‹ Histoire littéraire de la grèce modernChapitre 180 sur 256 · Chapitre VIL — Leê Byzantioê. 13I · texte numérisé non relu

Chapitre VIL — Leê Byzantioê. 13I

drame. B a Texpression douce, et porte en même temps l'empreinte du génie.

«Il verra le front d'un autre ceint par le laurier du poète, sans que le sien soit obscurci par les nuages de l'envie.

«Le pieux Nicias est assis plus loin d'un air attristé, car il croit la comédie un danger pour les mœurs.»

Après cette revue des spectateurs, le poète continue

son récit ainsi qu'il suit:

«Le peuple est impatient. Par des cris et par du bruit il appelle le commencement du spectacle.

«Le silence se rétablit Voici le rideau qui tombe. Bienheureux le chorège! Le drame a pour titre ^Les Nuéesii,

«Salut, 0 grand poète! Dès que tu es apparu sur la scène, un seul nom, ^Aristophane*^ volait de bouche en bouche.

«L'harmonie de tes vers flatte toutes les âmes, et chacune de tes rudes saillies éveille un rire inextinguible.

«Mais d'où vient cette joie qui s'empare des spectateurs? Quel est, Aristophane, ce nom que tu livres au peuple?

«Est-ce que, ennemi implacable de la mollesse, tu fustiges les mœurs dissolues; ou bien t'élèves -tu contre les écrivains sans valeur, qui corrompent le peuple?

«Tu railles peut-être la sottise d*impudents démagogues, qui recouvrent leur joug avilissant sous les fleurs de la flatterie?

«Regarde, ô poète, là-bas Clépn qui tremble en. s'attendant à recevoir un nouveau trait de toi, imprégné de poison.

«Mais non! Puissent à jamais les ténèbres de la

132 //. Partie. — Lityre II. — Poètov.

nuit recouvrir cette scène! Un grand poète insulte au premier des philosophes.

«Le peuple s'ennuyait; il lui fallait un amusemoit Une grande gloire, Socrate, lui fut jetée en pâture.»

£t quelques stances plus bas:

cBs ne demandent même pas à qui le drame s*attaque. Pourvu qu'elle se présente sous de beaux atours, l'injustice les charme.

«L'un des spectateurs surtout est plus amusé que les autres, et applaudit de cœur à toutes les beautés de la pièce.

«C'est un vieillard courbé. Ses yeux sont profonds, et sa figure semble illuminée des rayons qui en jaillissent

« Il est couvert d'un manteau blanc sans vains ornements, et fixe la scène d'un œil serein.

«C'est Socrate. Ses disciples l'entourent avec respect, et assistent avec une juste douleur à cette grande injustice. »

Quelques années après cette représentation,

«Une autre solennité réunissait de nouveau les Athéniens.»

C'était la condamnation à mort de Socrate, de celui qui

«Luttant avec la nature par la force de son génie, n'était pas encore un Dieu, mais n'était plus un homme.

«Proclamant des principes encore inconnus, peut-être entrevoyait-il déjà dans l'avenir un Dieu vainqueur de tous les Dieux.

«Peut-être le culte de Judée lui avait-il été révélé, et devinait-il Jésus tout en adorant Jupiter.

«Lorsque, jeune fille rougissante, l'aurore se montre tout d'abord, avant d'éclairer les parties basses de la

Page 1