Chapitre XIV, — Poètes vtdgarùtes: Valaoritis
(Ce passage est en strophes rimées.)
cToî, qui que tu sois, tu n'as pas le courage de me regarder en face. Ferme tes yeux bleus, cache-les. Que les nuages soient tes paupières. Montre- moi à tes côtés r éclair et la foudre; parle avec la voix du tonnerre, des orages et du tremblement de terre. Tu vois, je ne te crains pas ; je ne courbe pas la tête. J'ai élevé la voix vers toi, je t'ai lancé le blasphème. Si tu es mon Dieu, montre-toi donc une nuit à moi.
«Je ne dois ma puissance ni au sort ni à personne. Je suis ma propre créature. Je ne suis pas comme toi, qui t'es trouvé seul dans la nature et sans un ennemi. Un faible enfant pouvait aisément vaincre le chaos et la matière inerte, qui dormait inanimée et errait au hasard. Si tu es véritablement fort, détruis cette nature, ou bien elle te détruira.
«Descends ici -bas; c'est ici que je t'attends. Prends, si tu veux, pour ton allié la création chérie de tes mains, la mort, ton enfant en qui. tu te complais, et viens à Janina faire preuve de ta bravoure. Pourquoi me faistu la guerre, caché dans ton éther, et m'enlèves-tu chaque jour la vie goutte à goutte? Tu dévores l'humanité, et, plein de rage, tu en nourris une lâche immortalité.
a Si tu es tout -puissant, que n'as -tu détruit dans le sein de ma mère le germe dont je suis né? Pourquoi n'as tu pas encore éteint l'étincelle qui devait incendier ton monde? Pourquoi, avant qu'elle n'eût éclaté en flamme, ne l'as-tu anéantie de ce même souffle dont tu as animé la matière? Dois- tu t'en prendre à moi si je te consume maintenant ?
€ Plusieurs ne croient pas à toi et nient ton existence, pour ne pas avoir un obstacle en toi; car ils te crai-
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gnent, les lâches. Moi, Ali, j'ai voulu croire que tu es» pour pouvoir te combattre. Tu sais combien de tes criatures je t'ai enlevées. Je n'ai qu'à baisser ma paupière, et des milliers se jettent à terre devant moi, et t'oublient pour n'adorer que mon glaive. Prends-moi ma vieillesse, donne-moi ta vie. et puis viens te mesurer avec moi.
«Tu attends que je sois couché dans la tombe pour m'y infliger alors tes punitions? Là non plus je ne te crains point. Tu ne peux pas bouleverser l'ordre de la nature à l'intention d 'Ali. Dans mon dernier lit je prendrai la terre pour concubine; et un secret espoir me dit qu'il sortira de mon corps de la bile qui empoisonnera ton monde. Je deviendrai immortel, et tu m'auras toujours devant toi, une ombre à ta lumière.
cEt lorsque tes rayons enverront de là -haut la vie et l'amour sur les plantes, je descendrai avec eux, et je serai un ennemi étemel et caché, la corruption et la pourriture et la mort prématurée. Je flétrirai la rose avant qu'elle ne s'épanouisse; je dévorerai la beauté et la force pour me rassasier. Tu vois si tu m'effraies* Vivant ou mort, je serai toujours puissant.
« Ce soir, j'y suis décidé, ce soir je te montrerai que je puis étouffer tout sentiment humain. Je suis père» et comme toi j'ai créé mes enfants. Mais je le veux, et je dévorerai mes entrailles. Si tu m'as donné Tamour comme une torture, attends, et tu verras. Je n'aurai pas recours à toi; je ne veux pas d'aumône. J^enlèverai Phrosyne. >
(Vers blancs.)
«L'athée, vert comme la vipère, leva la tête, et avec un blasphème qui lui resta dans la gorge, il cracha à la face du ciel et des étoiles ; il appuya ensuite la main