Chapitre IlL - A. R. Rangabé
bivouac. Le prêtre Stéphanos, accompagné de Parthénîos, un novice, se présente à 2^bos, leur chef, et lui demande asile. Pendant son séjour auprès de ces montagnards, il leur parle de ce que la Grèce fut autrefois, de ce qu^elle serait encore s'il se trouvait des hommes courageux pour la délivrer. Au troisième jour les dephtes amènent quatre prisonniers, quatre prêtres étrangers qui portent au cou des chaînes ornées de pierreries.
cMalheur à qui toucherait à ces Saints hommes, t s'écrie Zerbos; il les accueille comme il avait accueilli Stéphanos, et les invite à lui dire qui ils sont et ce qu'ils cherchent dans ces déserts.
Là dessus ils lui racontent qu'As viennent de Russie, où Catherine, femme inique, souveraine haïssable, avait assassiné son époux, Pierre m, chéri du peuple. Cependant une rumeur avait couru, que Pierre, échappé au poignard, errait inconnu dans des pays lointains. Ayant suivi ses traces, ils fturent eux-mêmes conduits jusques à ces montagnes. «J'en connais toutes les gorges et tous les endroits les plus cachés, repond Zerbos. Votre souverain ny est pas.»
— «Votre souverain, le voici», s'écrie Stéphanos. n rejette son manteau de burre, et se montre couvert d'un uniforme brodé d'or et de diamants. H raconte alors par quelle ruse il a échappé à ses assassins, comment il erre depuis par tout TOrient, portant tantôt le fusil du clephte, tantôt l'habit du caloyer, mais toujours menacé et traqué, jusqu'au moment où il a pris refuge
66 //. Partie. — Livre IL — Poètôi.
main rarrête; c^est celle d^une jeune fille. Une simple rose orne ses cheveux. cStéphanos, dit-elle, Piene ou St^hanoff^ ou qud que soit ton nom, tu oublies que tu me dois l'épée que je t^ai autrefois prêtée. Rends, la moi». Et tirant le sable qu^il tenait, elle Tenfonça dans son propre sein.
Un moine inconnu est venu finir ses jours au Mont Athos. D paraissait en proie à de vifs remords. Un soir il fait appeler auprès de lui le supérieur et lui fait sa confession: H a poussé au suicide celle qui Taimait. Cédant à l'ambition, alléché par un vil intérêt^ il a, sur un ordre reçu, versé le sang des peuples, et les a poussés à leur perte en invoquant le prestige de la liberté. Le vieillard l'engage à se rependr, à demander à Dieu son pardon. Mais la mort le prévient; il expire au moment où le tonnerre gronde au del.
Long-temps après on voyait au bord de labiine, sous un cyprès foudroyé, une pierre qui, pour toute inscription portait le nom Stéphanoê.
Nous voulons donner de ce poème un court extrait, non pour le mieux faire connaître, mais parceque ce passage se rattache à la biographie des deux poètes éminents, Alexandre et Panaghioti Soutsos. Il est tiré du 4« chant, où est décrit le combat entre les chrétiens et les Turcs. Nous empruntons la traduction que M. le Marquis de Queux de S. Hilaire a insérée dans son article sur A. Soutso*):
1) Annuaire de l'association pour l'enconr. des L. grecques. 1874. p. 420.