Chapitre XIV. — Pohtes vuîgariëtes: Mavrojanni. 25 I
fiait leurs voiles blanches et les mâts accompagnaient son chant de leurs doux grincements, et le navire roulait en voguant, jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés à Cérigo, Tîle stérile, qu'ils eussent passé Syra, atteint Psômathia, et jeté l'ancre à Constantinople, la grande ville, où des milliers de femmes turques aux doigts teints se tiennent cachées derrière leurs grilles, comme de jeunes perdrix dans des cages dorées.
«Un jour s'éteint et l'autre lui succède; un mois passe et l'autre commence, et avant qu'ils n'eussent déchargé leur cargaison dans la mer d'Azoff, le mois de novembre est arrivé avec 1 hiver, et la mer Noire commence à mugir. A leur retour, lorsqu'ils se dirigeaient vers le sud, à vingt milles avant les bouches du Bosphore, ils furent atteints par tm grand ouragan de neige. Au-dessus d'eaux des nuages noirs et menaçants courent sur le ciel et se heurtent.
«Us ne voient plus ni ciel ni terre; mais le navire était robuste et luttait bravement contre les vagues écumantes qui se ruaient avec rage sur ses flancs. Enfin im grand coup de vent vint mettre en lambeaux toutes ses voiles. Alors il vire de bord, et s'abandonne à la fureur des flots, comme le prisonnier que le vainqueur entraîne pour le mener à la mort.
«Le capitaine, muet, lance souvent sa sonde et il l'interroge; mais il en reçoit une dernière et fatale réponse. U s'adresse du regard au pilote, au teneur du journal de bord. Ils sont tous les deux blêmes et ne disent mot . . .
« — Notre Dame de Dia, aie pitié de ma mère, dont je suis le seul fils; aie pitié, ô Évangélistra^), de mon
1) La Vierge de Ténos. — N. D. de Dia est nommée d'après une petite Ile avoiiinant Cëphalonte.
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unique sœur qui attend mon retour pour célébrer ses noces» . . . C^est ainsi que, appuyé sur Tavant, pirait le marinier, les yeux remplis de larmes.
«Quelques instants après le capitaine déchire en pièces et lance à la mer sa carte, et s'écrie en gémîs^ sant: «Hélas! enfants, nous sommes perdus! Nous avons été jetés sur les bas-fonds, les maudits!» Le navire s^arrête, et une vague furieuse passe sur lui et Tenveloppc. Il se penche alors sur un de ses flancs, comme s'il était un monstre marin blessé. Ses deux mâts tremblent, et leur pointe, qui s'élevait fière vers le ciel, est insultée et battue par la vague insolente.
• Où sont nos matelots? Où ils sont, les malheureux? Les vagues furieuses les ont balayés, et le premier qui a été emporté, c^est notre jeune marinier ! Pendant plusieurs années sa mère et sa sœur l'attendent, mais ni la mère ni la sœur ne l'ont jamais revu, et n'ont pleuré, les pauvres, sur son cercueil.»
APHENTOULIS.
Un autre poète, qui donne aussi ses préférences à la langue vulgaire, est Th. Aphentoulis. Il est originaire de Crète. Lui non plus ne s'est pas attaché à ce dialecte par nécessité et par impuissance de manier la langue cultivée. Il y a au contraire peu de littérateurs Grecs qui écrivent celle-ci avec plus de goût, de correction et d'élégance. Nous avons dit ailleurs qu'il est un des médecins les plus habiles et l'un des plus éminents professeurs de l'université d'Athènes, auteur de plusieurs ouvrages scientifiques, dont le mérite a été reconnu même hors de sa patrie.