Chapitre XIV. — Poètes vulgaristes: A. Paraschos
Zidra') et de Caraïscos. Enfants, j'ai bien vieilli. Le lion infidèle n'est plus tel que je le connaissais. Aujourd'hui il attend le boucher. Levez-vous un bon matin tous à la fois, invoquez l'aide de Dieu, et allons entrer dans notre Ville^).
«Enfants, il n'y a plus de Turquie, il n'y a pas de Janissaires. Nous les avons tués ceux-là ; la lune les a dévorés. Votre œil n'a pas, comme le mien, vu le Turc lorque son étalon gambadait et jetait de l'écume. Il hennissait et TEurope tremblait, et seuls les enfants des Clephtes savaient arrêter sa course. Les Tsames et les Turcs -Albanais sont perdus, et nous, malheureux enfants, nous ne sommes pas encore entrés dans la Ville!
«Ah! Il me revient, le souvenir de ces temps passés, de ces combats, de ces campements, de ces neiges de Liacoura^). De jeunes hommes, grands et droits comme des sapins, nourris aux batailles, l'œil noir et étincelant comme le charbon, les poitrines velues, la croix et le glaive à la main, répandaient le carnage dans les troupeaux de loups des Turcs. Chaque jour était marqué par un combat, chaque nuit on entendait retentir le fusil, et nos bras étaient las de moissonner des ennemis. Ceuxlà aussi ne sont plus; ils sont endormis. Oh! s'ils se réveillaient, nous serions bientôt dans la Ville.
«La Foustanelle brillait alors, blanche comme la neige, sur les beaux corps de Nico-Tsaras, de Grivas, de Tzavellas. Les plaques d'or retentissaient sur la poitrine de Millibnis, et les lions de Catsantonis ne portaient pas l'uniforme serrant les membres. Quels temps sont passés pour ne plus revenir! Le Clephte et la Liberté dormaient côte à côte. Jamais les coups de fusil ne ces-
i) Chef fameux. — *) Constantinople. — 3) Le Parnasse.
264 II' Partie. — Livre IL — Poètes.
saient un instant, et chaque sommet abritait son Armatole et son Clephte. Enfants, si alors nous nous étions réunis tous sous un même drapeau, par la croix que j'adore, la Vi/le était à nous.
«Réveillez- vous, jeunes braves; Catsantoni, sors de ta tombe; reviens, ô Thanasi Diaco; montre -toi, Boucouvalla; secoue ton sommeil, fils de Chormos; en avant, vieux Naso; Androutso, ceins tes pistolets; à cheval, Caratasso ! Écoutez ! le fusil à retenti. Sortez de dessous les broussaillas ; couvrez vos enfants de l'ombre de vos sabres. Désertez la terre noire, les rochers, les gorges où vos corps sont étendus, et venez, ne laissez pas votre Démos seul. Lève -toi, armée des morts; ressuscitez tous. Le vieux Démos veut entrer avec vous dans la Ville.
«Le colosse croule; ses méfaits l'ont miné. Le jour approche, et le vampire est attiré par l'odeur de la tombe. Et vous , malheureux enfants , vous restez encore ? On pourrit à rester les bras croisés. Honte à votre jeunesse, honte à votre bravoure ! Le Turc n'a pas encore entendu une seule fois votre fusil retentir. Oh ! Rappelez- vous que vous êtes du sang de nos cœurs. Laissez-là vos livres, prenez vos armes, et courez tous en Thessalie, en Epire. Elle est à nous, enfants, la fameuse ville.
«Ne voyez-vous pas une île, Crète toute seule croiser l'épée contre toute la Turquie? Le feu, l'Egyptien, le Turc, la famine ont fondu sur eux, mais les Cretois ne mettent pas bas les armes et ne se rendent point. Eux n'attendent rien de lEurope. Ils savent quel est le secours que donne l'étranger. Et vous, enfants de la liberté, vous qui avez été élevés dans les écoles, vous attendez c|ue l'Europe vous fasse cadeau de votre indépendance! Elle est au bout de votre épée. Dégainez - tous, et allons arracher la Ville à linfidèle.