Chapitre IL — A. Soutsos
de vains honneurs trop enclin à médire, auprès des rois je crains pour mon soleil, reçoit une application directe et haineuse au Président de la Grèce, et est rendue par les mots suivants :
«Je ne fréquente pas, comme les autres, la cour du tyran. Je m'étends au soleil et j'y lis. Si le despote de la Grèce passe devant moi et m'intercepte le soleil, je m'écrie en Diogène courroucé: Homme, ne vois -tu pas que tu me prends ce que tu ne peux me donner?*
Enfin, au lieu de cette strophe piquante: Lanterne en main, dans Athènes moderne, chercher un homme est un dessein fort beau. Mais quand le soir voit briller ma lanterne, c'est qu'aux amours elle sert de flambeau,
la chanson grecque contient cette autre plus froidement
sérieuse:
«Si tu prêtes attention aux allures de chacun, tu ven-as que tous ont des prétentions et croient être quelque chose. L'un est un Mirabeau, l'autre un Metternich, un grand homme d'état. Moi au milieu du jour j'allume ma lanterne, et je parcours les rues en cherchant un homme. :^
Tel est le genre d'emprunts que le satirique grec fait à la muse française. Si l'on compare encore son Vieil hahit^ ses fausses interprétations^ son hymne à la liberté aux chansons de Béranger intitulées VHahit^ Halte-la^ la Déesse^ on trouvera partout la même distance entre les deux poètes.
Soutso a l'allure plus sérieuse et moins anacréontique. Chez lui la chanson est la forme, la satire est le fond*
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Ses attaques sont véhémentes, sa raillerie est pleine d'aigreur, mais ce n'est pas cette ven-e pétillante, qui jaillit en gerbes d étincelles de chacun des couplets de son modèle. Ses vers sont très-beaux d'ordinaire, mais il n'a pas cette élégance de pinceau . cette délicatesse de touche, pour laquelle nul ne rivaHse avec Béranger.
On peut aussi lui faire le reproche que. voulant puiser dans im poète chez lequel les beautés foisonnent. et où il n'avait qu'à tendre la main pour cueillir des chefs-d*œu%Te . il a eu la maladresse d'y prendre quelquefois justement ce que repoussent les sentiments les plus respectables Nous ne nions pas infiniment desprit à la pièce de Béranger intitulée le Bon Dieu. Cest même à force desprit qu'elle rachète en partie le ton leste et tant soit peu choquant. Eh bien, il faut l'avouer, dans la traduction c'est justement l'esprit qui s'est évaporé. Le refrain Grec:
«Si ce peuple fou sait ce qu'il fait, que je ne sois pas un Dieu.»
est tri\ialement impie. Toute la pièce n'est qutme paraphrase décolorée. Soutso réussit mieux toutes les fois qu'il se li\Te à ses propres inspirations plutôt qu'aux inspirations des autres.
Après l'arrivée du Roi Othon il semble avoir quitté Béranger pour Barthélémy. L'arme fine, maniée par la grâce, et exigeant des ménagements de forme et de l'étude, le gênait et ne suffisait plus à son humeur aigrie. Il lui fallait le fouet de la furie vengeresse. A