‹ Histoire littéraire de la grèce modernChapitre 54 sur 256 · VERSIFICATION · texte numérisé non relu

VERSIFICATION

Mais la poésie, une fois réveillée, ne se borna pas à ces chants belliqueux. Cette fée, humant déjà les par* fums de la liberté, se livra, comme si elle était dans sa propre atmosphère, à tous ses ébats, eut toutes sesj métamorphoses sublimes ou délicieuses, par lesquelles elle séduit ou élève Tesprit des hommes.

La versification à cette époque est toute rimée. Chez les anciens, la langue si belle et si musicale, fondait son harmonie sur les deux éléments essentiels à toute musique, l'accent et la prosodie, la qualité chromatique et la quantité, l'élévation et la durée des sons. Selon qu'on l'employait en prose ou en vers, l'un de ces deux éléments prédominait, et devenait pour ainsi dire le foyer de l'intonation de chaque mot, l'accent pour la prose, la prosodie pour les vers. Dans le cours des siècles, et à mesure que les dialectes se mêlaient en une langue commune, cette finesse de prononciation s'effaçait par le frottement, et les deux éléments se confondaient en un seul, qui restait le même tant en prose qu*en vers, et qui concentrait sur une seule syllabe de chaque mot,

1 1 6 Lwre IIL — Renaiêsance. — De 1800 à 1821.

sur celle qui i&diquait autrefois la modulation chromatique, et que les grammairiens du moyen -âge ont pour cette raison désignée par un signe musical (accent aigu, grave ^ circonflexe)^ toute la force de l'intonation, partagée chez les anciens entre Taccent et la prosodie.

Il en est résulté que, sous le rapport de ces deux éléments, les mots ont conservé en grec -moderne absolument la même prononciation que dans la prose ancienne; car on y appuie sur les syllabes qui, d'après les signes distinctifs, subissaient chez les anciens l'élévation chromatique, et devenaient le centre de Tintonation. n en était tout autrement pour la poésie, où la plus longue durée des syllabes étant le principe qui concentrait sur elles la force de l'intonation, elle mettait souvent en relief d'autres syllabes que celles qui étaient marquées en prose, ou qui le sont dans la langue moderne. A cette différence près, le système de la versification ancienne doit être identique à celui de la versification moderne, car Tun et l'autre se fondent uniquement et simplement sur la distinction de quelques syllabes, plus fortement prononcées que d'autres.

Il faut toutefois remarquer que la langue ancienne était plus riche que la langue moderne en ces syllabes qui concentrent en elles la force de la prononciation, qu'elle appelait syllabes longues et que la langue moderne appelle syllabes accentuées. Elle en pouvait avoir plusieurs dans un mot, tandis que chaque mot du grec moderne n'a ordinairement qu'une seule syllabe accentuée.

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