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Chapitre IV, — Poéne. — Rigae

de même que la race chantante des oiseaux sent approcher Taurore à la brise qui la précède, et la salue de ses accents joyeux, ainsi à l'activité haletante qui s'était emparée de toutes les classes du peuple, à plusieurs signes imperceptibles à l'oeil nu, le génie avec sa seconde vue prophétique voyait au milieu des horreurs de l'esclavage la liberté arriver à plein vol, et, d'avance, la poésie s'épanouissait à sa lumière.

Nous l'avons vue jeter de pâles lueurs sous la domination modérée et chrétienne des Vénitiens, et illuminer de clartés vives mais sauvages les sommets abrupts des montagnes, où la liberté s'était réfugiée, armée du fusil du Pallicare.

Vers la fin du siècle précédent, le hospodar Alexandre Mavrocordatos, petit fils du premier prince de ce nom, renonçant aux grandeurs de son rang presque souverain pour fuir la servitude qui en était le prix dégradant, se réfugia en Russie, où il put à son aise caresser le rêve de la délivrance de son pays. Un volume de poésies qu'il y publia sous le titre de * Bosphore au Borysth^net contient plus d'une tirade contre l'oppression des Musulmans, plus d'un vœu poiur la délivrance des Grecs, et fait plus d'honneur au patriotisme qu'au talent poétique de l'auteur.

RIGAS.

Mais la Grèce vit en tressaillant approcher la réalisation de son rêve étemel, lorsque son grand citoyen,

Rangabé, Littérature néo - hellénique- 8

114 ^«^ ^^^' -^ Renaiëêance. - De 1800 à 1821.

RiGAS de Phérœ^ ayant respiré Tardeur de la révolution française, eut entrepris de soulever sa patrie. Son œuvre héroïque mais prématurée échoua; et, livré aux Turcs, il périt du dernier supplice. Cependant la Grèce sentit que le jour de son affranchissement n'était pas loin, et la poésie en salua gaiement Taurore. Le premier héros de la liberté et son premier martyr fut en même temps son premier poète. Rigas publia des hymnes patriotiques, respirant la poésie du noble sentiment qui remplissait son cœur. Ils ne se distinguent ni par Télégance du style, ni par la recherche des images; mais ils ont par des accents vigoureux excité chez les Grecs la haine des tyrans ; ils les appelaient à la vengeance et à la liberté, ils répondaient aux cordes qui tressaillaient dans leurs cœurs. Cela a suffi pour leur assurer la plus grande popularité, et jusqu'aujourd'hui encore, la jeunesse de Thessalie et de Macédoine, lorsqu'elle s'assemble loin des yeux de ses dominateurs, chante avec enthousiasme: «Jusqu'à quand, braves Hellènes, vivrons- noxis dans les fers, ou serons-nous traqués, comme des bêtes fauves, dans les cavernes et dans les bois? Une heure de vie libre est plus précieuse que quarante années de captivité. A quoi te servent les grandeurs dégradantes que t'odBfre le tyran? D tient dans sa main ton honneur et ta vie. Venez, frères; les yeux levés au ciel, jurons sur la croix: Je jure, ô Roi de l'univers, de ne jamais me courber sous le joug des t3n:ans, de les combattre aussi long-temps que je vis, de ne déserter en aucune circonstance ma

CkapUrê IV. — Poésie. — Versificathn aie. 1 1 5

patrie et sa bannière; et si je manque à mon sennent, rédiiis-moi en poudre, ô Dieu que j'implore, c

Ces poèmes, imprimés clandestinement à Jassy en 18 14, fuient le clairon dont les sons retentissaient encore en 182 1, et qui le premier secoua la Grèce de son sommeil.

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