‹ Histoire littéraire de la France (volume 2)Chapitre 47 sur 384 · V SI I ( I · texte numérisé non relu

V SI I ( I

Tant d'honneurs donl Kutilius lui comblé dans Rome, et peut-êtn aussi sou attachemenl au Paganisme, qu'j professoient encore beaucoup de personnes de distinction, luiren- r. i-as. doienl agréable le séjour de cette Capitale de l'Empire. Il la quitta néanmoins pour retourner dans les Gaules sa patrie 1 1 \ revoir les tristes restes d'un peïs désilé, ruiné, brûlé par lesGuerres. Il n'y avoit point été depuis que les Barbares avoient commencé à les ravager en i-07. Mais plus elles étoient affligées, plus il croïoil y devoir sa compassion et ses soins à ses Ci toi en s. Il partit de Rome, comme l'on croit toi. iMd. *. ese en 417, quoiqu'il marque lui même son départ en l'année Rut. Urid. v. 133- 1 169 de la fondation de Home : ce qui reviendroit à l'an li0 410 de notre Ere Vulgaire. ' On étoit alors dans l'Automne, y.ssa. ' lorsque les nuits commencent à devenir plus longues. Ml prit ^V*!^ son chemin par mer comme le plus sûr, parce que la Toscane ne s'étoit point encore remise de ce qu'elle avoit souffert par les ravages et les feux des Gots. Tout y étoit plein de bois et d'eaux ; et les ponts rompus n'avoient point encore été refaits. 'Au sortir de Rome plusieurs de ses amis lecondui- v. «7-168. sirent par honneur ; mais Rufius Volusianus l'accompagna plus loin que les autres. 'On croit que c'est ce Volusien célèbre TU1- ibi(ldans les letresde S. Augustin, et l'oncle de Sainte Mélanie la jeune, lequel ne quitta le Paganisme qu'à la mort, vers l'an 436.

'Rutilius s'embarqua sur le Tibre avec le jeune Pallade son Rot- u»d. *. 179proche parent, fils d'Exuperance , qu'il aimoit comme son fils. Evitant la gauche à cause des sables, il se rendit à Porto, où il attendit cinq jours la nouvelle Lune, et le coucher des Pléiades. De Porto il renvoïa Pallade à Rome continuer ses études, et se mit en route. 'Il ne voulut pas prendre la plei- v. 219-236. ne mer dans un grand vaisseau, il aima mieux suivre les côtes avec de petites barques, qui pou voient aborder par-tout où il voudroit, soit pour voir ses amis qui se trouvaient sur la route, soit pour éviter le mauvais temps. Il vit en passant plusieurs lieux célèbres dans l'antiquité , mais alors ruinés , dont il nous a laissé des descriptions assez agréables.

'Il arrêta au Port de Centumcelles , aujourd'hui Civita- r- 237-276- Vecchia, et alla voir à trois milles de-là les eaux chaudes qu'on nommoit du Taureau, parce que l'on prétendoit en devoir la découverte à un animal de ce nom. Il y lut l'inscription en vers, dont Messala avoit autrefois orné l'entrée de ces bains. Il en prend occasion de relever avec de grands

v „»«. 72 IUIT1UUS.

v 077.0.,..». éloges l'éloquence de cei ancien Auteur. S'étanl rembarqué', il villes mines de Grâvisdue <i deGosai L'on tenoitque ce dernier ehdrbil avoil été dépeuplé parles patte", ce que

v. 351-368. Kuiiiius traite de fabte ridicata Il \ii. l'isle d'Elbe plus <•«•!, 'lue, dii-il. par ses forges, que le Berri, el plus utile par ses mines de 1er. qiie le TaSgje par son sable d'or. Cette pensée lui donne occasion de décrire les mauvais effets de ce métai, et les avantages que l'on tire du fer^

v- :»•■•"■ ' Rutilius parle d'un Juif de mauvaise humeur, <|ii'il trou-

va dans eeiir Isle, el la vue diKjuel lui aianl échanllé la Hile, le l'ait répandre en beaucoup d'injures contre toute Ja nation. 11 semble confondre les .Juifs avec les Chrétiens, en disant que depuis que ceux-là avoienl été vaincus par Pompée, puis par Tite, ils s'étoient répandus par-tout, et dominoient avec empire ceux qui les avoient vaincus. C'est un Païen qui parle, et qui voudroit peut-être inarquer par-là le mécontentement qu'il avoit de voir le Christianisme embrassé par les Em-

v. 439-452. pereurs et par les sujets de l'Empire. 'Il vit encore l'isle de Caprarie, qui étoit alors peuplée de Moines. Il fait une description de ces Solitaires en vrai Païen, qui ne connoît point dautres biens que ceux des sens, et qui n'espère rien en l'autre vie.

