‹ Histoire littéraire de la Grèce moderne (volume 2)Chapitre 2 sur 135 · Chapitre I. — /. Rizo Nérouloa. P. Soutaos · texte numérisé non relu

Chapitre I. — /. Rizo Nérouloa. P. Soutaos

nues l'usage de ses ailes long temps paralysées ; et bien que son essor se brise encore contre les distractions d'une société toute préoccupée de sa propre reconstruction et qui n'a pas le loisir de l'encourager d'une sympathie soutenue, elle n'en réveille pas moins les échos du Parnasse d'accents qui, s'ils ne sont pas à comparer avec ceux qui y retentissaient aux jours glorieux, présagent cependant une nouvelle ère dans la littérature. Ce que nous avons à dire des écrivains contemporains n'est pas sans difficulté. Nous manquerions au but que nous nous sommes proposé si nous omettions de parler de quelques uns des hommes dont les travaux reflètent en grande partie le mouvement intellectuel de la Grèce depuis le changement de ses destinées; mais plusieurs d'entre eux sont encore vivants. Envers eux nous ne nous sentons pas toujours entièrement libres. Des relations sociales et d'autres considérations nous imposeront souvent la nécessité soit d'adoucir la critique, soit de modérer, ou même quelquefois de supprimer l'éloge. Dans ces cas, pour tourner l'écueil, nous nous permettrons de remplacer les appréciations par de simples analyses et par des extraits, sur lesquels le lecteur pourra fonder son jugement.

En même temps c'est de propos délibéré que nous passerons sur plusieurs écrivains, bien qu'ils ne soient pas indignes de mention et d'éloges; mais le nombre s'en est multiplié à tel point dans les derniers temps, que force nous est de nous arrêter sur les principaux

//. Partie. Livre II. — Poètes.

seulement, sur ceux qui ont un caractère distinctif, ou qui se font remarquer par des qualités particulières.

J. RIZOS NÉROULOS.

Parmi les hommes qui avaient travaillé avec le plus d'ardeur pour faire entrer leur patrie dans la lice où elle a reconquis sa liberté, il y en a qui ont continué après son émancipation à enrichir sa littérature. De ce nombre était Jacques Rizos Néroulos, que nous avons vu briller à la tête des poètes de l'époque dernière. Ayant activement participé à l'œuvre du soulèvement, il a joué dans le nouvel état, durant le reste de sa vie, un rôle prépondérant comme ministre très-influent et comme diplomate, sans jamais se soustraire au service des lettres.

En 1821, ayant dû quitter la Moldavie où il remplissait les fonctions de premier Ministre, il se réfugia en Russie, tandis que son fils combattait pour son pays dans le bataillon sacré, et de la Russie s'étant décidé à se rendre en Grèce, il s'arrêta quelque temps à Genève. C'est là qu'il composa, ou plutôt qu'il improvisa un livre qui brille de tout l'éclat de sa poétique pensée. C'est un cours de littérature de la Grèce moderne qu'il fit en français devant un auditoire choisi et enthousiaste. Cet ouvrage, aussi remarquable par les beautés du style que par la profondeur des vues, a eu plusieurs éditions; il a été traduit en allemand, en italien et en hollandais.

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