Chapitre III, — A. R, Rangabé
je me prosterne devant toi comme devant l'autel, et je te supplie de me laisser Thrasylle. Tu m'as entendue. Dis-moi: Le veux-tu?
« Callippe.
ffje t'ai entendue, et tu m'as fait penser à mon devoir. Lorsqu'il est fugitif et persécuté, lorsqu'il s'expose pour sa patrie, ce n'est pas à toi, c'est à sa fiancée, à son épouse, à être sa gardienne fidèle et à mourir à ses côtés.
cLamie.
cTu parles encore de fiancée et d'épouse I Après tout ce que je t'ai dit, tu persistes toujours à m'enlever l'âme de mon âme!
cCallippe.
cTon esprit s'égare, ou bien ton andace ne connaît pas de bornes.
cLamie.
cTu ne sais pas qui je suis: Les rochers furent mon berceau; une louve m'a allaitée; j'ai vécu parmi les animaux féroces. Le venin des serpents gonfle mes veines, et l'explosion de ma vengeance brûle tout autour d'elle, et ne s'éteint que dans le sang.
€ Callippe.
« Si tes prières ne m'ont point émue, ne compte guère sur tes menaces.
€ Tremble, et n'espère pas piller impunément Tantre de la lionne.»
Doucas^ tragédie en 5 actes, est la mise en scène de la prise de Constantinople par les Croisés. Nous
84 II' Partie. — Livre IL — Foèies.
voulons indiquer brièvement de quelle manière cet événement bien connu a été manié pour le drame.
L'Empereur Alexius Comnène donne une chasse dans les parties de la banlieue de Constantinople qui ne sont pas envahies par les Croisés. Grand est l'émoi des courtisans, car l'étiquette paraît avoir été violée à leur détriment* Mais le grand maître des costumes, Alezias Doucas survient et les rassure: Il a débattu la grande question avec l'empereur, et il leur annonce l'invitation attendue. Lui-même cependant, il ne se fait pas illusion sur la nullité du mdtre qu'il sert ainsi. Il y fonde même d'ambitieuses espérances, et s'en explique librement avec l'inpératrice Euphrosyne, femme hautaine et entreprenante. H lui montre le trône croulant, et elle même au pouvoir de ses ennemis, de l'ancien empereur Isaac qu'elle avait fait détrôner. Il n'y a qu'un esxx>ir de salut, c'est que le trône que Conmène ne sait pas défendre, tombe en des mains amies, et il s'offie pour en devenir le dépositaire. Il répudiera sa femme, épK>usera Eudoxie, la fille de l'Impératrice, et régnera pour celle-ci et sous son influence. Mais Eudoxie, qui aime Léon Sgouros, un officier des armées de rEmpereur, ne veut nullement se prêter à cette combinaison. Donnée toute jetme en mariage à Etienne, Roi des Triballes^ elle avait subi les derniers outrages, et soutient qu'elle ne veut pas recommencer l'expérience.
En attendant les Croisés envoient des députés à Comnène pour lui demander de rendre la couronne usurpée