v. 453-492. 'Après avoir passé cette lie, il aborda à Volterre, où il alla voir la maison d'Albin, qui lui avoit succédé dans la Préfecture de Rome. Il visita ensuite les Salines qui en étoient

v. 493-510. proches : 'il y rencontra Yictorin l'un de ses intimes amis, qui avoit quitté Toulouse sa Patrie, prise par les Barbares vers 112, et s'étoit établi à la campagne aux environs de Volterre. Il avoit été autrefois Vicaire des Préfets dans la Grande Bretagne, et avoit été honoré du titre de Comte à la Cour de l'Empereur : mais il avoit préféré à tous ces honneurs la re-

v. 515-526. traite de la campagne. 'Dans l'isle de Gorgone au-delà de Volterre Rutilius rencontra encore un jeune homme de son pais et de ses amis, qui avoit méprisé une naissance illustre et de fort grands biens, pour se retirer parmi les rochers sur le bord de la mer de Toscane. Comme Rutilius étoit privé des lumières de la foi, il ne pouvoit connoître les avantages de la retraite : c'est ce qui le porte à déplorer la mort vivante, comme ii la qualifie, de ce jeune Gaulois.

v. 527-574. ' De là il passa près de l'isle des Trois-tours, et ensuite au

Port

V SIECLE

Pori de Pis:, qui ni ésl proche, formé parles seuls roseaux (jin arrêtaient refforl des vagues M 5 \it Protade, l'un de nos sçavants Gaulois, dont nous parlerons dans lasuite,qui s'\ trouvoit apparemment pour affaire; car il cultivoil alors une petite terre tju'il avoit dans l'Ombrie. Kutilius alla car ferre jusqu'à Piëe; le Tribun qui ('toit de ses anciens amis lui aiani fourni des chevaux cl même un chariot pour faire ce chemin. ' 11 y fut reçu avec toutes sortes d'honneurs. Ce v. 575.596. fut-là qu'on lui montra les monuments publics que les Toscans avoient érigés à la mémoire de Lachanius son père, qui avoil été autrefois Gouverneur de la Province.

' Rutilius se remit ensuite en mer, et poussa jusqu'à Gé- 1. 2. v. 63.68. nés, qu'il paroit désigner par une terre féconde en beaux marbres. C'est-là que finit son itinéraire qui est imparfait et peu exactement travaillé, l'Auteur n'aïant pas eu apparemment le temps de le finir et de le retoucher. Tout cela pourroit faire croire que Rutilius seroit péri sur mer ou mort dans son voïage, avant que d'arriver dans les Gaules. ' Quelques tiii. iiid. p. 658. Sçavants veulent qu'il ait été Consul subrogé; mais on ne p' l trouve aucun solide fondement pour appuïer cette opinion, comme le montre fort bien M. de Tillemont. ' Vossius croit voss. Poe ut. p que c'est à Rutilius dont nous parlons, que le Poète Flavius 249' adressa sa Comédie intitulée Le Plaintif de Plaute, ou l'Aululaire.

g. IL

SES ECRITS

Rutilius nous a laissé un Poëme en vers élégiaques, Rut. a, p \, 20. qui contient, non l'histoire de son voïage des Gaules à Rome, comme Onuphre l'a avancé , sans peut-être l'avoir lu, mais celle de son retour de Rome dans les Gaules, comme en conviendront tous ceux qui voudront le lire. C'est pourquoi l'on donne à ce Poëme le titre d'Itinéraire , sous lequel il est le plus connu. Il est divisé en deux livres; mais il manque quelques vers au commencement du premier , et de tout le second livre nous n'avons que les 68 premiers vers. Le premier livre nous conduit de Rome jusqu'à Pise, comme nous l'avons rapporté en abrégé dans la vie de l'Auteur ; et le peu qui reste du second ne va que jusqu'à Gènes.

Il y a toute apparence que l'Auteur le fit durant son voïage même, ' l'an 1169 de la fondation de Rome : ce 1. 1. *. 135. m.

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