II. Partie. Livre IL — Poètes
se développer. L'imagination brille souvent de tout son éclat au milieu des ténèbres mêmes de la barbarie, et la poésie s'épanouit sous tous les cieux et dans toutes les atmosphères. On pourrait à juste titre déclarer les Grecs d'aujourd'hui destitués des plus belles qualités de leurs ancêtres , et ne voir en eux , comme certains utopistes l'ont déjà fait, que des restes abjects de quelques hordes barbares, déshérités par la nature, si la servitude avait complètement étouffé en eux tout germe de ce génie poétique qui avait charmé le monde ancien, si le nouveau souffle de la liberté n'en avait allumé dans leur âme aucune étincelle.
Ils n'ont pas mérité ce reproche. Sur leur sol taché de sang et couvert de ruines, sur cette terre profondément remuée par le travail de la régénération, la fleur de la poésie a cependant trouvé moyen d'éclore, bien qu'elle n'y rencontrât que peu de conditions propices à son épanouissement.
Cette poésie des tout premiers jours de la renaissance ne peut pas être celle d'un peuple qui, comme les Grecs d'autrefois, s'exalte à la conscience de sa grandeur et de sa gloire. Elle ne respire pas non plus les brises âpres des montagnes, comme les chants clephtiques d'avant la révolution; car la vie nationale avait quitté ces asiles sauvages de l'indépendance pour descendre dans les plaines et dans les villes, et pour y fleurir au souffle de la civilisation. La Muse essaye de reprendre vers les hauteurs qui ne luit sont pas incon-