HOMME DR L'ETRES
V SIECLE
reliques que Syagre attaquoit, prétendoienl que le Père — nedevoil point se nommer le Père, de peur d'établir larelation qu'il y a entre le Père et le Fils, et par-là l'identité d'essence entre l'un et l'autre. Mais ils vouloiçnt qu'on le nommât non engendré, incréé, solitaire, dans le dessein de taire croire que toute autre personne distinguée du Père . 'toit d'une autre nature. Syagre leur monlroit dans son écrit, que le Père, qui est de même nature que
- autres personnes . pouvoit à la vérité se nommer non engendre* ou sans principe, et que l'Ecriture se sert de cette expression : mais que cela n'empêche pas qu'il n'ait engendré et non créé un Fils, qui est une autre personne, et qu'il n'ait produit, non engendré ni créé le b. Esprit, qui est une troisième personne.
On peut, ce semble, avec fondement rapporter cet ouvrage, qui ne subsiste plus, à quelqu'un des Syagres de Lyon. La réputation de pieté et de sçavoir, où étoit alors cette famille , rend celle opinion fort plausible ; et les Bourguignons qui étoient Ariens, et qui dominoient dans Lyon en ce siècle, lui donnent un nouveau degré de créance.
'Gennade ajoute qu'il avoit vu sept autres livres inti- Ibid tulés , De la foi et des règles de la foi, sous le nom d'un Syagre ; mais qu'y aïant remarqué de la diversité pour le style, il ne les croïoit pas de Syagre , qui a composé le premier traité dont il parle.
CONSENCE III.
Poète.
onsence III du nom naquit à Narbone . ou dans v r
i ■ • i, p mi x ii ii • . . »• Consence I.
le voisinage, dune lamille tres-noble , ou la probité, «tconsene»!!. la vertu, et la science, étoient héréditaires. Il eut pour père Consence II, qui exerça des charges honorables sous les Empereurs Valentinien III et Avite, et pour aïeul un autre Consence, qui se lit une très-grande réputation par son profond sçavoir. Nous avons donné plus haut l'éloge de l'un et de l'autre.
\ gfKCLE.
654 CONSENCE III
Le jeune Consence ne dégénéra en rien du mérite de sid. s. 1. s.ep.4. ses ancêtres.' Il seul mur parfaitemenl If caractère d'homfi. p. îlié.' ep" m(> d'honneur, avec le personnage d'homme de letres. Il possedoil les dem langues, la Greque ci la Latine, et reûssissoit également à faire des vers en l'une el en l'autre. Il se rendit si habile dans les sciences, qu'il ne fut inférieur à aucun des plus scavants hommes de son temps : i. s. ep. \. p. 1086. nulli secundus inter astra Delphicç. Si Sidoine, qui avant son épiscopat, avoit été intime ami du père, lia aussi, depuis qu'il fui Evoque de Clermont, une étroite amitié avec le (ils, et. lui écrivoit quelquefois, comme à un jeune homme qu'il considéroit , mais qu'il aimoil encore plus pour l'éternité que pour le temps, p. io5G. ' Consence avoit près de la Ville de Narbone , du cô-
té de Besiers, une maison nommée Octavienne, qui étoit autant à ses amis qu'à lui-même : aussi y en avoit-il toujours quelques-uns. Rien ne manquoit à la beauté et aux commodités de cette maison, avenues, promenades, jardins, points de vue, eaux, bains , enceintes de murs, bel ordre dans les édifices , goût exquis dans les ameublements, tout s'y trouvoit ; et sa situation près de la mer et d'une rivière lui procuroit abondamment toutes sortes de provisions. Mais ce qui étoit plus estimable que tout le reste, étoit une bibliothèque , qui pouvoit être fort considérable ; puisque le père et l'aïeul de Consence étant deux hommes de letres l'avoient sans doute enrichie des meilleurs livres. Là le jeune Consence passoit agréablement son temps , le partageant entre l'étude et l'agriculture. On auroit eu peine à dire, remarque S. Sidoine, lequel des deux étoit le mieux cultivé , ou l'esprit , ou la terre de ce Seigneur, ibid. ' L'occupation la plus ordinaire de Consence étoit de
faire des vers. Il en faisoit de toutes les sortes, qui lui attiroient l'estime des hommes de son siècle , et qui étoient i.9.ep.i5. p.iii8. capables de rendre son nom célèbre dans la postérité. ' 11 avoit sur-tout un talent particulier pour le poëme épique ; et S. Sidoine ne connoissoit que le Poëte Léon qui égalât Consence en ce genre de poésie. Ses vers lyriques avoient aussi tant de beautés , qu'ils sembloient l'emporter sur ceux d'Horace ; et les poésies qu'il composoit en grec, étoient comparables à celles de Pindare. Nous ne
sçaurions mieux faire sentir loute l'énergie avec laquelle s. Sidoine en parle, qu'en rapportanl m> propres expressions.
