Chapitre IV. — Poésie. — Vers^ation etc
La versification moderne ne doit par conséquent différer, et ne diffère en effet, de l'ancienne, qu'en ce qu elle est privée des seuls mètres auxquels la fréquence des spondées est plus ou moins nécessaire, par exemple des mètres dactyliques.
Elle possède par contre tous les mètres réguliers, tant iambiques que trochaïques, dont les anciens faisaient usage, et même les anapestes. Cependant le tétramètre iambique, souvent employé par les anciens aux tirades des drames, et surtout dans les comédies. Ta dans le grec moderne emporté sur le trimètre, qui était dans l'antiquité le vers usuel du dialogue dramatique, et qui n'est resté que dans quelques chansons clephtiques. Etant un vers long et grave, le tétramètre iambique a même remplacé l'hexamètre dans les compositions épiques, et est demeuré le vers national par excellence. Le rhythme irrégulier des strophes lyriques n'a pas lui-m*ême disparu ; il a survécu dans les cantiques sacrés, dont plusieurs remontent aux premiers siècles du christianisme.
A cette versification les Grecs ont, à l'exemple des Vénitiens, ajouté la rime, cette chaîne pesante, cette entrave de la pensée pour le versificateur inhabile, mais qui devient une guirlande de fleurs , une auxiliaire gracieuse et tm ornement des idées dans les mains qui savent la manier. Elle n'a pas été employée dans les cantiques, dont la plupart sont antérieurs à son introduction, et ceux qui lui sont postérieurs imitent les plus anciens. Elle resta pendant long -temps étrangère au
1 1 g Uvre IIL — Renaùêonce. — De 1800 à 1821.
peuple, et les chants clephtîques Tont presque toujours ignorée. Mais la poésie plus ou moins cultivée Tadopta, et VErotocritoê est un des premiers poèmes où l'on en ait fait usage. Elle fut depuis constamment employée, surtout par ceux qui savent combien de nudités poétiques die est souvent capable de voiler.
Bien que tirant son origine des langues romanes, la rime, en passant dans le grec, si riche en assonances, est devenue plus rigoureuse et plus exigeante. Diaprés la pratique des bons poètes, elle embrasse toute la syllabe finale de chaque vers, si cette syllabe est accentuée; si Taccent est sur la pénultième ou sur l'antépénultième, die commence à la voyeUe accentuée. Des versificateurs peu exercés rongent ce frein avec impatience et se révoltent contre sa sévérité. 11 prétendent, pour ne pas se soumettre à toutes ses exigences, se prévaloir de l'exemple des littératures étrangères. Ils oublient que chaque peuple a des règles dictées par le goût qui lui est propre ou par la nature de sa langue, et que lart, surtout la poésie, n'admet pas de médiocrité.
Nous n'avons pas cru cette digression inutile, car presque tous ceux qui ont écrit sur la Grèce moderne affirment que sa versification repose sur des bases toutes différentes de celles de la versification ancieime. C'est une erreur. Qua^d les Grecs aujourd'hui font de mauvais vers, ils les font dans le même moule où étaient coulés les chefs-d'œuvre de leurs ancêtres.
ChapUreJV. — Poéêie. — Villara. II9
Nous passons sur un grand nombre de poètes, qui paraissent avoir manqué le véritable sentier du Parnasse, pour ne nous occuper que des maîtres. Les hommes de génie peuvent seuls servir de jalons à Thistoire de rintelligence, et méritent d arrêter les regards de la postérité. Ce sont eux qui comprennent leur époque et qui en représentent le caractère.
Au commencement du siècle nous rencontrons encore un poète intrépide, le moine Ambroise Pampereif, qui promène sa Muse à travers 152 pages de vers en grecancien dits earciniques, parcequ'ils ont le rare avantage de pouvoir être lus des deux bouts, ce qui a peut-être fait qu^ils n'ont pas été lus du tout').
Mais cet exemple reste isolé. Cette époque de première renaissance a produit d'autres poètes plus sérieux, plus connus et plus dignes de l'être.
VILLARA.
Jean Villara d'Epire, médecin très-instruit, a écrit en mètres variés des poésies lyriques, quelques pièces badines ou satiriques^ et une traduction de la Batra» chomyomcxhie. C'est un habile versificateur, qui ne manque pas desprit, mais qui ne s'élève pas jusqu'à l'inspiration et à l'idéal. Cependant ses ouvrages*) auraient été plus recherchés et moins vite oubliés, s il n'avait eu la malheureuse idée d'écrire dans le jargon particulier
«) Vienne, 1802. — *) 3 VoL in 80.
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de sa province natale. Adhérent outré des principes linguistiques de Daniel Philippidés, et moins scrupuleux que lui, il essaya de bannir entièrement l'orthographe dans un traité qu'il publia à ce sujet. Mais le titre monstrueux: trj pofieijxij yXocat suffit seul pour en détourner les lecteurs, et peut-être pour l'effrayer lui-même.