‹ Histoire littéraire de la grèce modernChapitre 223 sur 256 · Chapitre XIII, — Poètes lotUens: Salomos · texte numérisé non relu

Chapitre XIII, — Poètes lotUens: Salomos

deux syllabes, où il y a contact de deux voyelles, en une. La poésie ancienne, issue à son début de la langue populaire, et suivant peut-être aussi en partie la prononciation conservée dans les temps postérieurs, ne repoussait pas la synizèse. H n'en est pas de même du langage élevé dans le grec actuel. Il n'admet point cette modification de la prononciation. Pas plus que le grec ancien, il ne répugne pas à Thiatus autant que le fait la versification firançaise ; néanmoins les bons poètes s'étudient à en éviter le fréquent retour. Mais lorsque deux voyelles, les mêmes, ou donnant le même son (ae, e; f, îf, y, e«, 01 \ o, lo) se rencontrent l'une à la fin, l'autre au commencement d'un mot, la première peut être éliminée, pourvu qu'elle#ne soit pas accentuée. Il y a aussi quelques rares exceptions de certains petits mots, qui perdent leur dernière voyelle, bien qu'elle ne soit pas identique avec le mot qui suit Dans un même mot il n'y a pas de synizèse de voyelles.

n n'en est pas de même dans le langage populaire: n admet la contraction, dans un même mot, mais ne doit pas rappliquer aux mots qu'il emprunte à la langue cultivée. Quant aux voyelles qui appartiennent à deux mots différents, plus l'idiome est vulgaire, et plus il use librement de l'élimination et de la synizèse ou fusion.

Mais les versificateurs ioniens, à l'exemple des Italiens, ne connaissent pas de borne à Tune et à l'autre de CCS altérations. Quel que soit le nombre des voyelles qui se suivent, elles ne font, ou peuvent ne faire, qu'une

2l6 //. Partie. — Litfre IL — FoèUs.

syllabe, ce qui renforce encore le caractère étranger de la versification.

Un autre défaut des vers des poètes ioniens est celui de leur rime, qui, lorsque laccent porte sur la dernière syllabe, est pauvre et défectueuse, ne faisant accorder, d'après les règles de la versification italienne, que la dernière voyelle avec les lettres qui la suivent, au lieu de la syllabe entière. Cette imperfection, repoussée par les bons auteurs comme contraire à la richesse d'euphonie de la langue grecque, a été imitée avec un empressement bien concevable par les versificateiurs médiocres, pour qui la rime est une entrave incommode, au lieu d'être une parure que le poète habile doit porter avec aisance, pour en rehausser Téclat de sa pensée.

Ce qui est plus regrettable encore, c'est que le grand talent de Salomos ait sanctionné jusqu'à ses défauts auprès de ceux de ses concitoyens qui trouvaient plus difficile d'imiter ses beautés, et croyaient s'élever à sa hauteur s'ils copiaient servilement son style, en mettant à l'abri de son exemple leur ignorance des premières r^es de la langue et de la prosodie. Le chantre Zantiote eût brillé comme le plus beau joyau de la couronne poétique de la Grèce ; mais Topinion des meilleurs juges lui en a voulu de ce que, au lieu de réunir ses efforts à ceux des littérateurs qui travaillent à cultiver et à perfectionner la grammaire et la versification nationales, il ait montré une grande insouciance pour l'une et pour l'autre.

Page 1