Chapitre XIV. — Poètes vulgarùites: Aphentoulie
Aphentoulis, donc l'étude a fait un homme de science, a été créé poète par la nature. La plus importante de ses œuvres poétiques est celle où il chante les derniers désastres et les derniers exploits de sa glorieuse patrie. Il a touché les mêmes cordes que Marcoras, dans une langue tout aussi vulgaire, mais, comme nous l'avons dit, plus accessible à tous les habitants de la .Grèce, bien qu'elle contienne aussi certaines tournures et quelquefois des mots qu'on a de la difficulté à comprendre lorsqu'on n'est pas très-familiarisé avec les chants populaires. Elle se permet aussi, bien que rarement, l'usage de quelques mots turcs, que le poète eût mieux fait d'éviter.
Ses vers, n'abusant pas de la Synizèse des voyelles, sont sonores et harmonieux, et l'on ne trouverait à leur reprocher que quelques oublis, peu fréquents, d'exactitude dans la rime, qui en général est heureuse et riche.
Le poème, divisé en quatre parties, dont trois seulement ont été publiées, a le caractère plus épique et moins subjectif que celui de Marcoras. Outre la langue, il imite aussi avec beaucoup de bonheur le ton des ballades chantées sur les montagnes du continent Grec; il en a toute la robuste fraîcheur, avec leur originalité et leur simplicité grandiose, ainsi qu'on en peut juger par les exemples suivants.
Les Cretois, avant de recourir aux armes, s'étaient réunis au haut de leurs montagnes pour délibérer sur le
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parti quHls auraient à prendre. Voici la description du paysage qui s'offrait aux yeux de rassemblée:
«Vis-à-vis d'eux sVlèvent les chauves Madares, blanchies par les orages, les pluies et les neiges. Comme des étoiles sur le firmament, on voyait sur leur dos gris des milliers de ûeurs de toutes couleurs, exhalant des parfums, et formant un lit qui s'agitait au gré de la brise. A leurs pieds s'étendaient des buissons de myrte, des oliviers et des marroniers verts et fleuris. Le zéphyr répandait partout leurs arômes, et l'aurore était souriante. Du fond des ravins ou entendait retentir le chant du merle, et un jeune berger, beau comme un ange, réveillait par les sons de son chalumeau l'écho des collines. Les brebis qui paissaient aux alentours s^arrêtaient pour prêter l'oreille à cette lutte charmante, et entendre lequel des deux chantres serait le premier réduit au silence et auquel serait la victoire, t
L'un des membres de l'assemblée s'exprime en ces
termes:
« Si c'est le sort d'un de nous de tomber à la guerre et que sa veuve porte le deuil, la Vierge aussi s'en est vêtue, la Vierge, devant qui nous nous inclinons. Nous ne valons pas plus quelle. Elle avait son fils unique; il est né de Dieu, et cependant il n'a pas dédaigné de se laisser moissonner par le faulx de la mort, et de permettre que son corps odorant et sacré fCit enveloppé du linceuil et descendu dans la tombe. Si nous mourons comme le Christ, nous ressusciterons comme lui. Notre nom retentira en Morée et en Roumélie, et toutes les fois que le tocsin appellera à l'église, il y sera répété au milieu des chants.»
Le pathétique épisode qui suit est tiré du second