‹ Histoire littéraire de la Grèce moderne (volume 2)Chapitre 25 sur 135 · Chapitre II. — A. Soutsos · texte numérisé non relu

Chapitre II. — A. Soutsos

des cabinets européens sous la pression de l'élément révolutionnaire. >

Ce poème, que M. Roussy paraît avoir beaucoup admiré, n'a jamais paru, et il est à craindre qu'il ne soit perdu sans retour.

A. Soutso a aussi écrit un roman, qui porte le même cachet que ses poèmes, et est inspiré par le même esprit.

Nous ne saurions mieux finir ce chapitre sur ce poète remarquable que comme M. le Marquis de Queux de St. Hilaire finit son excellente dissertation sur lui^), en reproduisant ici sa traduction dune pièce que Soutso intitule Mes derniers vers., et où il se juge lui-même avec un sentiment intime:

«Allez, mes derniers vers, vêtus de deuil! Allez, tristes échos d'une lyre mélancolique! Dites adieu, mes enfants, et pour toujours, à la patrie, à mes amis, à la gloire et aussi à l'espérance. Si avec le temps vous trouvez par hasard quelque ami fidèle, désireux de connaître quel était le cœur de votre père, montrez-lui seulement son zèle incommensurable pour la liberté. C'était un poète comique, diront quelques gens, qui s'est permis de railler tout, même Dieu, le poète de la création! il a répandu toute la bile d'Archiloque contre les vivants. La mémoire du satirique, votre père, est méprisée chez nous. Répondez alors à ces méchants: «Il était ennemi du mal et non des hommes». «Son âme, ajouteront-ils, eut-elle donc une pensée généreuse? Tant de

1) Annuaire de l 'Association pour Tencourag. des études grecques. Ann. 1874. p. 405.

^8 //. Partie. — Livre IL — Poètes.

sarcasme avait-il un but utile? Ce railleur impitoyable a-t-il donc eu pitié de quelqu'un?» Répondez: «Lorsqu'il voyait la frêle barque de sa patrie voguer au milieu des écueils et loin du port, lui aussi, il savait pleurer. » O vous, mes rares contemporains, dont j'ai pu tourner la sympathie vers les malheurs de la patrie, ô vous, protecteurs de ma lyre, ne laissez pas tomber dans l'oubli ce rôle tragique que j'ai joué. Dites à vos enfants que moi aussi jai souvent donné des louanges et des larmes à notre malheureuse patrie.»

Errant comme toujours, et toujours sans raison, A. Soutso est mort à Smyrne, d'où quelques années après ses restes furent transportés à Athènes par une société littéraire de cette ville, et déposés sous le monument que lui-même avait élevé dans la place de l'université aux mânes de son frère Démétrius, et à ceux des guerriers tombés à ses côtés dans les rangs du bataillon sacré au début de l'insurrection.

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