Chapitre VIL — Saltéliê, I
céleste. De là tu vois la colombe lorsqu'elle plonge dans l'eau, tu entends les battements des ailes de Tinsecte qui se noie dans le calice d'une fleur.
€Que mon âme puisse aussi s'élever à toi, et mon humble prière^ monter jusqu'aux pieds de ton trône! Daigne permettre que le chœur des saints qui t'entourent inscrive mon nom sur la page d'or de tes tablettes indestructibles!»
CHAHTRE Vm.
TANTALIDÊS. — CARASSOUTSAS.— YLACHOS.
YIZYENOS.
TANTALIDÊS.
Une des existences les plus aimables et les plus poétiques vient de s'éteindre à Constantinople. Elie TANTALIDÊS, né daus cette ville, en fut un des poètes les plus charmants, digne successeur de Christopoulos, qui avait lui-même hérité de la lyre d'Anacréon. Tantalidés fut un philologue savant et un profond théologien. Ame tendre et pieuse, amant passionné de la nature, il fut sevré de bonne heure des jouissances qu'elle lui procurait, car, comme Homère et comme Milton, il
Rangabéf Littérature néo • hellénique* II. lO
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fut privé depuis sa jeunesse de la lumière du dd. H n'en fut cependant pas empêché de se consacrer au culte des Muses; et toutes les fois que ses accents s'échappaient de ses lèvres, empreints d'une douce résîgnati<»i, et même d'une gaité qui découlait d^un fond de bonté inépuisable, ils retentissaient au fond des cœurs et en arrachaient des larmes.
Malgré son infirmité, il occupa pendant toute sa vie avec un rare talent la chaire de littérature ancienne au collège théologique de llle de Chalké. n en était un des professeurs les plus brillants, et étonnait par sa grande érudition, qu^il devait toute à son application consciencieuse et à ime mémoire peu commune.
Isolé du monde extérieur, il rentrait en lui-même, et y trouvait une source vive et limpide de gracieuses pensées et de sentiments généreux. Comme auteur, il avait à sa disposition tous les trésors de la langue classique, auxquels il savait faire de judicieux emprunts, avoués par le goût le plus pur. Ses poèmes écrits dans la langue élevée, peuvent servir de modèles d'él^;ance et de pureté ; mais, pour ses plus attrayantes inspirations, il préférait le langage familier, qu'il maniait avec une rare adresse.
Ayant eu connaissance de la traduction en hexamètres du premier chant de l'Odyssée par son ami A. R. Rangabé, il en voulut faire autant pour VlUatUt et débuta dans la carrière poétique par la publication d'une traduction en ce même rhythme, aussi du premier chant,
ChapÙre VIII. — Tantalidéê, I47
qui fait regretter qu'A n'ait pas continué jusqu'au bout ce beau travail.
Son second ouvrage poétique fut un volume de piècea de circonstance^ qui sont un monument élevé à l'amitié, et consacré aux différents membres de la famille Carathéodori, à laquelle le poète avait consacré une sorte de culte d'affection et de reconnaissance. Ces poèmes offrent peu d'intérêt général, mais ils sont très-remarquables au point de vue du mérite littéraire. La pensée et la langue y sont également fortes, serrées, monumentales, et comrme taillées dans le marbre.
Mais ce sont surtout ses poésies légères qui font le plus grand honneur à sa muse. Elles brillent toujours par le sentiment, par l'esprit, et souvent par une bonne humeur qui fait voir quelle était la richesse de son cœur, et ce qu'il eût été si la cécité n'eût sitôt éteint sa belle existence. Un poème satirique, intitulé €les huttres^^ qui est resté inachevé et encore inédit, sauf quelques fragments, donne, pour ceux qui l'ont vu, la mesure de la verve inépuisable du poète, et eût rivalisé avec l'en- Uvement du dindon de Rizo, s'il avait été complété.
Nous donnons la traduction d'une de ses dernières chansons du genre sévère, parcequ'elle a pris im triste caractère de pièce de circonstance. A sa mort, arrivée dans l'été de l'année 1876, toute la jeunesse de Chalké, qui lui était attachée par la plus tendre affection, a suivi son convoi en chantant ces vers, qu'il avait composés peu avant sa fin:
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cChanson des morts.
tLe cœur contrit, nous nous réunissons pour reporter pieusement notre pensée vers les morts. Ceux qui nous étaient chers se sont assis avant nous dans le grand tabernacle, nous ayant précédés auprès du créateur.
t Leurs ossements odorants, qu^ils gisent dispersés sur la terre ou qu'ils soient ensevelis au fond des mers, sont sacrés et à jamais bénis. Nés de la poussière, ils y ont déposé leur enveloppe mortelle, et leurs ftmes jouissent dans les deux de la félicité suprême.
cA Técart de la ville, les morts tiennent sous l'œil de Dieu leur réunion mystérieuse. Une étoile éclaire leurs sépulcres comme ime lampe qui jamais ne s*éteint L'air y est imprégné d'encens.
cQuel est ce bruit confus qui retentit dans la nuit sombre? C'est Tessaim des âmes qui chante T Alléluia. La paix soit avec toi, l^on des vétérans de la viel Emplis-toi du souffle de Dieu dans les r^ons où le soupir est inconnu.
c Entre les vivants et les morts la limite est étroite. Nous sommes unis par l'affection et par la prière nocturne. Attendez-nous. L'un après l'autre nous vous rejoignons. Soyez heureux. Il n y a que les méchants qui redoutent la fin de la vie.»
Nous ajoutons à la suite une autre de ses compositions sérieuses, parcequ'elle est la seule larme qu'il ait, après son malheur, laissé tomber de ses paupières éteintes. Ce n^est pas une de ces pièces de sentimentalité fausse et malsaine, par laquelle une certaine école cherche ses effets et remplace souvent les quah'tés poétiques;