‹ Histoire littéraire de la Grèce moderne (volume 2)Chapitre 23 sur 135 · Chapitre II. — A. Soutsoa · texte numérisé non relu

Chapitre II. — A. Soutsoa

Le troisième chant commence par une autre ode à Athènes et par une autre satire contre les Bavarois. Mais voilà que nos Errants^ car maintenant notre héros plus fortuné erre avec la famille de sa fiancée, partent pour les climats plus chauds de l'Egypte et de la Palestine. Aglaé est avec son amant sur la montagne des Oliviers. Elle parle de sa mort prochaine. «Que sont devenus depuis les deux amants , et Aglaé est-elle encore en vie?» C'est le poète qui se fait ces questions, et tout ce qu'il en sait dire, c'est que trois ans après, un ermite, établi près d'Arimathée, a vu arriver un matin dans sa cellule un Voyageur^ qui venait «d'où viennent les nuages lorsque le vent les pousse sur un ciel noir.» Cet étranger, qui veut fuir les hommes, qui veut s'enterrer dans les déserts, qui voudrait être «un tronc d'arbre roulé par les cataractes du Nil», qui chante la nature, le désespoir et les orages de l'âme et qui, ^.pénétré de cuisants remords ^^ consent à s'en confesser à l'ermite, n'est pas, comme on est peut-être tenté de le croire, le Voyageur de Panaghioti Soutso, mais bien notre héros, très- malheureux parceque son amante est morte, mais pas plus réellement coupable que l'autre, ou plutôt coupable au même degré et du même crime, de ne pas s'être marié aussitôt que celle-ci l'eût désiré, et d'être allé d'abord se dévouer à la défense de son pays. Il termine sa confession par une ode à la Grèce et par une satire à l'adresse des Bavarois.

Dans le quatrième chant il arrive à Athènes au re-

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tour de l'Amérique, où il paraît avoir été entre deux chants, et se plaçant au centre de la place du palais, il adresse une ode à la Grèce et une satire si virulente à son gouvernement, qu'elle constitue un délit prévu par le code, et que, appréhendé au corps, V Errant est jeté dans les cachots de Chalcis, d'où on le passe à la tour génoise de l'Acropole. Il est vrai que cette tour n'a jamais servi de prison d'État, et que depuis qu'elle a été entre les mains des Grecs elle n'a pas même eu de porte. Mais nous ne voulons pas chicaner le poète pour si peu de chose. Il avait besoin de placer son prisonnier si près de l'Acropole pour lui ménager la permission de sortir souvent de la tour, de se promener au milieu des ruines des Propylées, de s'asseoir sur les débris du Parthénon, et d'adresser de là des odes à la Grèce et à ses monuments et des satires contre son gouvernement. A la fin d'une de ses promenades il s'approche du bord de l'Acropole, et se précipite sur les rochers. L'ermite d'Arimathée se trouve là pour le recueillir et lui prodiguer des consolations. iJ Errant expire dans les bras du vieillard, en prononçant le nom d'Aglaé.

L'invention et l'intrigue de ce poème ne soutiennent pas la critique. La fable en est banale et forcée, et les lieux communs y abondent. A. Soutso a parcouru luimême l'Italie, la Suisse et la France, l'Egypte et la Palestine, et avait envie d'en parler; mais il n'en dit rien qui n'ait été mille fois répété. Du reste il a beau faire;

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