‹ Histoire littéraire de la grèce modernChapitre 87 sur 256 · Chapitre II L — HUtoire ancienne · texte numérisé non relu

Chapitre II L — HUtoire ancienne

dérobé les plus rares et les plus extraordinaires. Il ne s'arrêtait devant aucune improbabilité. H se disait en possession d'un manuscrit d'Homère, écrit du temps, peut-être même de la main, des Pisistratides. Un autre d'Hésiode, un troisième d'Anacréon, et ceux de tous les grands poètes et auteurs connus ou apocryphes, complétaient sa riche bibliothèque. Pour peu qu'on lui nommât un écrivain des moins connus, il en présentait le manuscrit dans le délai de quelques jours. Seulement il n'en montrait jamais qu'une page ou deux, qui toutes se ressemblaient, et étaient du même format, des bandes de parchemin longues et étroites, telles qu'on en peut enlever aux marges de quelque vieux bouquin. La calligraphie et l'orthographe des textes ne répondaient point aux époques auxquelles ils étaient censés appartenir, ni même à aucune époque, et l'on y pouvait retrouver les corrections, aussi bien que toutes les incorrections, des éditions stéréotypes de Tauchnitz. H avait en outre dans son merveilleux dépôt des auteurs et des ouvrages les plus fantastiques, entre autres la Simaïa^ ime histoire de rtle de Sime^ sa patrie, un ramassis de contes ineptes, devant lequel pâlissent toutes les fables des Mille et une nuits, n a enrichi la littérature par la publication de ce manuscrit, qui est censé appartenir au 13* siècle. Il colportait également un autre manuscrit, qu'il ne se refusait pas à montrer tout entier: C'était celui de Pansélinos^ un moine qui, au commencement du siècle passé, avait écrit un guide du décorateur des églises, Simo-

I ÇO //. Partie, — Livre L — Proêateure.

nide lui attribuait une antiquité fabuleuse, et il y montrait des pages qui faisaient mention du coton -pondre et décrivaient le procédé de la daguerréotypie, car la photographie n'était pas encore inventée du temps de Simonide. Nous n'avons pas besoin de dire que ces pages étaient interpolées par lui.

Et la littérature n'était pas le seul domaine de l^eureux possesseur de toutes ces richesses. H avait aussi trouvé une grammaire ancienne de l'écriture hiéroglyphique, au moyen de laquelle il lisait couramment tous les monuments, complets ou mutilés de l'ancienne Égyjyte, et y trouvait de bien autres choses que les Champollion^ les Letronne et les Lepsius. A. R. Rangabè a par une longue dissertation, publiée dans le journal littéraire, la Pandore, dévoilé tous les grossiers mensonges de l'imposteur, qui a cependant été sur le point de vendre toute son intéressante collection au vice-président de la société numismatique de Londres. Les savants de Berlin eux-mêmes, entre autres Gerhard, ont donné dans le piège, mais pour quelques heures seulement, jusqu'à ce qu'un examen plus attentif et la voix autorisée de Bœckh les eussent éclairés sur la fraude. Simonide fut emprisonné. Dès qu'il eût recouvré la liberté, il alla à Londres exploiter aussi dans ce grand centre la cré> dulité des plus simples. D y commença la publication d'un journal grec, prétendu littéraire et archéologique, où avec une ef&onterie égale à son ignorance il ne craignit pas d*étaler de nouveau ses impostures devant le public.

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