Chapitre XI V, — Pqhtes mUgariateê : A . Paraschos
qui aime tout, n'aime rien. Voilà peut-être pourquoi je hais le soleil, qui déverse sur tous également ses rayons dorés, et éclaire un singe aussi bien que Byron.
•Je veux que l'univers soit d'un côté et moi de l'autre, et qu'elle choisisse. Je ne sais pas ce que je veux de plus, mais je veux. Ce degré d'amour ne me suffit pas. Mon cœur crée encore, et ajoute toujours. Ajoute, ajoute, ô cœur insensé et prodigue. Le moment de la soustraction et de l'indigence ne tardera pas à venir.
'«Je veux que mon amie soit le chant qui s'éteint graduellement ; qu elle trace la route de l'immortalité au bord même de la tombe ; que, belle et mélancolique, die ait le regard paisible, et que des ailes lui poussent sur le corps qui l'abandonne. Je veux qu'elle soit ma fille, ma sœur, mon amie, mais jamais, non jamais ma fiancée.
«Ohl Quels soins je lui donnerais sur son lit de mort, avec quelle affection muette je veillerais sur ellel Son coussin serait mon cœur aimant, et mon seul rival serait la mort. De quelles attentions n'entourerais-je pas la jeune fille malade! Pâle, je retiendrais ma respiration en l'épiant, je me refiiserais au sommeil.
« Souvent, quand je repose, la malade m'apparait belle comme la lune dliiver lorsqu'elle décroît. Elle me dit qu'à la chute des feuilles elle mourra, et me tend son front pur pour que j'y dépose un baiser. Quelquefois je Taperçois aussi quand mes yeux sont ouverts, tantôt sur la terre, tantôt dans la voûte céleste.
. «D'autres fois, lorsque j'écris une ode ou que je la chante, je la vois devant moi m'adresser un signe amical. Alors le fantôme chéri se penche sur mon sein, et me dicte sa propre composition. Et lorsque je veille seul pendant une nuit d'orage, je la vois apparaître dans la blanche clarté de l'âtre.
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c Quand j'erre au milieu des montagnes neigeuses, je la vois qui expire sur la neige rayonnante, en m'invitant à mourir avec elle. Plus d'une fois aussi je Tai rencontrée dans un cimetière; le front rayonnant, elle s'appuyait sur la croix qui surmontait une tombe.
«Mon œil rencontre partout mon amie mourante, près de la colonne brisée, dans la chapelle déserte de la forêt, au milieu des fleurs pâlissantes, partout, excepté à la lumière de Dieu, sous les rayons du del. Je la vois comme une jeune fille brisée, comme un ange mort que le tombeau attend.
«Oh! combien de jeunes filles n'ai -je pas vues, et j'ai pleuré parcequ'elles étaient pâles et que la souffi^ce était empreinte sur leurs traits I Combien n'en ai-je pas accompagnées à leur dernière demeure, croyant que c'était mon amie que je suivais! Que de fois n'ai -je pas vu les lèvres dune morte se remuer et me dire: «Suismoi! c'est moi ce cadavre.»
«Hier, la nuit, j'étais plongé dans une profonde tristesse. Elle est venue. Je me suis penché sur son cœur, et je lui disais d'une voix étouifée par la douleur: «Quand les feuilles tomberont, je mourrai avec toi.» Elle m'écoutait en souriant; elle me r^ardait en silence, et elle rêvait à notre tombe commune.»
«Démos, le vieux capitaine.
«Mes enfans, prêtez Toreille à moi aussi, au vieux capitaine. Mes cheveux ont blanchi à la guerre. Depuis le temps d'Ali') je combattais les Turcs, et mes yeux ont vu bien des événements. Mon berceau fiit la guerre, et, tout petit enfant, j*allai à l'école du vieux
I) Pacha dejanina.
