‹ Histoire littéraire de la grèce modernChapitre 136 sur 256 · Chapitre IL — A, Soutsoê · texte numérisé non relu

Chapitre IL — A, Soutsoê

en lui un patriotisme ïuxlent et un noble penchant pour l'indépendance, qui constitue la véritable unité de ce qui peut paraître mconséquent ou contradictoire dans ses compositions.

£t ce n'est pas seulement pour les idées politiques qu'après avoir marché sur les traces de Béranger et de Barthélémy il s'est laissé égarer sur celles de son propre frère; il en fit malheureusement autant pour la forme littéraire. Quittant son sentier habituel de la chanson et de la satire, il a voulu s'élever aussi aux régions où le Pégase sans frein de Panaghioti prenait son vol, et il a essayé de l'ode, du drame et du poème épique. Mais il avait beau renier la satire; elle le suivait comme son ombre, et le faune montrait le bout de l'oreille sous le voile de Thalie et de Mdpomène.

La plus ancienne et la meilleure de ses comédies a pour titre le prodigue (6 àaœroç). Elle contient des beautés inimitables de style et de versification. Plusieurs scènes sont écrites avec beaucoup de verve; mais llionneur en revient souvent à Molière, que le poète a pris ici pour modèle. Le principal reproche à faire à cette pièce est le manque d'actualité. Elle s'attaque aux riches qui prodiguent leur bien dans les débauches, aux coquettes qui en profitent, aux parasites, aux médecins charlatans, aux avocats qui abusent de la bonne foi de leurs clients, et aux poètes qui s'entre-déchirent par jalousie de métier. Or en 1830, lorsque cette comédie fut publiée, Nauplie, où la scène se passe, alors capi-

36 //. Partie, — lÀvrt IL — Poètes.

taie du petit État, n était qu'un amas de vieilles masures tombant en mines; ses habitants, sortant d'une guerre d'extermination, étaient pauvres comme Job, et ne songeaient qu*à mettre leur tête à Tabri. H n^ avait alors ni millionnaires qui se livrassent à des prodigalités folles, ni tout Tessain des hommes ou des femmes qui bourdonnent autour des riches et s'appliquent à les sucer. Les avocats et les médecins étaient bien plus rares que les besoins de la population ne Texigeaient, et, en fait de poètes, il n'y avait guère que celui qui en faisait l'objet de ses railleries et son frère. Il est donc naturel que ses traits, pris dans des carquois étrangers, et lancés contre des buts imaginaires, tombassent à terre sans atteindre la société que la satire et la comédie aspirent à corriger.

Cette pièce n'est pas moins défectueuse par l'invention, par le plan et par l'arrangement des parties:

Un richard est donc en train de se ruiner par ses débauches en Grèce, à Nauplie, en 1830. Sa maison ne désemplit pas de députés, de ministres, de parasites de tout rang, qui font la cour à sa cassette, tandis que luimême la fait d'un côté à une coquette surannée, qui complote avec des coquins pour le dépouiller, de l'autre à la fortune d'une riche héritière (espèce qui n abondait pas non plus à Nauplie en 1830), qu'il veut, mal* gré tous ses ridicules, vjpouser pour sa dot La situation se complique par l'apparition soudaine d'une femme que le Prodigue avait séduite à Naxie, et dont il avait as«

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