Chapitre XII. — Poètes hellénistes: Levkias, 20I
la Grèce ancienne ou ont délivré la Grèce moderne, et Crète et Samos et la bataille de Navarin. Il croyait avoir fini, lorsqu'il se ra{)pela qu'Othon était prince de Bavière. H crut ne pouvoir moins faire que d'y ajouter encore Munich avec ses monuments, Nymphenbourg avec ses jardins, et tous les héros de la race des Wittelsbach, et tous leurs exploits, et le siège de Vienne par les Turcs, et Max-Joseph concluant une alliance avec Napoléon et battant les Autrichiens, et le Roi Louis bénissant son fils qui partait pour la Grèce. Il trouva encore de la place pour clore toute cette série de représentations par Mars et Minerve qui, armés de leurs lances, se regardent en souriant. U est difficile de comprendre que, malgré toute son habileté divine, le forgeron des cieux ait réussi à faire tenir tous ces ornements sur la bande de la couronne; mais ce qui est certain, c*est que la description est faite en vers coulants et pleins de grâce. Pour en interrompre la monotonie, le poète y intercale des épisodes et des dialogues entre Mercure et Vulcain à Lemnos, et entre les Dieux sur roiympe.
C'est ainsi par exemple que, tandis que Vulcain se repose pour un instant de son travail difficile, les Dieux du haut de rOl)rmpe regardent la terre de l'Attique, et se communiquent leurs observations, cje vois, ô ma fille, dit Jupiter à Minerve, plusieurs des habitants de la belle Cécropie qui ont le désir de relever ton temple magnifique, que le temps, les Vénètes, et la race bar-
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bare des Turcs, soufflant le feu par cent bouches de bronze, ont dépouillé de son antique splendeur et réduit en un tas de ruines.» L'illustre Tritogénée lui répondit: cje me réjouis, ô mon père, de voir que dans la glorieuse cité d'Athènes on relève mon temple divin, celui que j'ai aimé au-dessus de tous les autres. Je voudrais bien voir de même ma statue chryséléphantine rétablîe dans mon sanctuaire; mais la -terre des Danaens ne possède plus de Phidias et de Praxitèle, capables de la produire.» — < Courage I ma tille; demain ce sera mieux,» lui dit Tomniscient Jupiter. cSi les fils de l'Achaïe trouvent aujourd'hui leur plaisir dans les combats, ils succéderont bientôt à la renommée de leurs ancêtres dans les arts et dans la science. Renonçant même à la langue qu'ils parlent aujourd'hui en commun, ils imiteront, autant qu'il leur sera possible, celle que parlaient leurs pères dans les jours de leur grande gloire.»
On voit par ce passage quelle est la théorie de levkias au sujet de la langue. Il ne fait lui-même qu'an. ticiper sur cet avenir qu'il s'imagme, et qui serait en effet fort beau s'il n'était impossible, si tous les auteurs Grecs étaient capables d'écrire comme lui sait le faire, et si dans ce cas ils trouvaient des lecteurs.
La courorme, une fois terminée, est présentée ani Dieux qui Tadmirent.
Cependant, dès la pointe du jour commence à Athènes la fête du couronnement. Dans les salles du palais, le président de la R^ence. se dessaisissant des rênes du