v siECi.r
Epos led isiud aptius paraveril Léo, Leonia aul a quutus orbital
Cautus in l-atino, rum prier ait Attico. Gonsentiorum qui superstee est patri.
Pide, voce, metris, ad fluenta Pôgasl Cecinisse dictud omniforme ranticum ; Qaotiesque verba Grata canninaverit, TenmBse ceîsa junôtas astra Pindaro, Montemquc Victor ipse pôr bifsrticem Nulli sccundus in ter astra Dclphica.
At uterque vatura, si lira pqèticœ Initiale carmen aptot absque Dorico.
Venusia. Flacce, plectra inoptus fixera», Iapygisquc verna cycnus Aufidi.
Atacem tonare cum suis oloribus, Cana et canora colla victus ingénias.
Ibid.
'Les citoïens de Narbone et ceux de Besiers trou\ oient i.8.ep.4.p.io56. tant de douceur et d'harmonie dans les poésies de Consence, qu'ils en faisoient le sujet de leurs chants, Ils admiroient également le degré de perfection qu'il sçavoit leur donner, et la diligence avec laquelle il les composoit. S. Sidoine, qui de son propre aveu sçavoit mieux juger des pièces des autres, qu'il ne sçavoit lui-même écrire . trouvoit les mêmes beautés dans les poésies de Consence, même dans celles qni lui étoient communiquées au sortir de ses mains; avant qu'il les eût retouchées.
Mais quelque estime que S. Sidoine fit de cette sorte de productions. ' il se crut obligé de faire observer à Con- ibid. sence, qu'à le bien prendre ce n'etoit après tout qu'un vain amusement de jeunesse. Que dans un âge avancé il faut s'occuper à quelque chose de plus sérieux, beaucoup plus penser à la vie éternelle qu'à la présente , et se souvenir qu'après nôtre mort il s agira non de nos poésies, mais de nos actions. S. Sidoine ajoute qu'il ne prétend pas néanmoins donner cet avis à Consence , comme s'il doutoit qu'en s'occupant à faire des vers . il oubliât de travailler à son salut, où que sa conduite fût moins régulière jour
v SIECLE.
656 CONSENCE III POETE.
faire encore paroître de l'enjouement dans ses discours et dans ses écrits. Mais qu'il prétend seulement l'exhorter à vivre au dehors eu aussi bon chrétien, que Dieu lui fai-
soit la grâce de l'être dans le cœur.
io.s7. ' Il lui marque encore que sou intention est de le pot-
ier a donner quelque temps au chant des louanges de Dieu, c'est-à-dire apparemment à la prière publique, à la méditation des vérités célestes , et sur-tout à faire beaucoup d'aumônes, parce, dit-il, que tout ce que vous répandrez dans le sein des Eglises, deviendra une moisson pour vous. Ce qui peut le plus vous animer à Ja pratique de ces vertus, ajoute S. Sidoine en finissant sa letre, c'est la persuasion que ce que nous faisons au milieu des richesses, qu'il plaît aux insensés de nommer faussement des biens, nous est propre, et que ce que nous y possédons, est moins pour nous que pour d'autres, à qui nous le laissons en mourant.
