‹ Histoire littéraire de la grèce modernChapitre 35 sur 256 · Chapitre I. — La langue^ — Coraï. 'J'J · texte numérisé non relu

Chapitre I. — La langue^ — Coraï. 'J'J

soit originaux soit traduits, qui sont publiés dans le premier quart de ce siècle, se comptent par milliers, n est impossible de les énumérer ; nous ne pouvons que grouper ces productions intellectuelles, et que nous arrêter sur ce que nous rencontrons parmi elles de plus saillant et de plus caractéristique. Le génie grec, comme un fleuve longtemps refoulé vers sa source, semble avoir brisé la digue qui le retenait, et se précipiter avec violence dans son lit desséché.

Cet élan, une fois donné, ne fît qu'augmenter, et plusieurs des auteurs qui s^étaient déjà distingués lorsque la Grèce était encore sous le joug, ont continué, après son émancipation, a écrire avec une activité croissante, mais aussi avec une tendance nouvelle, qui nous fera souvent un devoir de revenir une seconde fois sur leur compte. Ces deux époques de la littérature renaissante de la Grèce difièrent essentiellement entre elles, comme la position sociale du pays même avant et après sa délivrance, comme les efforts difièrent du succès. Dans les premiers siècles de leur esclavage, la question vitale pour les Grecs était celle de la conservation de leur nationalité. C'est d'elle que le sentiment public était surtout préoccupé, et c'est elle qui se reflétait dans toutes les manifestations de ce sentiment, parmi lesquelles la littérature est la plus éclatante* Aussi entouraient-ils de tous leurs respects, de toute leur sollicitude, le culte et la langue, ces deux pUiers de la nationalité menacée, ce double héritage du passé, qui avait surnagé à leur

78 Livre IIL — Renaiêêance. — De 1800 à 1821.

grand déluge; et cest, nous lavons déjà dit, le culte et la langue qui offraient alors le principal aliment à leur littérature.

Mais depuis le commencement du 19* siècle, lliorizon s^est élargi pour les Grecs. La souvenir ne fut plus leur seule consolation, le passé leur seul domaine. Ils tournent déjà les yeux vers Tavenir, et leur cœur s*ouvre à l'espérance. Ils ne sont plus seulement les descendants de glorieux ancêtres ; ils aspirent à être aussi les ûls de leurs propres œuvres; ils sont les membres actifs d'une nation qui se sent revivre, et qui ramasse ses forces pour soulever la pierre de son sépulcre. Aussi cessent-ils de s'attacher à la contemplation passive et stérile d'une gloire éteinte, qui ne pourrait briller encore que sollicitée par les vertus qui l'avaient autrefois produite, et s'ils étudient avec ardeur les exemples des anciens, c'est dans l'espoir qu'ils auront bientôt occasion de les appliquer.

Dans les écoles et dans les ouvrages des grammairiens on analysait jusque là les textes des auteurs de l'antiquité, comme on dissèque un corps mort; ce qu'on y recherchait, c'était bien moins l'idée que le mot et la particule, la construction des phrases et la texture des périodes. En même temps l'église prêchait la fermeté dans la foi combattue, et aussi la résignation à la violence exercée.

Depuis lors, le grammaire et la chaire perdirent le monopole de la littérature. On commença à expliquer

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