‹ Histoire littéraire de la grèce modernChapitre 203 sur 256 · Chapitre X, — Stavridés · texte numérisé non relu

Chapitre X, — Stavridés

sode, qui servira mieux à donner la mesure des mérites et des défauts de cette épopée,

cUn jeune arbisseau couvert de fleurs croit aux bords du ruisseau murmurant, et se nourrit de son humidité. Mais, tandis que le zéphyr, impr^é d^arômes se joue dans ses feuilles, soudain la dent aiguë ^mh sanglier furieux le renverse brisé dans la poussière, tout chargé de ses guirlandes blanches, et avant qu'il n'ait porté des fruits. C'est ainsi, ô Doimazin, que toi aussi tu as terrassé Elmaze, vêtu encore de ses habits de noce.

c Rentrant de la guerre tout couvert de gloire, il salua avec joie le foyer de ses pères, et célébra ses noces avec Ghioulé, la plus jeune fille d'Abdulah. Le malheureux! A peine eut-il le temps d^admiïer ses grâces, n ne resta que cinq jours à Cazane, faisant la joie de ses tristes parents, de ses amis et de ses voisins. Le premier fut celui de son retour de Perse; le second, il demanda la main de la fille d'Abdulah; le troisième, plein de joie il reçut et il rendit l'anneau des fiançailles ; le quatrième il envoya de riches présents, et le cinquième il célébrait bruyamment ses noces.

«De gais convives emplissaient la maison; les uns chantaient des hymnes à l'hyménée, d'autres frappaient des pieds le sol en mouvements cadencés, au son des flûtes et au bruit des tambours, tandis que les vieux parents, coiurbés sous le poids des années, vont, pleins d'activité, de l'un à l'autre, et servent les invités. Heureuse la jeune fiancée se tenait dans la chambre nuptiale, entourée de ses compagnes élevées à l'ombre du gynécée, des filles de noce qui admiraient la richesse de sa tunique brochée. Un voile pourpre lui couvrait la figure, et elle croisait sur sa ceinture d'argent ses

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mains blanches comme la neige, dont le bout des doigts était peint.

«Soudain un prêtre à la barbe longue, au regard sinistre, entra dans la maison et dît au fiancé: cElmas, prends tes armes, selle ton cheval, et cours à Byzaoce trouver Balaban, qui est envoyé à Croïa à la tète d'une grande armée pour abaisser Tarrogance de Skenderbey le vaillant. C'est notre bienheureux Sultan qui ordonne. Malheur à quiconque désobéit 1» Il dit, et déploya un large parchemin scellé, où était écrit Tordre du Sultan. D^un pas rapide il quitta ensuite la maison.

«Elmas écouta, et se mit en devoir de seller son cheval. En même temps des lamentations cruelles retentirent dans la maison. La vieille mère s^écria avec des sanglots: cOù vas-tu, mon fils, avant que ne t'ait vu ta fiancée, qui doit aujourd'hui la première fois quitter pour toi les bras de sa mère? Hélas! Jour de malheTU-! hymen conclu sous le coup de la colère divine! Où vastu, mon fils, quittant ta fiancée?

«Le jeune homme n'adressa pas un mot à sa mère. Il découvrit sa tête blonde, leva les yeux au dd, et pria du plus profond de son cœur; «Fais, ô puissant Allah, que le Giaour invincible frappe la terre entière et en fasse son héritage!» H dit, s'arma à la hâte, et de peur que l'action ne fût trop lente pour suivre Tordre reçu, il s^élança sur son cheval et partit comme Téclair.

«n partit pour ne plus retourner, il parrit pour tomber sous les murs de Croïa, moissonné comme la fleur des champs. Il était encore vêtu de sa tunique dorée, .et il tenait à la main le drapeau de la demi-lune, bordé de pourpre, >

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