon, Mamert Claudien Prêtre de l'Eglise de Vienne; S. Loup Evêque de Troies ; Salvien, quoique Prêtre de Marseille même qui fut le premier berceau de cette hérésie; l'Auteur des premiers actes de S. Victor Martyr delà même Ville; l'Auteur du poëme d'un mari à sa femme , que nous nommons Prosper Tiro après le vénérable Bede; Constance Prêtre de l'Eglise de Lyon; S. Honorât Evèque de Marseille; S. Apollinaire Si-