Chapitre XIV, — Poètes vulgaristea: Valaoritis
lentement sur son yatagan, et il s'étendit, insouciant, SUT sa peau de lion.» ....
Voici le passage qui décrit la mort de Phrosyne et
de ses compagnes, en strophes rimées:
«Assis sur ce rocher, Ali plein d'inquiétude suivait de Tœil la bière noire qui passait seule sur les eaux. On dirait que Técume du lac l'avait entourée pour la porter lentement à quelque église lointaine. Il voit le navire s'arrêter — Il se lève, il attend, il respire à peine.
«Il prête l'oreille, attentif au moindre bruit . . . Mais les eaux dorment encore; rien n'y retentit Voilà un bruit sourd ... Il s'élance avec im sourire. Un second . . . un troisième ... un quatrième ... Il est transporté de joie. Pourquoi, timonier cruel, te presses-tu? Ne vois-tu pjas le Vézir qui n'arrive pas à compter? Deux ou trois restent encore ; la nacelle est allégée et elle vogue comme une feuille sur l'eau.
«On a entendu seize coups... N'est-ce pas encore fini? se disait le Pacha en lui-même. Il comptait, et il lui manquait encore un cadavre . . . Deux hommes se penchent, s'en emparent, le traînent, lui attachent au cou une corde et une pierre. L'un tient ses pieds nus et raidis, Tautre passe les doigts dans les nœuds de ses cheveux. Ils le balancent, comme s'ils endormaient un enfant. Ils jettent un cri, un second, et au troisième ils le lancent. Un grand bruit se fit entendre sur les flots, qui se soulevèrent en écumant.
«L'eau forme des couronnes, qui s'élargissent et vont mourir aux pieds d 'Ali. On dirait que la vague reçoit la morte dans ses bras comme une fiancée, et fête ses noces en la couvrant de couronnes liquides. Tahir se penche pour regarder ... Il voit l'écume, il entend le bruit sourd surgir des flots comme une malédiction mystérieuse que le
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monde infernal lui envoie de son sein glacial. H est saisi de terreur, il est anéanti. Fuis, scélérat! Ton ombre souille la tombe où dorment les dix sept avec Phrosyne! Ils ont levé Tancre. Leurs rames s'entourent d'écume. Ils partent . . . Que la malédiction soit avec eux I t£t toi, Ali, qui as assouvi ta colère et ta rage, quand Theure terrible aura sonné, enfermé dans ton île, tu n'oublieras pas la nuit que tu viens de passer. Quand tu approcheras tes lèvres de l'eau pour les rafraîchir, c'est de la flamme, c'est de lamertume que tu boiras; car les larmes sont amères, et laissent un arrière -goût de poison. Oui, elles sont amères, ne l'oublie pas. Tu les verras se soulever et venir dans la nuit battre ton rocher. Elles se goufleront en vagues écumeuses, mugissantes, pleines de sanglots, impitoyables et avides. Elles se dresseront autour de toi comme des montagnes; elles te barreront le passage ; tu ne pourras pas fuir. Tu appelleras au secours; nul ne t'écoutera. Le lac t^aura dévoré. »
Toutes les autres poésies de Valaoritis, soit narratives {€Aêtrapoghiannie3^ €Diaco83, tVajas» etc.), soit lyriques, contenues dans deux beaux volumes avec Phrosyne, sont également admirables par la témérité de la pensée et par le charme et la puissance du style.
MAVROJANNL
Un autre Ionien qui, au lieu du dialecte de son île, a employé la langue vulgaire mais commune à toute la Grèce, est G. Mavrojannis de Céphalonie. Tout à la fois homme de lettres et artiste, il fut un des rédacteurs du journal politique FEunomie^ et il est aujourd'hui à la