‹ Histoire littéraire de la grèce modernChapitre 122 sur 256 · Chapitre L — P. Soutêos · texte numérisé non relu

Chapitre L — P. Soutêos

PanaghioH^ le pltis jeune, y occupa dififérents postes considérables; il fut préfet et conseiller d'état Doué d'une grande sensibilité et d'une imagination brillante et féconde, il dut aussi à l'étude approfondie des vers purs et limpides de Lamartine et de la mélodie chantante de Métastase le charme d'une versification harmonieuse et coulante.

Il a écrit des odes, des drames et des romans ; mais quelle que soit la forme que revêt sa muse, sa poésie, et même sa prose, est toujours essentiellement lyrique. Dans ses poèmes, qui contiennent souvent de grandes beautés, il étudie et châtie son style en artiste. Pour rendre sa langue digne d'exprimer de nobles pensées, îl a recherché le purisme, et plusieurs de ses compositions pourraient être citées comme de brillants modèles à cet égard. Malheureusement, abondant en dernier lieu dans son propre sens, il a dépassé la mesure, et s'est créé une langue qui, sans être le grec moderne, n'est pas encore et ne sera jamais le grec littéral.

Mais cette exagération de son système, ce travers de son jugement, n'a eu qu'une faible influence sur sa carrière poétique, car il avait déjà presque dit adieu à la muse avant d'avoir adopté ce style impossible. Il a même écrit à ce sujet tout un livre, qu'avec une prétention regrettable il a intilulé: cZîa nouvelle école,* Le savant Assopios a réfuté cet ouvrage avec toute l'autorité de son grand savoir. Dans un volume qu'il appelle les Soutsia^ il prouve que beaucoup de ce que

8 //. PartU, Livre IL — Fo^eê.

Panaghioti dit n'est pas nouveau, et que ce qu'il dit de nouveau n'est pas correct.

Soutso a donné tm égal soin à la construction du vers, et il y a dans ses ceuvres de beaux passages qui ont exercé l'influence la plus salutaire sur la versification de la Grèce moderne. Concis et nerveux dans son style, brillant d'images, souvent original, toujours enthousiaste et courant après le sublime, qu'il outrepasse quelquefois, il ne lui manquait pour accomplir sa destinée de poète que de la poursuivre sérieusement. L'art est jaloux, et la poésie surtout. L'esprit de Dieu veut du dévouement Quiconque l'abandonne est abandonné par lui. P. Soutso dormait une rivale à sa muse; c'était la froide politique, dont les calculs glaçaient l'inspiration et à laquelle il voulait souvent forcer la poésie de servir d'instrument. Elle s'y refusait, et l'instrument se brisait dans les mains du poète en brillants éclats. La plupart de ses ouvrages, et surtout ses drames, sont comme tm amas de matériaux précieux, entassés pour servir à la construction d'un bel édifice, mais que l'architecte, préoccupé d'autres soins, aurait négligé d'assembler et de coordormer.

Le plus ancien et le meilleur de ses poèmes est son Voyageur^ un drame lyrique, auquel Manfired a servi de modèle: Un jeune Grec de Constantinople, chassé par les noires furies que L. Byron a évoquées sur la terre, la mélancolie misanthropique et le remords indéfini, va sur le Mont-Athos pour expier ses crimes. H

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