‹ Histoire littéraire de la grèce modernChapitre 19 sur 256 · Chapitre L — Let PhanaarioUê · texte numérisé non relu

Chapitre L — Let PhanaarioUê

venger des dédains du Prince, qu^en épousant le marchand de draps, qui était très -bel homme du reste, et^ ce qui mieux est, un homme de grand sens, ainsi qu'il l'a prouvé en employant Timmense fortune dont il était redevable à l'hyménée à donner à son fîls une éducation des plus distinguées.

Le jeune Alexandre, formé comme son prédécesseur aux universités d'Italie, acquit des connaissances profondes en littérature, dans les sciences exactes et en mé> decine. Car, teUe était la différence frappante entre les deux peuples que le sort de la conquête avait réunis: tandis que celui qui régnait, confiant en la puissance de son sabre, qui échappait déjà à sa main, croupissait dans la plus crasse ignorance, le peuple qui servait, avide de savoir, s'appropriait cette force qui échappe à l'observation des esprits grossiers, et qui finit par l'emporter sur toutes les autres. De retour à Constantinople, Mavrocordato fut élu professeur de littérature et de philosophie au collège patriarcal, et composa en grec ancien plusieurs ouvrages de philosophie^ cThistoire et de phir lologie, qui brillent par une profonde érudition et par la pureté classique du style. Au nombre de ses traités scientifiques est celui sur la circulation du sang ^ alors à peine connue, et sa Syntaxe du Grec est en littérature un progrés sur celle de Gazés. Ses lettres, qui furent publiées à Constantinople, donnent la mesure de son goût cultivé et de l'élégance de son esprit; et celles que son éditeur s'est vu dans la nécessité de supprimer,

Rangabéf Littérature néo • hellénique 4.

50 lÀvre U. — ROouT à la vie, 1700^1800.

et qui ne nous sont parvenues que dans des recueils manuscrits, contiennent la preuve de ses sentiments patriotiques et de son aversion contre les oppresseurs qu'il était forcé de servir. En sa qualité de grand Drogman, ou Interprète de la Porte, il prit une part très -active aux négociations de Carlovitz, et en fut récompensé par le titre de c Confident aux secrets de l'Empire» (ic àitof^ p7jrû}]f)y que tous les grands Interprètes ont conservé depuis cette époque.

Alexandre Mavrocordato fut remplacé au poste d'Interprète par son fils Nicolas, qui, non moins instruit et non moins distingué que son père, s'éleva plus haut que lui. H écrivit aussi beaucoup, mais ses ouvrages ne furent pas publiés, à l'exception d'un seul, intitulé thors <P œuvres (Tun ami deDieu* {(piloMoo rAptpya).

Une fois en possession du maniement des affaires étrangères, et si près de l'antre du lion, les Grecs ne s'arrêtèrent pas, et gagnèrent chaque jour du terrain. Le Hospodar, ou Prince tributaire de Valachie, étant tombé dans la disgrâce de son suzerain le Sultan, Mavrocordato réussit à recueillir la succession; et depuis Ce moment (171 6), les deux principautés de Valachie et de Moldavie devinrent Tapanage des Grecs, qui en jouirent jusqu'à l'insurrection de 182 1, et eurent l'habileté de se l'attacher. Ils firent insérer cette concession accidentelle dans les traités des grandes puissances, et ils réussirent à en faire une partie intégrante du droit européen. Dépositaires d'une autorité presque souveraine et indépen-

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