Ces derniers traits sont aussi édifiants pour la pieté, que les autres sont intéressants pour la literature. L'on y a pu remarquer que la famille des Consences a fait beaucoup d'honneur aux letres dans les Gaules durant tout ce siècle. Mais il ne nous reste plus rien des productions de ces Sçavants; et l'antiquité ne nous apprend rien davantage de l'histoire d'une maison si illustre.
HESPERE,
\ ne trouve rien de la Patrie de ce Poëte ; quoique l'on ne puisse douter en nulle manière qu'il ne fût Gaulois de naissance. C'est encore S. Sidoine, qui nous fournit le peu que nous sçavons de son histoire. Il nous fait son éloge en trois mots, qui le caractérisent fort bien. sid.s.i.4.ep.î-2. ' Hespere , dit-il, étoit un homme magnifique, un ami p' 960' incomparable , et la perle des gents de letres de son
temps.
us.«p.io.p.896. ' S. Sidoine l'aimoit principalement, parce qu'il cultivoît les sciences ; et il auroit souhaité de pouvoir relever par les plus grands éioges la générosité qu'il faisoit paroître,
et
Il BSPEB i PÔETl 6.ÏJ
\ 8IECLJ
ci les soins qu'il prenoil de faire valoir non-seuicmeni propres commencements de lilerature, mais aussi les éludes des autres. Il lui témoigne un singuliei plaisir de (e voir faire un si grand progrès dans les lelres, et le l'-li- p.i cite de ce (|u'il est un de ceux qui s'^ltachoienl avec [e plus de succès à cultiver la pureté de la langue Latine, pour l'empêcher de se perdre entièrement au milieu du tangage barbare, qui s'introduisoit daris les Gaules. I toil vers i--> que S. Sidoine écrivil cette letre; ' et Hes- iwd. bere étoit encore alors fort jeune. Mais il faisoil déjà voir tant de maturité en son esprit et en ses moeurs, que anciens, tel qu'étoit S. Sidoine, se faïsoieht un mérite de lui obéir. I! avoit demandé à celui-ci, qui étoil dès-lors Evéque de Clermont, et pour les ouvrages duquel il avoit beaucoup d'estime, les poésies qu'il avoit composées depuis (ju'ils ne s'étoient pas vus. Le Saint, qui depuis son épiscopat avoit renoncé à la poésie profane, et qui ne faïsoit plus usage de sa muse que pour traiter des sujets de pieté, lui envoïâ l'inscription qu'il avoit faite depuis peu, pour orner l'Eglise que S. Patient avoit bâtie à Lyon, comme nous avons dit ailleurs. De sorte que nous avons l'obligation à \ : père de ce que cette pièce se trouve aujourd'hui entre les autres écrits de S. Sidoine.
' Ce Prélat en l'envoiant à Hespere, le pria instamment p. 899 de lui envoïer plusieurs des siennes par reconnoissance : ce qui montre qu'Hespere faisoit une profession particulière de sa poésie. Mais aucune de ses productions n'est venue jusqu'à nous. Comme il devoit se marier bientùi. et que le mariage sert souvent d'excuse aux paresseux et aux négligents pour cesser de cultiver les 1 êtres, S. Sidoine lui représente qu'une femme ne doit point préjudicier à ses études. Pour l'en convaincre, il lui remet devant les yeux ce qui s'est passé dans l'antiquité, où l'on a vu parmi les Orateurs plusieurs Dames illustres tenir la bougie ou le flambeau, pendant que leurs maris étudioient. Telles ont été, dit-il, Martia à l'égard d'IIortensius, Terentia à l'égard de Cicéron, Calpurnia à l'égard de Pline, Pudentille à l'égard d'Apulée, Rusticienne à l'égard de Symmaque. 'De même parmi les Poètes, p- q,° poursuit S. Sidoine, Corinne à souvent composé des vers avec Ovide, Lesbie avee Catulle. Césennie avec Gé'u-