‹ Histoire littéraire de la Grèce moderne (volume 2)Chapitre 16 sur 135 · Chapitre IL — ^-1. Soutaos · texte numérisé non relu

Chapitre IL — ^-1. Soutaos

Les cinq derniers décrets du Président^ sa circulaire^ son discours au conseil des Ministres, la pétition d\in citoyen ou Président^ Y espion^ et généralement toutes les satires dictées au poète par le mauvais vouloir qui existait, et qu'on alimentait même du dehors, contre le Comte Capodistrias pendant les derniers temps de son gouvernement, comptent sans contredit parmi ses plus belles compositions, bien qu'elles soient le plus souvent plus amusantes que justes. Mais avoir par ses chansons excité à l'assassinat du Président Capodistrias, ou l'avoir excusé, est un fait des plus regrettables pour la moralité politique du poète, et que la beauté de ses vers ne suffit point à racheter.

Cependant toutes ses pièces qui datent de cette époque, et qui ont été recueillies dans deux petits volumes sous le titre de Panorama de la Grèce, sont loin d'avoir la même caractère d'originalité. Il y en a bon nombre qui ne brillent que d'un éclat d'emprunt, et ne sont que le pâle reflet du génie de Béranger. Ce n'est pas qu'elles manquent pour cela de beautés, et qu'elles ne puissent plaire encore à quiconque n'en connaît pas l'original; mais ce fut un tort du satirique grec que d'avoir essayé d'imiter le poète le plus inimitable du Parnasse français, et de s'être placé si près du grand chansonnier, qu'il puisse prêter à une comparaison nécessairement écrasante.

Il est vrai que ces imitations sont souvent faites avec beaucoup de liberté; mais ce n'est pas là ce que nous

30 //. Partie. — Livre II. — Poètes.

pouvons surtout dire à leur éloge. On doit ou s'abstenir d'imiter Béranger, ou bien se résigner à le copier. On n'y peut rien changer ni en rien retrancher, que ce ne soit une beauté. Ainsi par exemple, en comparant la pièce intitulée Ma vie de Diogène de notre poète avec celle de Béranger qui a pour titre le nouveau Diogène et qui lui a servi de modèle, j'avoue que je préfère, et de beaucoup, ces beaux vers de cette dernière :

Dans mon tonneau sur ce globe qui tourne je tourne avec la fortune et le temps,

à leur traduction, on ne peut plus libre en effet:

«Diogène, je m'enquiers peu de gloire et de richesse, et je dis: que la fortune tourne sa roue à son gré.»

A cet autre vers du chansonnier français: Devant ma tonne on ne viendra pas dire: Pour qui tiens-tu, toi qui ne tiens à rien?

A. Soutso a substitué cette strophe:

« Tous ceux qui, manquant de tête, traînaient autrelois une queue après eux, et qui cherchent aujourd'hui à s'attacher une nouvelle queue, (le poète veut parler des chefs de parti, qui avaient perdu leurs adhérents après l'arrivée du Président Capodistrias), viennent jusqu'à l'ouverture étroite de ma tonne, y frappent et y frappent encore, et me demandent: de quel parti es-tu? Veux-tu bien nous le dire? — Je suis Diogène, leur criéje en réponse, et je ris du monde entier.»

La strophe suivante:

N'ignorant pas où conduit la satire, je fuis des cours le pompeux appareil;

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