‹ Histoire littéraire de la grèce modernChapitre 103 sur 256 · Chapitre IV, — Philosophie. — Théologie · texte numérisé non relu

Chapitre IV, — Philosophie. — Théologie

G. Mavrocordatos, professeur de droit à l'université d'Athènes, un homme d une érudition solide et de convictions inébranlables. Ceux-ci invoquaient les canons et l'histoire ecclésiastique pour soutenir que l'Église de Grèce ne pouvait relever que de celle de Constantinople, et que son action devait être en tout et toujours indépendante du contrôle de l'Etat. La partie adverse, défendue par Th. Pharmakidés, en appelait aussi à l'histoire et à ce qu'elle disait être le bon sens, pour repousser Taxiôme que l'église d'un pays libre peut être sous la dépendance de celle d'un pays subjugué, et pour réclamer en faveur du droit du gouvernement de s'immiscer à toutes les affaires de TEglise, au moins, d'après l'avis des plus modérés, pour tout ce qui ne relève pas du dogme. L^exemple de la Russie ne suffisait ni aux uns ni aux autres: Pour ceux-là l'église russe n'est pas émancipée de l'autorité temporelle autant que les canons le prescrivent; pour ceux-ci, elle ne l'est que trop au gré de la raison. Ces deux manières opposées de voir, au milieu desquelles dans cette occasion aussi, comme le plus souvent, la vérité est à chercher à égale distance de toutes les deux, ont donné naissance à plusieurs ouvrages de polémique, dont la plupart, tout en étalant un grand savoir, ne respirent pas toujours cet esprit de charité qui est le caractère et le triomphe de la religion chrétienne. Des deux coryphées, le P. Oeconomos a le style énergique et virulent des philologues d'autrefois, qui ne ménageaient pas l'épîthète, et ne reculaient même

222 IL Partie. — Livre L — ProeaUure,

pas devant l'invective; Tautre, Pharmakidés, un homme îrrasdble et violent de sa nature, mettait de la passion dans la recherche des vérités même les plus abstraites. C^est dans cet esprit que Tun écrivit le Tomos (les bulles patriarcales s'appellent ainsi), et l'autre Antiiamoê^ deux gros volumes pour et contre les prétentions de Téglise de Constantinople et de ses prôneurs; et plusieurs autres ouvrages enrichirent la littérature des deux camps, jusqu'à ce que le débat finit par le triomphe des idées d*émancipation.

Un autre sujet de controverse a été fourni par Tai^ chimandrite N. Vambas, qui a traduit en grec-moderne Vancien et le nouveau Testament. Le langage de la Bible est assez généralement compris par les Grecs d'aujourd'hui, même les plus illettrés; mais comme il est de haute importance de populariser la lecture des livres Saints et de la rendre facile à toutes les classes, le travail de Vambas n'était pas sans utilité; seulement on lui en a voulu d'avoir consulté pour la traduction de l'ancien Testament le texte hébraïque, et d'avoir ainsi reconnu à celui-ci une autorité égale, si non supérieure quelquefois, à celui des Septante. Le P. Oeconomos a protesté contre cette manière de traiter la traduction que l'église grecque considère comme inspirée, et il en est réstilté une vive polémique, qui a produit un grand nombre d'ouvrages, et en dernier lieu un livre très -remarquable du P. Oeconomos, en 4 gros volumes, qui, sous le titre modeste d'tm traité sur la traduction des Sep-

ChapUrelV. — Théologie.- 223

tante ^ embrasse une infinité d^autres questions, et est un modèle de style et un trésor de science. Oeconomos a écrit un livre très-savant âur le serment^ dont il veut, au point de vue religieux, défendre l'abus, et même Tusage aux membres du clergé. Sur ce terrain aussi il avait pour contradicteur Pharmakidés. Il a écrit aussi un autre livre théologique non moins remarquable, sur les trois degrés saeerdotatta, U a enfin laissé un grand nombre de manuscrits sur des sujets religieux, que son fils, le savant médecin Sophocle Oeeonomos^ a publiés en 4 gros volumes, et qui portent tous le cachet du talent éminent du littérateur et du théologien de premier ordre.

