‹ Histoire littéraire de la grèce modernChapitre 185 sur 256 · Chapitre VIL — BasUeiadès. I4I · texte numérisé non relu

Chapitre VIL — BasUeiadès. I4I

Si je pleurais sur les misères de la terre, on disait que j'aimais à me plaindre.

€pai promené partout mon esprit, je me suis élevé contre le destin, j'ai plaint les mortels. Mais qui a répondu à mes gémissements? Le créateur se taisait, la nature dormait

c L'audacieux, qui ose fixer Phébus, n'en est pas éclairé; sa vue est éteinte, et il reste à jamais aveugle.

c C'est ainsi que quiconque veut pénétrer les secrets de l'univers, et deviner ce qu'est Tâme et ce qu'est Dieu, sent son intelligence s'éteindre, ou est tenté de se donner la mort.

«C'est l'habitude et c'est l'oubli qui gouvernent la terre. Celui qui veut s'élever au-dessus de ce qu'il est donné aux hommes de connaître, f&t-il Platon lui-même, ne dit rien de sensé. B voit les étoiles, et ne voit pas le sable à ses pieds

«Dors, ô cœur aimant et généretLx; éteignez -vous, mes désirs ardents; restez inanimés, ô bras qui vous ouvriez pour étreindre l'univers, et cesse, ô mon intelligence, ton vol éthéré.

«Ai -je jamais existé, pour que mon existence cesse aujourd'hui? J'ai été un être stupide, et je le suis toujours. Que le feu allume mes veines ou qu'elles restent glacées, que trouvé-je d'enviable dans les dons que présente la vie?

«Je suis dans le courant qui entraîne tous les êtres. Je suis entraîné comme eux. Mon cœur qui vit est comme le lac qu'aucune brise n'agite. Nulle espérance ne l'éveiUe.

«J'ai compris où je suis et où je me dirige: Je suis le néant aboutissant au néant, j'habite un monde qui

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est pour moi une énigme inexplicable, et j y jouis et j'y agis en aveugle.

«Un changement s'opère en moi. Est-ce le révdl ou est-ce la mort? Je ne pleure point Le repos est la suprême jouissance des Dieux. Tout est tumulte sur la terre, et c^est au-dessus des étoiles que règne le silence et le calme.»

Nostalgie.

« O tombe ! le cœur gros d'espérance je me suis penché sur toi, et je n'ai entendu que le silence et le repos. Jai désiré y dormir dans le calme, comme un soldat blessé désire le lit de sa mère. Viens, mon âme, montons à la voûte céleste . . . Mais Tâme est enchaînée, et le corps est sa prison.

«J'ai vu le monde passer devant moi comme le torrent trouble de l'hiver qui coule aux pieds du pâtre. Il roulait les mensonges et les larmes, et Tespâance était son écume. Et rien de plus? J*y ai vainement plongé du regard; j'ai jeté dans les Ilots la sonde de mon esprit, et je n'y ai trouvé que mystère et silence.

«Hélas! combien nous sommes simples d^esprit et ignorants les uns des autres? Si les lèvres du prochain nous sourient, nous ne pouvons pas pénétrer ce qti'il renferme dans son cœur. Nous voyons les créatures et ne pouvons nous élever au créateur. Le rideau frappe nos yeux, mais l'intérieur de la scène nous échappe.

«C'est en vain que j'ai cherché à élever mon esprit aux régions où brille la lumière céleste, et que j'ai demandé à l'immensité de l'espace et à toutes les étoiles ce que je suis, le but de mon existence, pourqoi le monde existe, et pourqoi toutes les douleurs et les larmes,

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