‹ Histoire littéraire de la grèce modernChapitre 36 sur 256 · Chapitre L — La langue. — Coraï. Jg · texte numérisé non relu

Chapitre L — La langue. — Coraï. Jg

à la jeunesse grecque les chefs-d'œuvre des anciens, non plus pour l'initier seulement au mécanisme de la langue, et pour lui apprendre la lettre morte, mais aussi pour lui en faire sentir les beautés immortelles, auxquelles son âme apprenait à s'ouvrir, et pour lui enseigner les préceptes sublimes de dévouement et de patriotisme, contenus dans les ouvrages de ces grands maîtres de l'humanité.

C'est ainsi que la Grèce épure et forme sa langue, dont elle se servira comme d'un puissant instrument pour sa résurrection morale, qu'elle s'instruit aux vertus tant privées que publiques qu'elle aura bientôt besom de pratiquer, et que cette jeunesse ardente, à côté du courage passif du martyr que lui recommande Téglise, apprend à estimer la bravoure des héros, dont elle trouve les grands exemples chez ses ancêtres.

En même temps les sciences positives, ces germes fertiles de tous les progrès matériels, et la philosophie, la source vivifiante de toutes les connaissances humaines, sont cultivées dans les écoles, et enrichissent la littérature de traductions et d'imitations nombreuses. Il n'y avait pas d'études, si fortes, si substantielles qu'elles fussent, auxquelles on ne se livrât depuis cette époque, et dont on ne nourrit la jeunesse, qui se sentait déjà une. vocation plus élevée que celle de végéter en traînant ses fers. Aussi la Grèce, appelée à s'asseoir au banquet de la civilisation, y prend -elle immédiatement sa place, sans efforts et sans un long apprentissage,

8o Livre IIL — Renaiêsance. — De 1800 à 1821.

comme si, réveillée après un long sommeil, elle se retrouvait au même échelon social qu'elle occupait lorsqu'elle fut enveloppée par les ténèbres de la nuit

Mais partageant le caractère de l'époque, littérature, sciences et philosophie n'ont encore, jusqu'à la guerre d'émancipation, qu'une tendance plutôt théorique et préparatoire, sans aucune application à la vie sociale, qui s'annonçait déjà, mais n'avait pas commencé d'exister pour les Grecs.

Le temps pressait, la domaine de l'instruction s'élargissait; on devait apprendre beaucoup et apprendre vite. Clèobule de Philippopolis, un savant qui s'était formé aux hautes écoles de T Allemagne et de la Suisse, avait donné dans ces deux pays une attention toute particulière aux méthodes didactiques; il écrivit un livre sur la méthode de Lancastre, qui avait l'avantage de rendre accessible aux masses l'instruction primaire et d'en abréger le cours. Appelé, en 1819 — 1820, à Jassi par Jacques Rizo Néroulos, à Bucharest par Jacques Rizo Rangabé, les premiers ministres des deux Hospodars, Clèobule introduisit cette méthode aux écoles centrales de ces villes, d'où elle se répandit par toute la Grèce, et devint un des puissants auxiliaires des progrès intellectuels de la nation renaissante.

On s'appliqua aussi à simplifier les livres d enseignement; on réformait les grammaires volumineuses, qui avaient absorbé autrefois les plus belles années de l'étudiant; on en écrivait de nouvelles d'après Buttmann,

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Thiersch et d^aatres; on publiait des Encyclopédies, qui dispensaient les élèves de l'obh'gation d'acheter les auteurs entiers, ou, à défaut de moyens, de sacrifier tout leur temps à les copier. La lexicographie produisit également des travaux importants, qui aidèrent puissamment au succès des études philologiques.

CORAÏ.

Celui qui dans la littérature savante de la Grèce a acquis le plus grand nom, un nom Européen, et qui représente et résume pour ainsi dire cette époque, c'est sans contredit Adamantios Coraî' (^Koparjç) de Chios, un descendant â! Antoine^ le poète helléniste du 17^ siècle.

Dans leur impatience de répandre les connaissances utiles et de populariser les sciences, des patriotes soudeux surtout de l'avenir, s'attachèrent à Tidiôme vulgaire, tel qu'il était parlé par la classe la moins éclairée du peuple, convaincus que c'était par son organe qu'ils pouvaient le plus facilement et le plus rapidement répandre et multiplier les idées. Quelques uns écrivirent dans ce dialecte non seulement des poésies légères, qui admettent le langage naturel du peuple et le style fàmilier, mais aussi des ouvrages plus sérieux; ou bien, comme Katardji, Daniel PHU-ipproÉs et Christopoulos, ils vouliurent en ériger Tusage en système, et essayèrent d'en composer des grammaires; mais leurs ébauches paraissent plutôt donner la preuve qu'ils s'étaient engagés dans une fausse voie. H y en eut même qui allèrent

Raagabé» Littérature née -hellénique. 6

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jusqu'à condamner Torthographe traditionnelle comme inutile dorénavant Cependant à lire quelques uns d^entre eux, on serait presqu^autorîsé à croire qu'ils avaient pour cela leurs raisons personnelles, et qu'ils n'étaient pas fâchés de se débarrasser des règles un peu compliquées de la grammaire; qui semblaient les gêner eux-mêmes autant au moins qu'ils afifectaient de craindre qu'elles ne gênassent les autres.

Par contre, des érudits n'ayant de sens que pour le passé, représentants des traditions ; vieillis dans la seule étude de la langue ancienne et dans la pratique des anciennes méthodes d'enseignement, croyaient indigne d'un Grec instruit de faire usage d'une autre lan^e que de celle de Xénophon et de Thucydide.

Ces deux partis opposés, les hellénistes et les partisans de l'idiome vulgaire, se livraient des combats non moins acharnés que les Platoniciens et les Aristotéliciens du 15*^ siècle, lorsque Coraï vint rétablir la paix. Après des études préparatoires au gymnase de Smyme, il reçut son diplôme de docteur en médecine à l'université de Montpellier. Ses vastes connaissances, sa grande sagacité et ses nombreux travaux philologiques placent Coxaï au premier rang des critiques de ce siècle, et lui ont fait une réputation universelle très -justement méritée. L'influence immense qu'U exerça sur l'épuration de la langue de son pays par de savantes observations contenues surtout dans les six volumes de ses Mélanges littéraires (^Atazza)^ et ses efiorts pour inculquer à la

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