Chapitre IL — A. Soutsos
Des considérations politiques sur la France et sur la Grèce ouvrent le second. Notre Child est arrivé en France. A Ermenonville il rencontre un soir son Aglaé se promenant toute seule à cheval. Dans une entrevue amoureuse, où tous les deux s'accusent, tous les deux veulent mourir, elle lui avoue que ses parents la marient à un riche romain, mais elle ajoute qu'elle ne donnera jamais son consentement, aussi long-temps qu'il y a un rocher sur les montagnes pour s'en précipiter, une vague dans les torrents ou la mer pour s'y noyer, ou une goutte de poison dans la coupe pour en recevoir la mort. En attendant, le père d'Aglaé apprend l'arrivée à Paris du dangereux amant, et veut hâter l'union de sa fille. Voici comment cette scène est amenée:
«Il entre dans la chambre de sa fille malade. Livrée au trouble de ses pensées, elle tenait les regards fixés sur un livre.
« — Je t'interromps, ma chère, lui dit-il. Tu lisais.
« — Restez , mon père ; je quitte avec plaisir ma lecture. Depuis long-temps l'univers est un livre blanc dans ma tête. Plusieurs lettres se sont évanouies de mon alphabet.
« — Je voulais te parler.
« — Parlez, mon père. Que me voulez -vous? Je tremble.
« — Que crains-tu? Écoute-moi. Ton fiancé, le Romain . . .
« — Mon père, n allez pas plus loin. Vous le voyez, je respire à peine. Vous voyez que je fi^issonne, que je tremble.
« — Pourquoi tant de haine contre lui? Ma fille, tu
42 //. Partie. — Livre II, — Poètes.
me caches quelque chose. Quelle est l'idée secrète qui occupe ton cœur?
« — Elle s'y cache comme une urne enfouie dans la terre.
« — Consens à tourner tes yeux sur lui; peut-être pourras-tu surmonter ton aversion.
« — Plutôt que de fixer mes yeux sur lui, je veux qu'ils perdent leur lumière.
< — Consens à l'écouter; peut-être fléchira-t-il ton âme.
« — Plutôt que d'entendre une seule parole de lui, je veux que la terre de la tombe ferme mes oreilles.
« — Mais tu lui es promise.»
La malheureuse a beau prier; son père termine par
ces mots:
« — Je te plains, mais c'est en vain. Ton hymen sera conclu infailliblement, et bientôt.»
Si nous traduisons ce passage, ce n'est pas que nous le considérions comme un des meilleurs du poème. Il s'en faut. Nous avons au contraire voulu montrer combien le dialogue et le drame y tiennent une place secondaire, et combien peu c'est en eux qu'il faut chercher le mérite de ces compositions.
Les rudes paroles du père sont un coup de foudre pour la pauvre Aglaé. Elle lutte contre la mort, et, d'après les conseils des médecins, les parents congédient le fiancé romain, et appellent notre héros. Il faut qu'elle change de climat, il faut qu'elle revoie la Grèce. Ici, une nouvelle ode au Pnyx, au Parthénon, à Démosthènes, une nouvelle satire contre les Bavarois.