Un ennemi inopiné de l'église grecque, de Téglise chrétienne en général, s'est élevé de son sein même, et du milieu de ses ministres. Théphile CaYris d'Andros, un prêtre qui, ayant reçu un peu tard son instruction aux universités de l'Europe, a été ébloui de ses propres coimaissances , et était impatient d'en doter son pays. Aux applaudissements uranines de toute la Grèce, il fit construire à Andros, son île natale, un pensionnat, dont il prit la direction. La jeunesse accourait enthousiaste à la voix de l'homme pieux et désintéressé, du sage qui venait Tinitier aux secrets de la science. Il ne se passa pas long-temps, et l'on vit dans le sage un rationaliste non assez éclairé pour savoir que ce qu'il donnait pour de hautes vérités supérieures à celles de la religion, c'étaient des arguments mille fois discutés et réfutés, non assez

224 II, Partie, — Livre L — Proeatewrê,

bien inspiré pour comprendre que le devoir patriotique commandait d'édifier plutôt que de renverser dans la Grèce sortant de ses ruines, de mettre au nouvel Etat des fondements de foi et de religion plutôt que de les saper par le doute. Le public s'en émut; Oeconomos fut des premiers à dénoncer dans ses écrits la fausse voie dans laquelle le nouvel hérésiarque s'engageait, entraînant derrière lui la jeunesse peu précautionnée de son pa3rs. L'avocat George Athanasiou, un helléniste distingué, a publié un ouvrage considérable, où il dévoile les tendances de Ca'tris, et prend celui-ci à partie , et plusieurs autres auteurs se sont prononcés pour ou contre lui. Enfin Caïris, invité à se conformer aux prescriptions de la loi qui règle Tinstruction publique, et s'étant cru le droit de s'y refuser, a vu son école fermée par l'antorité; et le Caïrisme a cessé d'occuper le pays et sa littérature.

De nouveaux coups furent portés à l'église grecque, cette fois au nom et pour la plus grande gloire de la religion chrétienne. Des sociétés religieuses, qui l'oubliaient lorqu'elle gémissait sous le joug et courait le plus grand risque d'être anéantie, tournèrent vers elle leur attention depuis qu'elle était libre, et lui envoyaient des missionnaires pour la ramener aux vrais principes de leurs propres confessions. L'église avait à se défendre de ce prosélytisme venant à la fois de plusieurs points de lliorison, et souvent des plus opposés.

Oeconomos fut ici aussi un des plus ardents sur la

ChapUre VI. — Théologie. 22$

brèche. Sous son inspiration plusieurs ouvrages furent publiés. Tel est celui que rarchimandrite Andronie DEBiETRACOPOULOS fît paraître d'abord en latin et puis aussi en grec, csur les auteurs Grecs qui ont écrit contre les Latins, et sur leurs ouvrages.» Ce livre, où il fait preuve d'une grande érudition théologique, a pour titre: La Grèce orthodoxe. — Le colonel Vaglianos, défendant la même cause, a écrit un livre «t/r V Orthodoxie^ un autre où il établit les caractères des différences entre le rite orthodoxe et le rite catholique^ un troisième sur la vérité des dogmes grecs, et enfin une r^utation du Jésuite russe Gagarine, qui, converti lui-même au catholicisme, avait écrit pour engager ses anciens coreligionnaires à imiter son exemple. — Le médecin Evanghélos Emmanuel a paiement rompu une lance contre Téglise de Rome, de même que D. Marinos, professeur du gymnase de Syia, qui eut, sur des sujets de dogme, une violente controverse avec un prêtre Catiiolique de la Haute ville de Syra, et publia à ce sujet une dissertation sous le titre: Leçons de logique et de théologie.

Le médecin Calevras a publié un traité contre le caractère envahissant qu'il attribue au Panslavisme sous le rapport de la politique et de la religion, tandis que le Rev. Palmer, théologien d'Oxford, a écrit en grec pour relever la contradiction qui existe entre les églises de Russie et de Grèce quant aux conditions exigées des chrétiens d'autres confessions qui veulent entrer dans le giron de l'église orientale.

Rangabé, Littératnre néo - hellénique. 15

226 //. Parti». — Livre L — JProêoteurê.

La question de ronion des ^lises a été traitée par le prêtre Paiidis, qui a aussi écrit sur le Maçonnisme, et avec une autorité supérieure par le professeur de théologie D. Rossi; et celle des différences qui distinguent relise arménienne de Téglise orientale, et de leur rapprochement possible, par le savant Gk&goire, évêque de Chios. Le même prélat a aussi écrit un traité sur la prière dominicale. L'antiquité de l'église d'Orient a été défendue par Macahœ, évêque de Caryste; et Marcaki a, par ses traitéa thiotogiques ^ entrepris de réfuter les idées de M. Renan sur ^ nature de J. C.

Damalas, professeur de Théologie « est auteur d'une £x^^ du N. Testament, qui est considérée comme une œuvre capitale. H a aussi écrit sur l'administration de Téglise du royaume de Grèce. L'Archimandrite Zac h arias Mathas a publié les biographies des évêques et des Patriaches de Constantinople, retouchées et complétées par le P. Oeconomos.

