‹ Histoire littéraire de la grèce modernChapitre 246 sur 256 · Chapitre XIV, — Poètes vulgaristes: A. Paragcho · texte numérisé non relu

Chapitre XIV, — Poètes vulgaristes: A. Paragcho

cA la Ville ^ à S'^ Sophie! A ces seuls noms mon cœur prend des ailes. J'adore, même de loin, le Saint Sépulcre; mais aujourd'hui mon Saint Sépulcre à moi est la Ville sainte. Allez d'abord à la Ville, et au Saint Sépulcre plus tard. Enfants, si je ne la vois pas, saluezla pour moi, et, enfants heureux, allumez pour moi aussi im cierge à Sainte Sophie. Quand vous y entrerez, qu un de vous se rapelle de crier: «Le vieux Démos seul nest pas entré dans la VilU.^

cMais non, non, Démos ne meurt pas facilement; son âme ne le déserte pas de sitôt. Ah! Si Démocopourloê était votre gloire, si Praïdia était votre frère, si vous pleurez la mort S Anaguoêtopouloa , rachetez leur sang, vengez-les. Rappelez- vous Esslin, Varnavasy le malheureux Vaphiadés^), privés de sépulture, et jetés dans les ronces. Ils vous demandent un tombeau. Prenez vos armes, et Démos connaît le chemin qui mène à la Ville.

VIKELLAS.

Les colonies grecques de Londres, de Liverpool et de Manchester ont une renommée bien acquise dans le monde du commerce et de la banque; mais il est ordinairement peu connu que plusieurs de leurs membres sont des hommes fort instruits, qui cultivent les Muses avec non moins de succès que Mercure. Démétrius ViKELLAs en est un des exemples les plus distingués. Nous avons dit ailleurs qu'il a publié des opuscules en prose, recommandables par un style élégant et pur non moins que par les connaissances solides dont l'auteur y fait preuve. Il a en outre écrit des poèmes, qui brillent

i) Tous tombés à l'insurrection de Crète.

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souvent par l'esprit et la grâce, et pour plusieurs desquels il a employé le dialecte populaire.

C'est celui qu'il a choisi pour son excellente traàiÊC' tion du VII^ chant de VOd^êsie^ en alexandrins blancs, n la fait intentionnellement et avec beaucoup d'adresse, tenant à prouver le caractère légendaire des poésies homériques. Sa traduction est d'une grande fidélité jusque dans les moindres détails, et cependant on dirait qu'Ulysse et Nausicaa ont été chantés par un de ces rhapsodes anonymes qui de nos jours ont réveillé les échos de rOlympe et du Pinde.

Après Homère, Vikellas a entrepris l'un des géants de la poésie moderne. H a eu le courage de se mesurer avec Shakespeare. Mais ici les difficultés étaient d'une autre nature. Le traducteur n'est pas le compatriote du poète; il n'est pas l'héritier de sa langue, de son esprit national, du monde qu'il décrit. Aussi le génie de Shakespeare reste-t-il isolé et à des hauteurs où nulle traduction ne saturait l'atteindre. Cependant celle de trois tragédies (Roméo, Hamlet, Macbeth) par Vikellas peut être mise à côté des meilleures qui aient été faites dans d'^autres langues.

L'auteur a aussi composé dans le dialecte soit vulgaire soit élevé des poésies légères, qui toutes se distinguent par la beauté de la pensée et la grâce de la versification. Une de ses plus remarquables compositions est une pièce où, dans sa patriotique colère contre les fautes politiques de la Grèce actuelle, il s'en prend, fort

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