Chapitre VIIL — Vlachos, i6l
achevé de colonne, près du temple de Vénus des Jardins. Les yeux fixés sur Minerve Promachos de T Acropole, il se dit à lui-même:
«Avant que Cimon ne f&t exilé, j'espérais communiquer mon idée à son esprit généreux, et voir le peuple assemblé devant tme autre Minerve que celle en bronze que j'aperçois d'ici, compléter par de nouvelles décorations la splendeur de l'Agora et de l'Académie, et éterniser sur l'Acropole par l'ivoire et l'or le nom de Phidioê.
«Les Athéniens sont ingrats. Ils haïssent les héros de leur vivant et ne les aiment que morts. Ils ne permettent qu'au lierre de couronner leur tombe.
«C'est un grand peuple, mais . . . c'est un peuple. Il se fait un jeu de condamner à l'exil ou à la mort ses grands hommes, dont la main puissante le gouvernait. Vivants il les proscrit, morts il les regrette.
«n est comme l'enfant qui brise ses jouets, et qui crie lorsqu'il voit les morceaux informes auxquels il les a réduits dans sa colère.
«Ohl si du milieu de cette foule il s'élevait de nouveau une intelligence; si une main puissante s'emparait avec adresse des rênes de cette populace indomptée;
«Si tm souffle d'autorité réglait le cours du flot populaire, et rappelait à la vie les ateliers de Phidias et d*Agoracritel . • . Mais où est-eUe, cette intelligence?»
Un jeune homme s'arrête devant lui.
«Salut, Phidias. — Salut, Péridès. Tels furent leurs premiers mots.
«Te plais-tu donc à la fraîcheur de la nuit, ou bien admires-tu les effets de la lune sur la tunique de bronze de ta Promachos?» demanda le jeune homme.
R a n g a b é » Littérature néo - hellénique. II. II
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cHier, quand j^anivais d'Ëgine, ta déesse fht la piemière à frapper ma vue. Elle est superbe; mais Pendes rêve une autre forme pour elle.
c Souvent dans mon sommeil je la vois resplendissante d'or. Je voudrais âever à la reine de notre ville un palais radieux, dont je garderais les de&
«Je veux y réunir la magnifique procession des Panathénées, et dans la belle statue de la Déesse voir ma propre image et cdle du grand peuple de notre ville.
c C'est là, Phidias, que tu graveras ton nom, confié aux sièdes à venir. Ton dicf-d'œuvre d'or sera érigé comme un symbole sublime de l'union de l'homme i à la divinité.»
cSon œil rayonnait lorsqu'il parlait ainsi, tandis qu'une larme de joie s'échappait lentement des yeux de Phidias, et donnait à son mâle visage une expression juvénile.
c — C'est là aussi, dit-il, ce qui occupe ma pensée; c'est ce que mon burin attend. Ton âme est mon ftme; je désire ce que tu désires. Un même flambeau nous édaire.»
c Chacune des idées du jeune homme se reflétait dans l'esprit du vieillard. Ss tournèrent leurs pas veis la ville, en agrafant leurs manteaux pour se préserver de la fraîcheur des nuits d'été.»
Cinq Olympiades plus tard on érigeait la statue chryséléphantine dans le Parthénon. Les fStes et les processions qui accompagnèrent cette solennité sont décrites avec beaucoup d'art. La plume du poète soit avec exactitude et finesse le burin qui a tracé la fiîse du temple. Péridès est au point culminant de sa force et de son bonheur.
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Cinq aimées se passèrent encore, et l'envie et h haine avaient réuni un parti puissant contre lui.
cil est seul et ils sont nombreux; mais le colosse se tient debout Mille mains ennemies sapent sa base sans Tébranler. Us passent en se courbant, sans oser élever le r^;ard jusqu'à lui.»
Pour nuire à Périclès, ses ennemis font accuser Phidias par Ménon, un de ses ouvriers, d'avoir dérobé l'or destiné à la statue de la déesse, et d^avoir représenté sa propre effigie et celle de son protecteur sur le boaclier de la statue.
Dans la dernière partie du poème on trouve le grand artiste couché sur un grabat, au fond de la prison. H rêve aux temps heureux lorsque le peuple accueillait à Olympie avec des élans d'enthousiasme sa statue de Jupiter, et exigeait de lui qu'il inscrivit son nom au bas de ce chef-d'œuvre.
Périclès survient, et Phidias en délire le prend pour le traître Ménon. L'homme d'État comprend que le trait qui atteint son ami est lancé contre lui-même, et se dit qu'il a encore assez de puissance pour sauver le célèbre sculpteur. Lorsqu'il revient le lendemain, il le trouve mort. Le cœur brisé, il prédit à Athènes de tristes destinées, qui s'accomplissent bientôt, lorsque lui-même est enlevé par l'épidémie et que l'étoile de Cléon vient à se lever.
Le dénouement paraîtra peut-être un peu précipité 'et pas assez dramatique; mais les beautés du poème sont d'un ordre élevé, et l'ont fait juger digne de
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deux traductions en vers, l'une en italien, l'autre en allemand.
Nous fidsons suivre un petit échantillon des poésies lyriques de Vlachos.
cLa nouvelle vie.
cUne petite fleur des champs se chauffait tranquillement au soleil, loin du tumulte et loin des hommes.
cLa rosée du dà la baignait la nuit au clair des étoiles; à Taurore die étalait ses pétales, pleines de vie et de brillantes couleurs.
tinconnue, peu vue, peu enviée, elle ignore le monde et l'existence des hommes, dont les soupirs ne viennent pas la troubler. Elle est heureuse, et sa vie est cdle d'une fleiu-.
cMais hélasl Un passant survient; son oâl est attiré par la belle fleur des champs; il en admire les couleurs gaies et les feuilles humides.
cLe cruel la cueillit Pour toute plainte la petite fleur versa une larme, et, vivante encore, die fut jetée et ensevelie dans sa poche.
cQuand sa main l'arrachait, il avait sur les lèvres de douces paroles d'amour, et le soir il disait à son amie: Aime-la, je l'ai cueillie pour toi.
cLa jeune fille cacha la fleur dans son sein à peine encore palpitant, et les pétales mortes étant échauffées, revinrent à la vie et s'épanouirent.»
Mais nous voulons plutôt laisser Vlachos parler luimême, n a essayé aussi de faire des vers français, et l'exemple que nous en doimons montrera qu'il le faisait* avec succès.