Malgré la répugnance que les Grecs avaient à s'oc-cuper de sujets dogmatiques, il s'en est trouvé un, le professeur N. Valettas, homme pieux et sincère, et littérateur des plus érudits, qui a cru nécessaire de discuter le texte même du symbole de foi. H est vrai qu'il ne s'agissait que d'une virgule; mais sur cette virgule il a trouvé matière pour écrire tout un volume, heureusement dans un style qui peut servir de modèle, fort élégant, et respirant le plus pur hellénisme. Ce léger signe d'interpunction fut, selon l'auteur, la pierre sur la quelle

CkapUrelV. — Théologie. 2 2/

lut fondée Téglise catholique, et il s^élève fortement contre ce signe hérétique. Le St Synode de Grèce a sar gement étouffé ce débat à sa naissance.

Parmi les orateurs ecclésiastiques de la Grèce d'aujourd'hui, cest encore le P. Oeconomos qui tient le premier rang. Ses sermons, qui ont été publiés en un volume, sont toujours fort remarquables par l'érudition ecclésiastique qui y brille, et souvent s'élèvent jusqu'à la haute éloquence. Ceux de Palamas, évêque de Thessalonique, bien que moins recommandables par la forme, ne sont pas moins édifiants. Le P. Latas, prédicateur d'Athènes, unit un talent de parole hors ligne à une mémoire surprenante; mais un seul de ses sermons a été publié, traitant de l'état actuel de Tesprit religieux en Grèce, et Ton y reconnaît toutes les qualités qui distinguent le grand orateur. Léon Mêlas, qui par tous ses ouvrages s'est voué à la çioralisation du peuple, a publié entre autres des homélies en interprétation des évangiles. Elles sont écrites d'un style coulant et pur, et le St. Synode les a jugées si conformes à Tesprit des saintes écritures, qu'il a adopté l'ouvrage du pieux et savant laïque, et en a autorisé la lecture pendant la liturgie. Les sermons de Philarète archevêque de Moscou, furent traduits par Em. Chatzidaki de Crète.

En fait de livres qui traitent des sciences théologiques, nous citerons ime introduction h la théologie de N. Papadopoxjlos, réfutée par Lycurgue, archevêque de Syra, l'un des hommes les plus érudits, et les plus

228 //. Partie, — Lhre L — Proêoieurê,

savants théologiens de la Grèce; une théologie et une herméneutique de J. Cortonis; plusieurs traités d^ Arsène Pandis sur le baptême^ le péché originel^ la tror ditùm divine etc.; un ^ Parallèle du ehrùttanieme et de la philosophie* par le lexicographe N. Logadès; le Taraxisyllogos de B. Pharsi de Constantinople , qui établit la supériorité du christianisme sur TheUénisme, et un ouvrage de A. Pvkéos, publié à Corinthe sur le même sujet.

La théologie s'est enrichie aussi de quelques bonnes traductions. Ainsi un ouvrage sur les preuves internes de l'inspiration divine des Saintes écritures a été traduit par N. Vambas; l'imitation de J. Ch. cde Thomae A Kempis^ par Tévêque Averkios;i le jugement de J. Ch. de JDupin par Nestoride; les c ascétiques» d'Isaae le Syrien^ par Callinique Pantocratorinos ; les t Etudes > de Guizot sur la religion chrétienne dans ses rapports avec Tétat actuel de la société et des esprits, par A. Diomède Kyriacos.

Une collection des canons en six gros volumes est due à G. Ralus, et M. Potlis, tous les deux anciens Ministres et professeurs. Ils y ont réuni tous les canons des synodes et des Pères de l'église, précédés du Nomocanon de Photius, et accompagnés de leurs nombreux commentateurs. Les infatigables éditeurs ont, pour donner un grand degré de correction à leur travail, compulsé les principaux codex des bibliothèques de l'Europe, et mis surtout à profit un autre manuscrit qu'ils ont

(MpàrelV. — Théologie. 229

déconvert, et dont ils ont fait l'acquisition. Us ont aussi pour la première fois fourni en collaboration et élucidé toutes les sources, jusque là peu connues, du droit canon de Téglise orientale.

P. Calligas, aussi ancien professeur et Ministre, a traduit le traité de Biener sur les ancieimes collections des canons de Téglise orientale, et l'a enrichi d'une longue et savante introduction.

Jean £u taxi a s Papaloucas, un membre du barreau très versé dans la science des lois, a puisé dans les canons un essai 8ur le pouvoir sacerdotal^ dont il essaie de tracer les limites et de prescrire les droits et les devoirs.

En fait de morale chrétienne, D. Mavrocordatos a traduit de l'allemand les c Méditations religieuses de Tschokke^ et les a publiées en quatre beaux volumes, qu'il a gratuitement distribués au clergé et à la jeunesse studieuse de la Grèce. Le style de ce beau travail si utile n en est pas le moindre mérite.

Alexandre Stourdzas a écrit en français des let" treê sur Us devoirs du clergé, qui furent traduites en grec par Alexandre Négris. Le Manuel spirituel de la me humaine a été traduit du russe, et publié avec images.

230 II. Partie. — IdvrêL — Rroêoteun.

Page 1