Chapitre II. — A. Souiaos
sassiné la mari! Elle se présente à lui dans l'espoir de réveiller ses remords. Mais le Prodigue médite un nouveau crime: il veut l'empoisonner. Elle n'échappe à ce danger que par le scrupule d'un domestique; mais elle renie le monde, et prend le voile. Cependant la coquette donne un bal au Prodigue (un bal à Nauplie, en 1830!) avec le projet de le voler au jeu. Avec ses complices elle réussit à l'enivrer, et lui fait signer à son insu des traites pour toute sa fortune. Au milieu du bal une femme masquée se présente tout d'un coup à la riche fiancée du Prodigue, lui dévoile la conduite de son promis, la décide à se détacher de lui et la sauve. Le lendemain, le Prodigue, ruiné, va être conduit en prison pour ses dettes. Il se décide à se suicider. Au moment d'exécuter ce projet sinistre, il voit entrer encore la femme séduite, qui lui donne un sac d'or, et part pour s'ensevelir dans un cloître. Ce dernier trait de générosité finit par le toucher et le convertir.
Tout cela n'est ni vrai ni probable. C'est un canevas tout bariolé de mélodrame et de comédie, des héroïnes de son frère, de personnages de Molière et de scènes de Victor Hugo. Tout y est outré et s'éloigne de la nature, le comique aussi bien que le tragique. Le premier est de la satire, ou est emprunté à celles des scènes de Molière qui approchent le plus de la farce, le second est du dithyrambe. De la grande comédie, qui, comme dans le Tartuffe, comme dans le Misanthrope, tire toute sa valeur de la peinture des carac-
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tères, des situations, et de l'analyse du cœur humain, il n'y a pas ici la moindre trace. On y trouve cependant des vers vigoureux et charmants, des tirades entraînantes, et une gaieté vive, franche et spirituelle, partout où le poète ne s'est pas laissé aller au genre larmoyant.
Trois autres comédies du même poète. Le premier ministre.^ le 'poète indompté., V école constitutionnelle^ ne sont, à tout prendre, que des satires de circonstance dialoguées. On y chercherait vainement des qualités dramatiques, l'économie du sujet, l'intérêt, le développement, un dénouement ménagé et l'art du dialogue. Les personnages y sont pour la plupart des portraits chargés^ et tout ce qu'ils disent porte l'empreinte de l'exagération et dépasse la vérité. Comme les drames de Panaghioti ne sont que des odes juxtaposées, de même les comédies de son frère sont des groupes de satires, mais des satires toujours pétillantes d'esprit, et écrites en vers d'une rare beauté.
Le drame seul n'a pas suffi à l'ambition de notre poète. Il a rêvé aussi la gloire épique, et a écrit deux épopées, L'' Errant {o TzepcnXai^œjuevoç) ^ dont les trois premiers chants ont paru en 1839, le quatrième en 1852, et la Grèce combattant les Turcs (H roupxojud^oç '^EXXaQ)^ un poème qui devait avoir 12 chants, mais qui s'est arrêté au quatrième. Il a vu le jour en 1850. La forme de ces productions de la muse d'Al. Soutso est plus sérieuse que celle de ses satires et de ses comédies ; mais, nous n'hésitons pas à le dire, le fond, surtout de