‹ Histoire littéraire de la grèce modernChapitre 201 sur 256 · chapitre X. — Poésie épique · texte numérisé non relu

chapitre X. — Poésie épique

des temps modernes, fait défaut à l'épopée, qui doit se soutenir par des qualités intimes et d'un ordre plus élevé. Son essence est le sublime, qu'on peut parodier ou contrefaire, quon ne peut pas imiter; et de même qu'il ne suffit pas de rimer un roman pour en faire un poème comme Child Harold ou le Giaour, on ne fait pas une ^opée en alignant en vers l'histoire ou la chronique. On ne fait alors ni de la poésie ni de lliistoire* Cette critique s'applique moins à un autre rhapsode, Stavridès de Thrace, qui a écrit deux poèmes, moins longs, ayant pour héros, Tun Skenderbey, l'autre VArma" toU^ en alexandrins blancs. Sa versification est belle, sa langue puissante et poétique, et ses épisodes, pleins d'intérêt, sont amenés avec art. Mais des deux poèmes c'est le second qui l'emporte sur le premier, surtout par le mérite de l'invention. L'épopée de Skenderbey raconte une victoire du héros épirote contre l'un des lieutenants du Sultan. Or la vie de Skenderbey est une suite continuelle de grands exploits, et la poésie qui se borne à n en raconter qu'un seul le rabaisse au lieu de le relever. L'histoire, en quelques lignes, nous le représente comme le grand homme de guerre, le libérateur de son pays; en 4000 vers le poète nous le montre remportant un succès banal. H est brave, le poète l'appelle toujours € Skenderbey le vaillant»; mais tous les Chrétiens et plusieurs des combattans Ottomans ne le sont pas moins. Des deux côtés la mort est donnée et reçue. Il n'y a pas de raison suffisante pour que la

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balance des combats penche iirésistiblement dW c6té plutôt que de l'autre; aucun acte particulier ne tranche sur l'action générale, aucun trait distinctif ne relève assez un personnage au milieu des autres, ou n'y attache un intérêt exceptionnel. Le poète n a pas même eu soin de mettre la justice de la cause ou des moyens du o6té de son héros; car si les Turcs pillent le pays et se montrent cruels envers les hommes, impies envers les établissements sacrés, le Sultan dit de son côté, sans être contredit:

cjTapprends que Skenderbey s*est jeté avec rage sur mes provinces, qu'il a livré au pillage le pays jusqu'à Perlipi, qu'il a enlevé et traîné en captivité des hommes, des femmes et des enfants, et que sa fureur ne s'assouvit point 1

Cependant pour donner à ses récits cette teinte du surnaturel, dont Homère savait tirer un parti si sublime, mais que le scepticisme moderne a atteint jusque dans la poésie, Stavridès y fait intervenir la divinité; seulement il la revêt de mesquines passions humaines, qui lui enlèvent toute sa grandeur. Dieu est courroucé contre le Satrape Ottoman, non parcequ'il asservit les chrétiens, ou parcequ'il promène le meurtre et le carnage sur les innocents, mais parceque, transgressant l'étiquette céleste, il a ofifensé la dignité divine: Il a dans son serment invoqué le nom de Mahomet avant celui de Diea!

Du reste la présence de Dieu dans le poème ne sert pas beaucoup à développer l'action. Elle Tembarasse

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