Chapitre XIIL — Poètes lomene: Salomos
conquérants et le peuple conquis, et où les Grecs, conservant même sous le joug leur supériorité sur leurs oppresseurs, ont souvent imposé à ceux-ci leurs mœurs, leurs usages et jusqu'à leur langue. Dans ces îles ce sont au contraire les Grecs qui ont subi l'influence de la civilisation supérieure des Vénitiens, et leur dialecte s'en est grandement ressenti. L'italien fut adopté comme langue officielle dans les bureaux et dans les cours de justice; il fut parlé par la haute société, et.il déteignit stu- le dialecte de la population des villes, qu'il entacha aussi d'une foule de mots étrangers.
Beaucoup d'hommes courageux ont essayé d'opposer au torrent l'autorité de leur talent; mais les ouvrages si distingués des Bulgaris et des Théolokis ont honoré leur patrie sans lui désapprendre sa langue abâtardie. Quelques tms des Lords Hauts Commissaires, qui y représentaient la protection anglaise, ont compris combien il était noble en même temps qu'utile de relever l'hel' lénisme dans les terres classiques d'Ulysse et des Phéaciens, et d'y préparer, à l'ombre du drapeau britannique, cette partie du peuple grec pour le rôle important qu'ils comprenaient que la providence lui réserve. L. Guilford, dont la mémoire est restée à jamais bénie dans les îles, y a été le régénérateur de la langue et de l'instruction hellénique. L'université qu'il y fonda fut, depuis que celle d'Athènes rendit sa conservation moins urgente, remplacée par un système plus humble mais plus large d'instruction secondaire. Pendant le temps qu'elle a
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fleuri par le zèle et les sacrifices du grand philhellèQe, elle a rendu les services les plus signalés à la Grèce entière non moins qu'à l'État ionien. Un grand nombre des fonctionnaires les plus éminents du nouveau royaume y ont puisé des connaissances solides.
Après lui, L. Seyton y a opéré une révolution salutaire, n a banni l'italien des tribunaux et des bureaux du gouvernement, et y a rétabli la langue hellénique. Aussi des auteurs d*im grand mérite pour le fond de leurs pensées y écrivent -ils aujourd'hui le grec avec la plus grande pureté et la plus rare élégance.
Salomos n'est pas de cette école. Il est fort à regretter que, soit système, soit impuissance, il ait persisté à écrire dans un langage qui n'est pas celui de la majorité de sa nation, une espèce de patois corrompu, propre à peine à un coin de la Grèce, et qui, souillé de tournures et de façons de dire italiennes, est souvent inintelligible hors des îles, et est repoussé même par la plupart des septinsulaires qui savent écrire la langue commune et nationale. L'exemple de Pindare ou de Théocrite ne peut lui servir d'excuse : ces grands poètes employaient des dialectes cultivés, qui avaient un caractère propre et original, et qui étaient familiers aux deux plus grandes divisions du peuple grec.
La prosodie même de Salomos est calquée sur la versification italienne. Ainsi il fait avec toute l'école à laquelle il appartient un usage immodéré de la syniz^^f- On sait que Ion entend par ce mot la contraction de