ChapùreXIV, — Poètes mdgariateêi A. Parasthos. 263
Zidra') et de Caraïscos. En&nts, jai bien vieilli. Le lion infidèle n'est plus tel que je le connaissais. Aujourd'hui il attend le boucher. Levez-vous un bon matin tous à la fois, invoquez l'aide de Dieu, et allons entrer dans notre Ft/fe*).
€ Enfants, il n'y a plus de Turquie, il n'y a pas de Janissaires. Nous les avons tués ceux-là; la lune les a dévorés. Votre œil n'a pas, comme le mien, vu le Turc lorque son étalon gambadait et jetait de l'écume. Il hennissait et TEurope tremblait, et seuls les enfants des Clephtes savaient arrêter sa course. Les Tsames et les Turcs -Albanais sont perdus, et nous, malheureux enfants, nous ne sommes pas encore entrés dans la VUU!
«Ahl II me revient, le souvenir de ces temps passés, de ces combats, de ces campements, de ces neiges de Liacoura'). De jeunes hommes, grands et droits comme des sapins, nourris aux batailles, Tœil noir et étincelant comme le charbon, les poitrines velues, la croix et le glaive à la main, répandaient le carnage dans les troupeaux de loups des Turcs. Chaque joiur était marqué par un combat, chaque nuit on entendait retentir le fusil, et nos bras étaient las de moissonner des ennemis. Ceuxlà aussi ne sont plus; ils sont endormis. Oh! s'ils se réveillaient, nous serions bientôt dans la ViUe,
«La Foustanelle brillait alors, blanche comme la neige, sur les beaux corps de Nico-Tsaras, de Grivas, de Tzavellas. Les plaques d'or retentissaient sur la poitrine de Millionis, et les lions de Catsantonis ne portaient pas l'cmiforme serrant les membres. Quels temps sont passés pour ne plus revenir! Le Clephte et la Liberté dormaient côte à côte. Jamais les coups de fusil ne ces-
>) Chef fameux. — >) Constantinople. — l) Le Parnasse.
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saient un instant, et chaque sommet abritait son Armatole et son Clephte. Enfants, si alors nous nous étions réunis tous sous un même drapeau, par la croix que j^adore, la Ville était à nous.
«Réveillez -vous, jeunes braves; Catsantoni, sors de ta tombe; reviens, ô Thanasi Diaco; montre -toi, Boucouvalla; secoue ton sommeil, fils de Chormos; en avant, vieux Naso; Androutso, ceins tes pistolets; à cheval^ Caratasso! Écoutez 1 le fusil à retenti. Sortez de dessous les broussaillas; couvrez vos enfants de l'ombre de vos sabres. Désertez la terre noire, les rochers, les gorges où vos corps soqt étendus, et venez, ne laissez pas votre Démos seul. Lève -toi, armée des morts; ressuscitez tous. Le vieux Démos veut entrer avec vous dans la Ville.
«Le colosse croule; ses méfaits Tont miné. Le jour approche, et le vampire est attiré par Todeur de la tombe. Et vous, malheureux enfants, vous restez encore? On pourrit à rester les bras croisés. Honte à* votre jeunesse, honte à votre bravoure I Le Turc n'a pas encore entendu une seule fois votre fusil retentir. Ohl Rappelez- vous que vous êtes du sang de nos cœurs. Laissez-là' vos livres, prenez vos armes, et courez tous en Thessalie, en Épixe. Elle est à nous, enfants, la fameuse ville.
4 Ne voyez-vous pas une île, Crète toute seule ctcmser Tépée contre toute la Turquie? Le feu, l'Egyptien, le Turc, la famine ont fondu sur eux, mais les Cretois ne mettent pas bas les armes et ne se rendent point. Eux n'attendent rien de l'Europe, ils savent quel est le secours que donne l'étranger. Et vous, enfants de la liberté, vous qui avez été élevés dans les écoles, vous attendez que l'Europe vous fasse cadeau de votre indépendance! Elle est au bout de votre épée. Dégainez - tous, et allons arracher la Ville à 1 infidèle.