Chapitre XI L — Pohte$ heUénistes: Levkicts
gouvernement, les avait remises au Roi, qui, entouré des Ministres, de l'armée, d'un peuple avide de le voir, se rend au temple. D'invisibles messagers de Jupiter viennent d'y déposer sur l'autel la couronne divine. «Les vénérables archevêques à la longue chevelure la bénissent, et le Roi la prenant, la pose avec plaisir sur sa noble tête. Il prend dans sa droite le sceptre de commandement, et remonte sur le trône, rayonnant de gloire.» Toute la ville retentit de cris d'enthousiasme, et le bruit des cloches et des canons s tmit à celui du tonnerre, dont Jupiter s'est plu à accompagner du haut de l'empyrée les manifestations de la joie des hommes.
Après la réception des sommités civiles et militaires et des représentants des nations étrangères, on s'assied au palais à un banquet somptueux. Jupiter croit bon d'en faire autant, et convoque tous les Dieux à une fête sur le sommet de THymette. De cette hauteur la société divine entend les toasts qui sont échangés dans les salles royales. L'usage plaît à Jupiter; il lui paraît digne d'être imité, et le père des Dieux boit le premier à la prospérité du jeune souverain. Il ajoute ensuite avec un doux sourire et d'un ton enjoué:
«Le vin absorbé à longs traits par les hommes, de même que le doux nectar bu par les Dieux, procure du plaisir, fait jaser, et dévoile les pensées secrètes qu^on a long -temps cachées dans son sein, et qu'on n'aurait pas autrement trahies; car il y a des paroles que les Dieux et les hommes font mieux de garder pour euxmêmes. Or, écoutez vous tous. Dieux étemels que je
204 //. Partie. — Livre IL — Poèieê.
vous dise sans m^en cacher ce que je veux faire dans Tavenir ; c'est le doux nectar qui me donne envie de parler. De même qu'un petit enfant ne saurait vivre long-temps sain et sauf au milieu de géants enfantés par la terre, il me semble de même impossible à un état infime de se conserver indépendant au milieu de ceux qui possèdent des domaines immenses, des populations innombrables et une puissance sans bornes; car les hommes sont envieux; on ne peut pas toujours se reposer sur leurs serments, ni se croire à Tabri sur la foi des traités. A la sainte amitié succèdent tôt ou tard la haine, la discorde, la guerre avec tous ses maux, vomissant le meurtre et les calamités sur la terre. Aussi ai-je dessein d'élargir la Grèce, cet enfant né d'hier. Je lui souhaite de grandir avec Othon, son premier Roi, qui m'est cher, et de devenir robuste comme le platane aux larges feuilles ou le cyprès élevé, qui trempe ses racines dans le ruisseau.»
«C'est ainsi que parla Jupiter, et il se leva de son siège en agitant son égide. £n brandissant dans sa droite sa foudre terrible, il dit encore aux Dieux bien-heureux: «Il arrivera un temps, et bien que je ne puisse en prédire l'époque, il arrivera au vol rapide, où j'étendrai si bien les limites de la Grèce, que tous les pays où l'on parlait jadis sa langue, viendront s'unir à elle. Je déplacerai alors son siège, et le transporterai dans une vaste cité, dont la divine Pythie avait dit autrefois de sa voix inspirée: «Heureux ceux qui habilent cette heureuse ville, l'humide côte de Thrace, l'embouchure des mers, où le poisson et le cerf vivent sur la même plaine !> L'illustre ville d'Athènes restera à tout jamais le siège de la haute science, et l'autre recevra la trône rayonnant d'Othon ou de ses successeurs, qui jouiront après