Chapitre VIIL — Vlacko
«A Monsieur E... S... (Berlin, 1861).
«Pourquoi, qnand ce brouilUurd oppresse ma poitrine, qu'une larme fintive à mon œil vient jaillir, mon front, qui tristement sous la brume s'incline, s'élève au souffle frais et doux d'un souvenir
de la patrie?
«Pourquoi, qtiand dans ce ciel je cherche en vain une île riante, un petit coin doré par le soleil, sont-ce mes souvenirs qui me prêtent asile dans une aurore d'or, dans un couchant vermeil
de la patrie?
«C'est que je suis un pauvre étranger qu'on coudoie, un inconnu perdu dans un monde indolent, qu'on regarde souvent, hélas! sans qu'on le voie, et qui voit partout, lui, le tableau consolant
de la patrie.
«Ohl c'est votre amitié qui pour moi fit éclore quelques fleurs du pays dans mon désert d'exil . . . Vous partez, mais j'aurai leur souvenir encore, pour en faire un bouquet avec nos ileun d'avril
dans ma patrie.»
VIZYÉNOS.
Un autre poète, qui tient son rang à côté des précédents, est G. M. ViZYÉNOS, de Thrace. D a écrit des poésies lyriques, les unes sérieuses, les autres gaies, spirituelles et fines productions, dignes de figurer à côté de celles de Christopoulos et de Tantalidès. Son long poème intitulé Coânu et divisé en stances, a des vers
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d'une grande beauté, aux rimes riches et qu'on dirait trouvées sans avoir été cherchées, à la langue pure, sonore et colorée. Comme Bjzantios et comme Vlachos il a le sentiment de Tantiquité, qu'il sait rendre par des accents dignes d'elle. L'intrigue de son poème, tissne d'éléments de l'histoire, est habile et intéressante.
Un jour les Athéniens en s'éveillant voient leur campagne couverte d'armées doriennes. Une grande inquiétude s'empare de la ville. L'oracle prédit la victoire à ceuji qui perdraient leur tète. Codnis explique l'oracle: «C'est son propre sacrifice que les Dieux demandent pour sauver Athènes. Mais son fils Médon pense que c'est à lui, plus jeune, et non au vieillard, à mourir pour sa patrie. Sous le prétexte qu'il est plus s^te à faire face au danger qui menace la ville, il veut que son père abdique et que les Athéniens le proclament lui-même Roi, afin qu'il ait le droit de se sacrifier. Codrus, voyant le peuple prêt à céder, se hâte de le prévenir. Médon avait sous sa garde la porte qui s'ouvrait sur la campagne envahie. Thébdnoé, sa fiancée, après bien des hésitations, naturelles à une jeune Athénienne, se décide à l'y aller trouver dans la nuit pour le détourner de son fatal projet Codrus profite de cette entrevue qu'il a épiée, et du trouble où die jette Médon, pour passer la porte, déguisé en pauvre paysan, qm prétend aller à la recherche de ses enfants. Arrivé an camp des Doriens, il les provoque et il est tué. Minerve annonce son action héroïque aux Athéniois, qui.
ChapUre VIIL — Vvsyénos. lÔJ
lorsqu'ils reviennent de leur consternation, envoient à l'ectnemi une députation pour demander son corps. A la nouvelle que l'oracle a eu son accomplissement en faveur des Ath^ens, les Doriens prennent la fuite, et le peuple d'Athènes, ne trouvant plus personne digne d'occuper le trône de Codrus, abroge la royalité, proclame Médon magistrat à vie, et lui donne Thebdnoé pour femme. >
Le poème commence par une invocation à la Muse en ces termes:
cMuse, fille du dd, quitte pour un instant l'Hélicon, et viens me dévoiler le siècle où vivaient des hommes semblables aux Dieux. Eclaire mon esprit de ton flambeau, et déchire le voile qui couvre le long passé. Sur les bords du Céphise prête-moi ton Pégase, et ceins ma tête d'un laurier du Parnasse.
«Touche de tes doigts immortels les cordes de ma lyre, et chante par ma voix l'hymne de l'amour de la patrie. Conte la mort héroïque du grand Athénien; redis à quel prix il acheta le salut de ses concitoyens, et comment il est mort, laissant à sa patrie la liberté en héritage.»
Toutes les parties du poème sont également recommandables. Nous faisons suivre le passage où Thelxinoé et sa nourrice se rendent pendant la nuit auprès de Médon:
«Enveloppées de voiles noires, elles marchent sur la pointe des pieds, comme des biches effarouchées, qui craignent d'être vues à la lumière. N'est-ce pas Hécate qui erre de nuit dans les carrefours? ou sont-ce plutôt
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des ombres de morts qui privés de sépulture, viemient à travers les ténèbres demander le dernier repos au parent oublieux?»
cil n'en est rien. L'une d'elles, appuyée sur le bras de l'autre» comme une liane s'attache au tronc d'arbre, a les yeux pleins de larmes, et son sang est glacé* Cependant la douleur ne ternit pas la fraîcheur de ses joues. C'est ainsi que le ver qui pénètre au cœur de la pomme en épargne la couleur.
«L'autre, qui porte le ^suxleau de plusieurs lustres, a accumulé dans son esprit une laige moisson de sagesse. C'est là qu'elle puise ses conseils, et elle dit à la jeune fille: «Considère, ô ma fille, la vie comme tme planche jetée sur un lac obscur, et ayant pour ancres l'espérance et la patience.
«Tantôt le calme y règne, tantôt l'onde est agitée, et puis survient la tempête, et puis ... le nautonier verse du vin dans sa coupe et boit en chantant. Poiux^uoi cette aversion pour la vie? Demain tout aura peut-être tourné au mieux.» C'est ainsi, que la prudente nourrice parlait à sa maîtresse chérie. La jeune fille incline la tête comme une fleur, et prononce des paroles sans suite.»